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Le Roundup à nouveau jugé cancérigène aux Etats-Unis
International 3 min. 20.03.2019 Cet article est archivé

Le Roundup à nouveau jugé cancérigène aux Etats-Unis

Edwin Hardeman vit au nord de San Francisco. Le retraité a expliqué à la barre avoir vaporisé du Roundup pendant plus de 25 ans pour éliminer une plante très urticante dans son jardin.

Le Roundup à nouveau jugé cancérigène aux Etats-Unis

Edwin Hardeman vit au nord de San Francisco. Le retraité a expliqué à la barre avoir vaporisé du Roundup pendant plus de 25 ans pour éliminer une plante très urticante dans son jardin.
Photo: AFP
International 3 min. 20.03.2019 Cet article est archivé

Le Roundup à nouveau jugé cancérigène aux Etats-Unis

Le désherbant Roundup de Monsanto a contribué au cancer du septuagénaire Edwin Hardeman, a estimé mardi un jury américain, infligeant un nouveau revers au géant agrochimique déjà lourdement condamné. La deuxième phase du procès démarre ce mercredi.

(AFP) – Les jurés ont estimé que le retraité avait su démontrer que le Roundup était «un facteur substantiel» de son cancer, clôturant ainsi la première phase de ce procès ouvert le 25 février.


Monsanto condamné à payer 289 millions de dollars de dommages
Un tribunal de San Francisco a condamné vendredi Monsanto à payer près de 290 millions de dollars de dommages pour ne pas avoir informé de la dangerosité de son herbicide Roundup à l'origine du cancer de Dewayne Johnson, une victoire pour ce jardinier américain qui espère un effet boule de neige.

A la demande du groupe allemand Bayer (qui a racheté Monsanto l'an dernier), les débats avaient été organisés en deux phases: l'une «scientifique» consacrée à la responsabilité du Roundup dans la maladie, et une deuxième devant aborder une éventuelle responsabilité du groupe.

A l'énoncé du verdict, le plaignant et ses avocats se sont enlacés. «Nous sommes très satisfaits», a réagi une des avocates de M. Hardeman, Jennifer Moore. Lui-même ne s'est pas exprimé auprès des journalistes. Dans un communiqué, le cabinet d'avocats du plaignant a ajouté que les débats allaient désormais pouvoir se consacrer à prouver «que Monsanto n'a pas eu une approche responsable et objective à propos de (la dangerosité) du Roundup».

«Monsanto ne se soucie pas particulièrement de savoir si son produit cause ou non le cancer, préférant manipuler l'opinion publique et décrédibiliser quiconque soulève des inquiétudes légitimes» sur le sujet, ont aussi asséné les avocats.

Deuxième gros revers judiciaire pour Bayer

«Nous sommes déçus» de ce verdict, a réagi Bayer, qui subit là un deuxième revers judiciaire de taille en quelques mois, de mauvais augure pour le groupe allemand qui fait l'objet de milliers de procédures similaires rien qu'aux Etats-Unis.

Dans son communiqué, Bayer a réaffirmé, comme il l'a toujours fait, que «la science confirme que les désherbants au glyphosate ne causent pas le cancer». «Nous sommes confiants sur le fait que (la phase 2) démontrera que Monsanto s'est comporté de façon adéquate et que l'entreprise ne doit pas être considérée comme responsable» du lymphome non-hodgkinien (LNH) de M. Hardeman, qui a attaqué le géant agrochimique en 2016.


Le glyphosate est le principal pesticide contenu dans le Roundup.
Pesticides: La Commission réautorise le glyphosate
La Commission européenne, qui a officiellement adopté mardi la nouvelle licence du glyphosate pour 5 ans, a également promis plus de transparence dans le processus d'évaluation scientifique des substances chimiques, au centre de la controverse sur l'herbicide.

La deuxième phase du procès - le premier au niveau fédéral - commencera ce mercredi et devra cette fois répondre aux questions suivantes: Monsanto connaissait-il les risques ? Les a-t-il cachés ? Si oui, quels sont les dommages et intérêts qu'il doit payer ? Monsanto devra notamment affronter les affirmations de ses détracteurs, selon lesquels il a téléguidé voire fait modifier certaines études à son avantage.

Le groupe avait été condamné à verser 289 millions de dollars à Dewayne «Lee» Johnson, père de deux petits garçons et atteint d'un LNH en phase terminale, estimant non seulement que le Roundup en était la cause mais que Monsanto avait agi avec malveillance en dissimulant les risques de ses produits au glyphosate.

Le glyphosate «cancérigène probable» depuis 2015

Cette somme avait ensuite été réduite à 78,5 millions de dollars par une juge tandis que Bayer a parallèlement fait appel du fond du verdict. Le procès Hardeman, qui pourrait durer encore environ deux semaines, est en outre ce qu'on appelle en droit américain un «procès test» pour des centaines d'autres similaires. Son issue doit officiellement servir de baromètre pour les procès regroupés avec lui.

Concrètement, il permet aux différentes parties de déterminer s'il vaut mieux signer un accord amiable hors tribunaux pour solder les poursuites, comme cela se fait souvent aux Etats-Unis. Le retraité, qui vit au nord de San Francisco, avait expliqué à la barre avoir vaporisé du Roundup pendant plus de 25 ans pour éliminer de sa propriété une plante très urticante, le sumac vénéneux.

Et «pas mal de fois», le désherbant s'est retrouvé en contact avec sa peau, avait-il ajouté. Pendant la première phase du procès, les deux parties se sont opposées à coups d'études scientifiques complexes et d'experts passant parfois des heures à la barre.

Pour l'essentiel, accusation comme défense se sont accusées mutuellement de présenter des études biaisées, incomplètes et non significatives. Contrairement à l'agence fédérale américaine de protection de l'environnement (EPA), le Centre international de recherche sur le cancer, une agence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a classé depuis 2015 le glyphosate comme «cancérigène probable», mais pas les agences européennes Efsa (sécurité des aliments) et Echa (produits chimiques).