Changer d'édition

Le roi Philippe esquisse la Belgique de demain
International 5 min. 20.07.2020

Le roi Philippe esquisse la Belgique de demain

Avec la reine Mathilde, le souverain belge se sera souvent montré sur le terrain durant la crise du covid.

Le roi Philippe esquisse la Belgique de demain

Avec la reine Mathilde, le souverain belge se sera souvent montré sur le terrain durant la crise du covid.
Photo : AFP
International 5 min. 20.07.2020

Le roi Philippe esquisse la Belgique de demain

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Le souverain belge demande la mise en place «d’un gouvernement stable et résolu» et livre son approche du «monde d’après».

De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) - C’est une Fête nationale particulière que s’apprête à vivre ce 21 juillet la Belgique. Pas de bal national, pas de feu d’artifice, pas d’animations pour les enfants : les plaisirs populaires sont rangés au placard. La cérémonie organisée sur la place des Palais se limitera à 200 invités (contre 2.000 en temps normal). Quant aux 300.000 personnes qui assistent habituellement aux festivités, elles devront se contenter de la retransmission télévisée. 

Le programme militaire de ce 21 juillet a lui aussi été substantiellement allégé. La parade militaire fera place à un défilé restreint. Seuls un hélicoptère NH90 Caïman et des avions de combat F-16 survoleront le palais. La décision du Conseil national de sécurité d’annuler tous les événements de masse jusqu’au 1er septembre sera ainsi respectée.

Dans un discours prononcé exceptionnellement debout et dans un trois-pièces sombre, le roi Philippe a tenu ce lundi à se rapprocher des Belges frappés par le covid. Il s’est adressé à ceux qui portent le deuil, mais aussi aux travailleurs, enfants, étudiants, familles qui endurent les conséquences sociales et économiques de la pandémie. Le souverain a eu un mot «pour tous ceux qui souffrent en silence». Il a souligné «la force de l’entraide et le souci de l’autre». «Mais en réalité, c’est la Belgique tout entière qui a montré courage et créativité…», a-t-il ajouté.

« Une occasion unique» 

Le roi des Belges a également plaidé en faveur d’ «un monde d’après» différent. «La crise nous a ouvert les yeux, a-t-il affirmé. Elle nous a réveillés et sortis du confort de nos certitudes. Elle nous force à réfléchir à notre mode de vie, notre organisation du travail, notre façon d’enseigner, nos modes de production et de consommation, à la manière dont nous nous déplaçons et dont nous voyageons.» 

Philippe s’est fait insistant : «Nous avons maintenant une occasion unique de repenser notre économie et notre société. En construisant sur les valeurs humaines que nous avons vécues si intensément. En optant pour des solutions plus équitables et durables. Avec ambition et confiance en l’avenir».


Belgian Socialist Party (PS) Chairman Paul Magnette arrives to attend a press conference after he presented his first 'preformateur' report to the King at the Royal Palace in Brussels, on November 18, 2019, on the formation of a new federal government following the May 26 elections. - Magnette was given 13 days - the shortest time since the start of the federal government's formation process following the May 26 election - to provide a report to the King. (Photo by THIERRY ROGE / BELGA / AFP) / Belgium OUT
Le choix de raison de Paul Magnette
Le socialiste belge est prêt à discuter avec la N-VA de Bart De Wever. Il ne ferme pas la porte à une nouvelle réforme de l’État.

Mais pour cela, il faut un gouvernement «stable et résolu», a lancé le roi, en demandant à chacun de dépasser «ses propres horizons». Ce week-end précisément, les trois partis gouvernementaux qui menaient les négociations depuis un mois ont fait un pas de côté, face à la volonté finalement affichée par le Parti socialiste de Paul Magnette de négocier avec la N-VA nationaliste flamande de Bart De Wever. Ce sera la troisième tentative menée par les deux formations politiques depuis les élections du 26 mai 2019...

La nouvelle a de toute évidence fâché le libéral francophone Georges-Louis Bouchez qui était jusque-là aux commandes des discussions, main dans la main avec les chrétiens-démocrates et les libéraux flamands. «C’est la dernière chance pour le PS et la N-VA, a-t-il prévenu. S’ils n’arrivent pas à s’entendre, nous chercherons une autre configuration, soit avec l’un, soit avec l’autre. Mais c’est fini de prendre le pays en otage.» 

Quant à Bart De Wever, il a admis que, toutes les autres tentatives de coalition ayant échoué, il n’y a plus vraiment d’autre choix.

Nationalistes et socialistes devraient donc consacrer les prochaines semaines à tenter de trouver une base de négociation commune. L’intérêt supérieur du pays à l'heure de la relance devrait en principe les amener à mettre de l’eau dans leur vin.

Le 17 septembre, Sophie Wilmes demandera à nouveau la confiance de la Chambre.
Le 17 septembre, Sophie Wilmes demandera à nouveau la confiance de la Chambre.
Photo : AFP

C’est oublier toutefois que les deux partis se détestent. Une frange de la N-VA préférerait s’acoquiner avec le Vlaams Belang (extrême droite) plutôt que de s’allier au PS, bien qu’elle ne puisse ignorer l’affaiblissement du sentiment nationaliste flamand. Quant aux socialistes, ils exècrent les différentes politiques menées précédemment par la N-VA dans le gouvernement Michel, qu’il s’agisse de l’immigration, du social, du nucléaire ou de l’éthique. Le syndicat «rouge» FGTB saura le rappeler le cas échéant au PS.

Le 17 septembre, moment auquel le gouvernement Wilmès devra demander à nouveau la confiance à la Chambre, est présenté comme une date butoir à ces négociations. Mais deux mois pour bâtir des ponts entre nationalistes et socialistes est un délai qui semble bien court au vu de l’océan d’intérêts divergents et de défiance qui sépare les deux partis.

La relance économique et la lutte contre le covid pourront-elles malgré tout les réunir, c’est la question. Dimanche, responsables politiques et experts de la santé se sont retrouvés en urgence sans que des mesures immédiates ne soient prises dans la foulée. L’objectif est de comprendre, puis de tenter dans un premier temps de circonscrire les foyers de  contamination qui surgissent localement ici et là – en Wallonie, c’est la commune d’Aubange, à la frontière luxembourgeoise, qui retient particulièrement l’attention. Elle compte 28 nouveaux cas déclarés entre le 10 et le 16 juillet

Une nouvelle course contre la montre est lancée face au virus. Elle passe pour l’instant par la nécessité de respecter les gestes barrières et par une amplification du traçage des contaminés.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Lopez appose sa griffe sur la Division 1A belge
Le businessman luxembourgeois rachète le club de Mouscron, voisin de Lille, dont il occupe la présidence. Le projet principal consiste à «faire de l'Excelsior une plateforme pour jeunes talents belges».
Lille's outgoing president Michel Seydoux (L) enters the field with  Lille's new president Gerard Lopez during the French L1 football match between Lille OSC (LOSC) and Saint Etienne on January  13, 2017 at the Pierre-Mauroy Stadium in Villeneuve d'Ascq, northern France.  / AFP PHOTO / DENIS CHARLET
La loi belge sur l’IVG renvoyée aux calendes grecques
La droite et l’extrême droite flamandes ont fait obstacle pour la quatrième fois au vote du nouveau texte de loi. Le thème de l'interruption volontaire de grossesse étant devenu l’otage des discussions pré-gouvernementales.
La Belgique gèle son déconfinement
Les mesures destinées à assouplir les conditions sanitaires en vigueur dans les secteurs culturel et sportif sont reportées d’une semaine au moins.
Belgian Prime Minister Sophie Wilmes wears a protective face mask following a plaque unveiling ceremony as part of the 60th anniversary of DR Congo's Independence, in Ixelles on June 30, 2020. - Belgium's King Philippe expressed his "deepest regrets" on June 30, 2020, for the harm done during Belgian colonial rule in DR Congo, in a first for his country. Philippe, who has reigned since 2013, made his remarks in a letter to the president of the Democratic Republic of Congo, Felix Tshisekedi, on the the 60th anniversary of Congo's independence on June 30, 1960. (Photo by JOHN THYS / AFP)
La mission des informateurs belges prolongée
Après un mois de discussions avec les partis politiques, les deux informateurs royaux n'ont pu aboutir à une solution. Le roi Philippe leur demande de poursuivre le travail jusqu'au 28 janvier.
Georges-Louis Bouchez et Joachim Coens sont toujours à la recherche de la bonne formule.