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Le retour des Belgicains
International 3 min. 19.02.2020

Le retour des Belgicains

Les jeunes seraient demandeurs de «plus de Belgique» que leurs aînés

Le retour des Belgicains

Les jeunes seraient demandeurs de «plus de Belgique» que leurs aînés
Photo: Gerry Huberty
International 3 min. 19.02.2020

Le retour des Belgicains

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Ils réapparaissent à chaque crise politique distendant un peu plus la relation entre Flamands et francophones. Les amoureux de la Belgique apaisée pointent le bout du nez.

De notre correspondant, Max Hellef (Bruxelles) - En janvier dernier, peu avant d’être débarqué de son rôle d’informateur royal, le libéral francophone Georges-Louis Bouchez avait confié son amour de la Belgique «unitaire» au magazine  Wilfried, provoquant un tollé. Car avouer son affection pour cet anachronisme institutionnel, cela ne se fait pas dans un pays où le fédéralisme a force de loi depuis cinquante ans. Chacun chez soi – les Flamands, les Bruxellois et les Wallons – et les vaches seront bien gardées… Un mois plus tard, Georges-Louis Bouchez est moins seul. Des personnalités plutôt en vue, sans être de réelles «stars», sortent du bois pour dire leur amour du pays et leur volonté de dépasser les clivages. Parmi elles, des politologues, des hommes et des femmes politiques, des chefs d’entreprise.

Le quotidien Le Soir, qui les a réunies en une double page, note que «ces derniers temps, le clan «belgicain» semble avoir retrouvé des couleurs (…) même si certaines (personnalités) ont parfois un peu hésité à assumer l’étiquette de «pro-Belgique». Ces francophones et ces néerlandophones se disent «belges». Mais, prévient le quotidien, «attention, aucun ne rêve – pas même Georges-Louis Bouchez – de retourner à la Belgique de 1830. Celle où les identités multiples étaient étouffées par la bourgeoise francophone.»

Le débat existentiel belge arrive à la table

Sondages à l’appui, les jeunes seraient demandeurs de «plus de Belgique» que leurs aînés. Ils se rendent compte qu’elle constitue une carte de visite appréciée à l’étranger, où les régions passent pour des nains politiques. Mais aussi qu’il est autrement plus efficace de se mobiliser sur le plan national comme l’a montré en 2019  le succès des marches pour le climat. Une telle levée de boucliers n’est pas vraiment neuve. Lors des crises précédentes, nombre de personnalités et de citoyens ont à un moment donné sorti le drapeau noir-jaune-rouge pour dire au monde politique que le petit jeu des divisions avait assez duré.

Cette fois, le tempo semble toutefois plus lent, plus mollasson. Mais si l’on en croit l'hebdomadaire Le Vif, «le débat existentiel belge arrive à la table». «Les sorties virulentes se multiplient et les noms d'oiseaux fusent, tandis que le roi consulte. Cette fois, plus de doute: l'avenir du pays est en jeu», statue l’hebdomadaire. Pour appuyer ce constat, il se réfère à une interview plutôt virile donnée à la RTBF par Theo Francken, l’enfant terrible de la N-VA nationaliste flamande. Pour l’ex-secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, «la Vivaldi, c’est la fin de la Belgique».

Traduction: la Vivaldi est une coalition gouvernementale potentielle qui réunirait, au nord comme au sud,  les écologistes, les chrétiens-démocrates, les socialistes et les libéraux. Mais pas les nationalistes de la N-VA qui seraient relégués jusqu'en 2024 dans l’opposition. D'où le clash inévitable. Cette entente n'a toutefois pu se concrétiser faute de convaincre les chrétiens-démocrates flamands, et plus particulièrement l'actuel ministre de la Justice, Koen Geens.

Mais tout le monde ne pense pas pour autant que la N-VA soit nécessairement responsable de la crise. C’est ainsi que chez les libéraux francophones, l'élue bruxelloise Clémentine Barzin flingue ce «Parti socialiste qui s'offusque qu'on ne tienne pas compte du million de Bruxellois (...)  et qui se fout du million d'électeurs du premier parti flamand démocratique – la N-VA. Se fout-il aussi de la Belgique?»  


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