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Le PTB prêt à débattre avec l’extrême droite
International 3 min. 09.01.2020

Le PTB prêt à débattre avec l’extrême droite

Le PTB pourrait être la seule formation à oser affronter l'ultranationalisme flamand sur son propre terrain

Le PTB prêt à débattre avec l’extrême droite

Le PTB pourrait être la seule formation à oser affronter l'ultranationalisme flamand sur son propre terrain
Photo: Shutterstock
International 3 min. 09.01.2020

Le PTB prêt à débattre avec l’extrême droite

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Les communistes belges annoncent leur intention de rompre le cordon sanitaire qui isole le Vlaams Belang. L’initiative divise.

De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) -  En décembre, une photo parue à la une de l'hebdomadaire De Zondag avait fait un effet bœuf. On y voyait Tom Van Grieken, le leader du Vlaams Belang (extrême droite flamande),  poser aux côtés de Peter Mertens, le président du parti communiste (PTB).

Le cliché avait choqué. Non seulement parce qu'il évoquait les liaisons dangereuses de deux idéologies antagonistes. Mais aussi parce que le Vlaams Belang fait l'objet d’un cordon sanitaire qui le confine dans l'opposition, au régional comme au fédéral. Le communiste Peter Mertens avait donc failli à la règle. A l'époque, il avait expliqué avoir voulu «entendre la colère» des électeurs du Belang.

Loin de reconnaître une quelconque bévue, le PTB revient aujourd'hui à la charge et se pose en antidote du Vlaams Belang:  «Il faut quand même arrêter de déconner: dans 90% des pays européens, ce cordon (sanitaire) n'existe pas. Donc, oui, partout où elle existe, il faut aller débattre contre l’extrême droite, sinon on ne gagnera jamais le combat», a lâché au Soir Raoul Hedebouw, l'homme qui a réussi à faire du PTB un «bon client» auprès des médias.

«Danser avec les fachos»

Le cordon sanitaire qui entoure l'extrême droite flamande est fragile. Il y a longtemps déjà que les médias du nord du pays l'ont rompu. Ils ont choisi de tendre le micro à ce parti ultranationaliste, condamné autrefois pour racisme, au motif qu'il ne cessait de gagner en popularité. La presse francophone est jusqu'ici restée sur ses positions.

A son tour, le PTB a décidé de passer outre le cordon. Il estime que c'est le prix à payer pour aller rechercher l'électorat ouvrier des bastions rouges qui, dans les années 1980 et 1990, lui a tourné le dos pour voter en faveur de l'extrême droite. Pour cela, il est prêt à débattre avec le Vlaams Belang afin, dit-il, de le confondre.  Comme pour se disculper, il attribue la banalisation de l'extrême droite aux libéraux et aux socialistes flamands qui «sont allés danser à la télévision publique avec les fachos».

Le jeu est assurément dangereux. Jusqu'ici, les partis ont majoritairement considéré qu'il y avait plus à gagner à isoler l'extrême droite qu'à la laisser gouverner au motif qu'elle montrerait ainsi rapidement ses limites. Le PTB, un parti unitaire, c'est-à-dire non divisé par le clivage linguistique, est en train de renoncer à cette mise en quarantaine. 

«C'est grave»

Il peut par la même occasion s'affranchir davantage des autres partis politiques qui, demain, gouverneront peut-être ensemble dans le cadre d'une coalition fédérale «arc-en-ciel» unissant la droite et la gauche. Il sera la seule formation à oser affronter l'ultranationalisme flamand sur son propre terrain.  

L'initiative des communistes est ici soupesée par les politologues, là condamnée par ses adversaires politiques. L'un d'eux, toutefois, prend le contre-pied: ce jeudi matin, le président du Mouvement réformateur (libéral francophone) Georges-Louis Bouchez affirme que «ce qu'a fait le PTB, dire comme cela à l'emporte-pièce qu'il faut rompre le cordon sanitaire, c'est grave». «Mais, poursuit-il, je ne suis pas fermé à trouver la meilleure méthode pour lutter contre l'extrême droite. A titre personnel, j'aimerais débattre.»  

Georges-Louis Bouchez est actuellement informateur royal, chargé de trouver des pistes susceptibles de conduire à la formation du prochain gouvernement fédéral. Pas sûr que son point de vue sur le cordon sanitaire l'aide à mener à bien sa mission…


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