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Le Portugal rappelle ses émigrés
International 4 min. 02.08.2019

Le Portugal rappelle ses émigrés

Les autorités portugaises veulent encourager le retour des Portugais et luso-descendants qui ont quitté le pays.

Le Portugal rappelle ses émigrés

Les autorités portugaises veulent encourager le retour des Portugais et luso-descendants qui ont quitté le pays.
Photo: Shutterstock
International 4 min. 02.08.2019

Le Portugal rappelle ses émigrés

Revenir, rentrer au pays. Le message est clair: désormais, le pays des Œillets offre des conditions économiques telles que les Portugais qui le souhaitent peuvent revenir y vivre.

Par Marie-Line Darcy

Le Luxembourg risque-t-il de perdre quelques habitants? Avec plus de 96.000 Portugais sur ses terres, la nouvelle mesure mise en place par le gouvernement d'Antonio Costa, le programme «Regressar», pourrait attirer du monde... 

Bien qu’annoncé dès la fin de l’année 2018, ce programme n’a été encadré qu’à partir du printemps. Désormais, avec une équipe dédiée et des plateformes d’informations sur le net, il est vraiment lancé.


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Les autorités portugaises veulent encourager le retour des Portugais et luso-descendants qui ont quitté le pays jusqu’au 31 décembre 2015. Pourquoi cette date? Parce qu’elle correspond au début du gouvernement socialiste d’Antonio Costa, et sa politique contraire à l’austérité qui avait marqué le quadriennat précédent, pendant la crise économique de 2010 à 2014.

Jeunes qualifiés

On estime que près de 100.000 Portugais ont quitté leur pays chaque année durant les cinq ans de la terrible crise économique et financière. Une hémorragie, au vu d’un petit pays de 10 millions d’habitants.

Pour la première fois de son histoire, l’émigration a concerné une tranche d’âge de jeunes qualifiés et bien formés, mais sans possibilité de trouver un emploi dans leur propre pays. Au plus fort de la crise, le chômage avait atteint 18% de la population active.

En début de législature socialiste, le taux est revenu à 12% et aujourd’hui le chômage se situe aux alentours de 6,5% de la population active. «Nous ouvrons grand les bras pour accueillir nos ressortissants. Nous voulons leur montrer que le pays va mieux, qu’il a les conditions de développement nécessaires à l’installation. C’est une question de justice», déclare Miguel Cabrita, le Secrétaire d’État à l’emploi qui coordonne l’initiative.

Sous quelles conditions?

«Regressar» s’adresse à tous les Portugais et à leurs descendants. La mesure concerne en effet le regroupement familial. Toutefois, la condition essentielle est de travailler au Portugal, comme employé, et sous un régime de contrat à durée indéterminée.

Le programme exclut donc les créations d’entreprises et les auto-entrepreneurs. Le contrat de travail doit être signé entre le 1 er janvier 2019 et le 31 décembre 2020. Il n’y a aucune restriction concernant le type de qualification dont dispose le candidat au retour.

Mais il ne faut pas avoir résidé au Portugal les trois années précédant le dépôt de candidature. L’aide de base s’élève à 2.614 euros, majorée de 10% pour chaque membre de la famille du requérant.

A cela s’ajoutent des aides au voyage et au déménagement. Le montant total de l’aide peut atteindre 6.536 euros et elle est complétée par la réduction de 50% des impôts sur le revenu durant cinq ans, pour ceux qui reviendraient au Portugal en 2019 et 2020.

Pas de marée d’émigrés

Au Portugal, personne ne prétend voir déferler une vague d’émigrés. Le gouvernement lui-même mise sur 2 à 3.000 personnes pour cette première phase de deux ans.

L’IEFP- Institut de l’emploi - a créé sur son site une plateforme dédiée afin de faciliter l’accès à la recherche d’emploi. Et une cellule interministérielle est prête à répondre aux questions que se posent les éventuels candidats au retour. Le dispositif est complété par le réseau municipal des GAE- Cabinet d’aide à l’émigré, dont le nombre est passé de 100 à 157 en quatre ans.

Des objections

«Nous avons aussi édité un "manuel de l’émigré" qui est destiné à nos consulats et nos représentations diplomatiques afin de répondre aux questions de ceux qui veulent revenir. Les atouts que nous mettons en avant sont: la sécurité du pays, l’accès aux soins tendanciellement gratuits et la qualité de l’enseignement», explique le Secrétaire d’État aux Communautés, José Luis Carneiro.

Le dispositif a soulevé des objections. La droite dans l’opposition y voit une mesure électoraliste avant les législatives du 6 octobre prochain. D’autres s’interrogent sur la conformité constitutionnelle du dispositif qui introduit une disparité fiscale entre les citoyens. Quant aux premiers concernés, les émigrés, ils sont sceptiques.

10 millions d'euros

«Je pense que seules les personnes qui n’ont pu s’intégrer ou qui ont épuisé toutes les ressources sociales du pays d’accueil seront intéressées. Les 6.500 euros offerts pour rentrer, c’est l’équivalent de ce que je gagne en un mois. J’aurais gros à perdre pour ma retraite si je partais maintenant. Je ne suis pas sûr que cette mesure fonctionne», estime José do Rosario qui vit et travaille en Suisse depuis 23 ans.

Le gouvernement portugais a alloué 10 millions d’euros au programme afin de faciliter le retour de ceux qui le souhaitent.

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