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Le Portugal comme planche de salut
International 1 3 min. 10.04.2019 Cet article est archivé

Le Portugal comme planche de salut

L'ONU prévoit 5,3 millions de migrants vénézuéliens fin 2019 – la pire crise humanitaire qu'ait connue l'Amérique latine en temps de paix

Le Portugal comme planche de salut

L'ONU prévoit 5,3 millions de migrants vénézuéliens fin 2019 – la pire crise humanitaire qu'ait connue l'Amérique latine en temps de paix
Rafael Hernandez/dpa
International 1 3 min. 10.04.2019 Cet article est archivé

Le Portugal comme planche de salut

Déjà plus de trois millions de personnes ont fui le Venezuela pour une vie meilleure à l'étranger. C'est notamment le cas de Juan et sa famille, arrivés au Portugal il y a quelques mois.

Par Marie-Line Darcy (Lisbonne)

Juan dissimule derrière des lunettes noires un regard très bleu. «Je le tiens de mes aïeux. Beaucoup de Portugais du nord du pays ont les yeux clairs», dit-il sans fausse vanité. Juan Bacalhau, 42 ans, deux enfants de sept et dix ans, est arrivé au Portugal il y a quelques mois. Il est luso descendant, fils d’émigrés portugais, qui se sont installés au Venezuela, entre 1940 et 1980. Les parents de Juan sont toujours à Caracas où le père a monté une usine de chaussures.

Juan répète comme un mantra son bonheur d’être dans la capitale portugaise. «Je n’ai plus peur. C’est le plus important, ne pas avoir à regarder sans arrêt au-dessus de son épaule. Et savoir qu’en rentrant du boulot il y aura à manger. Ça n’a pas de prix», dit-il en ajustant ses lunettes dans la lumière intense de Lisbonne. Le Vénézuélien se considère comme un privilégié.

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A Caracas il travaillait pour une compagnie américaine et gagnait en dollars. De quoi vivre très confortablement dans un immeuble sécurisé, et d’avoir accès aux meilleures écoles pour les enfants. «Une bulle», dit Juan dans son portugais presque parfait. Mais tout récemment, un chef d’entreprise et son assistant, résidents de son immeuble, ont été kidnappés et tués malgré la rançon versée par leurs proches.

Pour Juan Bacalhau, ce fut le signal. Muni du passeport, sésame indispensable, il a embarqué sa famille vers le Portugal. Dans les yeux bleus de Juan une ombre passe: ses parents ne veulent pas quitter Caracas où ils ont tous leurs biens, toute leur vie. «Je suis très inquiet. La situation est terrible au Venezuela. Mon père a été menacé», confie celui qui est désormais chauffeur Uber à Lisbonne.

Un nouveau départ

Les autorités portugaises estiment à environ 10.000 le nombre de Luso-Vénézuéliens qui ont été accueillis sur le territoire. C’est peu en comparaison des trois millions de personnes qui ont fui vers les pays voisins du Venezuela.

Mais avec la troisième voire même la quatrième génération des descendants des Portugais, c’est un univers de 300.000 personnes, selon les estimations consulaires. Lisbonne facilite l’attribution des documents légaux, n’exigeant plus par exemple qu’ils soient traduits en portugais.

Les services consulaires ont été renforcés, et la solidarité est réelle. Pour certains luso-descendants, le Portugal est une planche de salut. «Ici on ne ressent pas de xénophobie. Alors que dans les pays voisins du Venezuela, nous ne sommes pas les bienvenus», explique Luis Franklin. A 42 ans, Luis fait partie de la petite équipe qui a été recrutée par l’entreprise Vale da Rosa, une exploitation agricole en Alentejo, dans le sud du Portugal.

Ils sont plus de trois millions à fuir le Venezuela.
Ils sont plus de trois millions à fuir le Venezuela.
AFP

On y cultive du raisin de table, sans pépins, et Vale da Rosa exporte vers une trentaine de pays. L’entreprise emploie mille personnes sous un régime saisonnier, mais elle a besoin d’un encadrement fixe.

Pour António Silvestre Ferreira, le patron de Vale da Rosa, lui-même ancien émigré, le recrutement de jeunes gens compétents s’est imposé. «Nous avons fait plusieurs voyages à Madère pour recruter pour l’entreprise. On voudrait embaucher une centaine de cadres, et 300 ouvriers agricoles. Les Portugais émigrés ont une bonne réputation.

Leur intégration est plus facile», explique António Ferreira. A Ferreira do Alentejo le développement de l’agriculture grâce à l’irrigation du barrage d’Alqueva permettra un étalement des cultures et la possibilité de fixer les travailleurs. Une perspective intéressante pour un territoire où la densité populationnelle est de douze habitants par km2.

Plusieurs freins

Dans l’entrepôt qui fonctionne au ralenti hors saison, le groupe de jeunes Vénézuéliens s’affaire autour de cagettes de raisins venus du Chili. Des jeunes gens qui racontent tous la même histoire, celle de l’urgence de la fuite. Avocat, technicien, gestionnaire – ils savent que leurs diplômes ne sont pas reconnus en Europe et que la non-maîtrise du portugais est un frein. 

Mais la rémunération de 600 à 700 euros mensuels, les économies grâce au logement dans les préfabriqués cédés par Vale da Rosa, permettront de faire venir ceux qui sont restés au pays. En espérant que les couloirs aériens se maintiennent. La TAP a déjà supprimé l’un de ses vols hebdomadaires de et vers le Venezuela, pour des raisons de sécurité.

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