Changer d'édition

Le Portugal affronte une crise énergétique
International 4 3 min. 13.08.2019

Le Portugal affronte une crise énergétique

Pour ce premier jour de grève, les chauffeurs de camion-citerne ont été escortés par la police pour sécuriser la fourniture des stations essence du pays.

Le Portugal affronte une crise énergétique

Pour ce premier jour de grève, les chauffeurs de camion-citerne ont été escortés par la police pour sécuriser la fourniture des stations essence du pays.
Photo: AFP
International 4 3 min. 13.08.2019

Le Portugal affronte une crise énergétique

La grève des conducteurs de camions-citernes en cours dans le pays constitue la deuxième en moins de six mois.

Par Marie-Line Darcy (Lisbonne) - Cette fois les Portugais ont pris leur précaution. Ils se sont rendus aux pompes à essence dès jeudi et vendredi derniers, pour parer à cette grève du carburant qui a débuté lundi. À Pâques, en avril dernier, la grève avait provoqué une véritable panique, créant des files énormes aux stations-service. Le pays s’était alors retrouvé à sec avant même que la grève n’ait commencé. Elle n’avait duré que deux jours, le syndicat indépendant du secteur, le SNMMP, ayant obtenu des garanties sur l’augmentation salariale revendiquée.

Le temps passant, le syndicat affirme avoir été grugé et a brandi dès juillet la menace d’une nouvelle grève. Les négociations entre ce syndicat et l’Antram, l’association patronale, n’ont pas abouti. Le gouvernement est alors entré dans le débat, offrant ses services de médiateur. Mais la crise est allée crescendo. Sans qu’aucune échappatoire au durcissement du conflit ne soit trouvée. Au point que le Premier ministre en personne, Antonio Costa, a décrété, samedi, l’état de crise énergétique.

La décision permet au gouvernement d’établir un réseau de 341 stations-service d’urgence, dans lesquelles il sera possible de faire le plein d'essence, à condition de disposer du badge identifiant la priorité. L’armée, les services de sécurité, de protection civile, de santé et de livraisons alimentaires figurent dans la liste des véhicules prioritaires. Le gouvernement a fait imprimer 20 mille badges autocollants pour permettre l’identification, et en attend 30 mille autres. Dans ce réseau, intitulé REPA, le remplissage du réservoir d’essence ou diesel est limité à 15 litres par véhicule. Dans les autres stations-service, la limite est fixée à 25 litres.

L’exécutif socialiste a aussi décrété un service minimum de 50% du temps: les chauffeurs de produits dangereux devront respecter ce temps de travail pour garantir l’approvisionnement à l’ensemble des consommateurs du pays. Le syndicat des chauffeurs de matières dangereuses (SNMMP), le syndicat indépendant à l’origine de la grève, a déjà annoncé son intention de ne «respecter que le minimum du minimum de service obligatoire». Ce syndicat à l’origine de la grève en avril dernier avait obtenu des garanties sur une évolution progressive du salaire base. Mais le SNMMP se dit trompé, et exige du patronat un engagement substantiel.

Afin de limiter l'impact de cette grève, le gouvernement portugais a limité la quantité de carburant autorisé dans les stations-service.
Afin de limiter l'impact de cette grève, le gouvernement portugais a limité la quantité de carburant autorisé dans les stations-service.
photo: AFP

La rémunération de base d’un conducteur de camion-citerne est de 630 euros actuellement. Les primes permettent d’augmenter le revenu, mais elles ne sont intéressantes qu’en cas de déplacement à l’étranger. Peu de routiers en bénéficient. En revanche, c’est ce salaire de base qui sert à calculer l’indemnité maladie, le chômage et la retraite. Le syndicat réclame un réajustement conséquent, à 700 euros du salaire de base dès 2020, puis 800 et 900 euros les deux années suivantes.

Le gouvernement a adopté une attitude qui se veut à la fois rassurante et ferme. Pas question de gâcher la période touristique la plus importante de l’année. En effet, la semaine du 15 août est très prisée par les Portugais et par les émigrés qui viennent se reposer dans leur village et ville d’origine. Paulo Dias est expert comptable à Lisbonne. Sa semaine de vacances coïncide avec la grève: «J’ai beaucoup hésité à partir. Je dois aller dans le nord rejoindre mon frère, puis ensuite au sud. Ce n’est vraiment pas pratique en transports publics. J’ai pris mes précautions et fait le plein. On verra» déclare l’expert sans dissimuler son embarras. La situation est pour l’instant calme. Tout dépendra du temps que durera la grève. L’aéroport de Lisbonne ne dispose que de quatre jours d’autonomie en carburant. 


Sur le même sujet

Le Portugal risque la panne sèche
Sous la menace d'une grève illimitée des transporteurs de carburant, à partir du lundi 12 août, le gouvernement portugais et de nombreux automobilistes ont pris dès cette semaine leurs précautions pour affronter d'éventuelles privations.
Zechprellerei, Grivèlerie, Tankstelle, Tanken, Zapfsäule, Pompe à essence, Foto Lex Kleren