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Le plan des créanciers rejeté: Référendum: le non massif et risqué des Grecs
International 6 min. 05.07.2015

Le plan des créanciers rejeté: Référendum: le non massif et risqué des Grecs

Les partisans du non ont manifesté bruyamment leur joie à Athènes.

Le plan des créanciers rejeté: Référendum: le non massif et risqué des Grecs

Les partisans du non ont manifesté bruyamment leur joie à Athènes.
Photo: AFP
International 6 min. 05.07.2015

Le plan des créanciers rejeté: Référendum: le non massif et risqué des Grecs

Après la victoire du "non" avec 61,31% selon les résultats définitifs, l'incertitude plane sur le maintien de la Grèce dans la zone euro. Les dirigeants de l'Union européenne engagent lundi d'intenses consultations pour évaluer les conséquences de ce "non".

(AFP) - Après la victoire du "non" avec 61,31% selon les résultats définitifs, l'incertitude plane sur le maintien de la Grèce dans la zone euro. Dimanche soir, Berlin d'un côté, Paris et Rome de l'autre, ne semblaient pas en phase sur la réaction à apporter, et Athènes faisait mine de ne voir aucun problème à son retour dès lundi à la table des négociations.

La chancelière allemande Angela Merkel et le président français François Hollande étaient néanmoins "d'accord" pour dire qu'il fallait "respecter le vote" des Grecs, et pour appeler à un sommet de la zone euro mardi.

Sur la place Syntagma, des milliers de personnes se sont rassemblées pour manifester leur joie, malgré les incertitudes. Certains chantaient, dansaient, agitaient des drapeaux et scandaient "Oxi" (Non en grec), leurs visages rayonnants.
Sur la place Syntagma, des milliers de personnes se sont rassemblées pour manifester leur joie, malgré les incertitudes. Certains chantaient, dansaient, agitaient des drapeaux et scandaient "Oxi" (Non en grec), leurs visages rayonnants.
Photo: AFP

Alors que les partisans du non manifestaient bruyamment leur joie à Athènes, Berlin réagissait durement, le ministre allemand de l'Economie Sigmar Gabriel jugeant "difficilement imaginables" de nouvelles négociations avec Athènes dans ces circonstances.

Hollande et Merkel se voient lundi soir

M. Gabriel a considéré que le Premier ministre grec Alexis Tsipras avait "coupé les derniers ponts" entre son pays et l'Europe, dans un entretien au quotidien Tagesspiegel à paraître lundi.

Le chef de l'Eurogroupe et ministre des Finances des Pays-Bas, Jeroen Dijsselbloem, a quant à lui jugé le résultat du vote "très regrettable pour l'avenir de la Grèce".

Moscou, commentateur intéressé des évènements, s'était déjà fait également son opinion : "On ne peut pas ne pas comprendre" qu'il s'agit d'un "pas vers la sortie de la zone euro", a déclaré le vice-ministre russe de l'Economie, Alexeï Likhatchev.

Mais M. Tsipras a assuré à ses compatriotes que le résultat du référendum ne marquait pas "une rupture avec l'Europe", mais au contraire "un renforcement du pouvoir de négociation" de son gouvernement. Il a déclaré que "cette fois la dette serait sur la table" de ces négociations.

Et le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis a qualifié le scrutin d'"outil pour tendre la main à nos partenaires".

M. Tsipras et M. Hollande, généralement un de ses plus compréhensifs partenaires dans la zone euro, se sont entretenus au téléphone vers 19 heures GMT. M. Hollande et Angela Merkel devaient se rencontrer lundi soir à Paris "pour évaluer les conséquences du référendum en Grèce".

Auparavant, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker doit consulter dans la matinée lors d'une conférence téléphonique Jeroen Dijsselbloem, président de l'Eurogroupe, Donald Tusk, président du Conseil européen, et Mario Draghi, patron de la Banque centrale européenne (BCE).

Est également prévue une réunion du conseil des gouverneurs de la BCE, annoncée dès vendredi par le gouverneur de la Banque d'Autriche Ewald Nowotny. Le conseil pourrait notamment examiner une demande envoyée dimanche soir par la Banque de Grèce, qui souhaite que soit remonté le plafond des aides d'urgence (ELA) accordées à Athènes.

Positions divergentes 

La réaction allemande, en tout cas celle de M. Gabriel, semblait en contradiction avec les positions prises dans la matinée par Paris et Rome.

Dimanche matin en effet, le ministre français de l'Economie Emmanuel Macron avait appelé à une reprise des discussions avec la Grèce, même en cas de non.

Même position du président du Conseil italien Mattéo Renzi, corroborée après le scrutin par le ministre des Affaires étrangères Paolo Gentiloni : "Il est juste de recommencer à chercher un accord".

La confusion sur la suite des évènements était totale. La Grèce n'a plus d'argent, ses banques sont fermées depuis une semaine, et fragilisées par les retraits massifs récents de Grecs anxieux de toute cette situation.

Selon le porte-parole du gouvernement, Gabriel Sakellaridis, la Banque de Grèce devait envoyer dès dimanche soir une demande à la BCE, car il y a selon lui "des arguments solides pour faire remonter (le plafond de) l'ELA", l'aide d'urgence aux banques grecques.

Dans cette situation confuse et dangereuse, le Premier ministre de gauche radicale Syriza pouvait au moins se féliciter d'avoir remporté le pari du référendum, cinq mois après sa victoire confortable aux législatives de janvier.

La question posée aux Grecs était, en substance, approuvez-vous la proposition de réformes mise sur la table le 25 juin par les créanciers du pays (FMI, UE, BCE)?

Le texte avait déjà fait l'objet de concessions de la part du gouvernement Tsipras, arrivé au pouvoir en janvier. Mais le Premier ministre a décidé dans la nuit du 26 au 27 juin qu'il n'irait pas plus loin, lançant l'annonce du référendum, et déclenchant le début de panique bancaire qui a abouti au strict contrôle des capitaux actuel.

Pendant ce temps, les créanciers faisaient valoir le danger pour le pays de s'engager sur la voie du non, marqué selon eux par un risque de sortie de l'euro, une monnaie à laquelle trois Grecs sur quatre sont très attachés.

Pour parachever la dramatisation de ce scrutin, ils ont refusé de poursuivre le programme d'aide en vigueur depuis 2012, laissant la Grèce -qui n'a plus reçu d'aide depuis août 2014- manquer un paiement de 1,5 milliard au FMI, évènement financier rarissime.

"La démocratie a gagné" 

Dans ce contexte, les Grecs ont semblé aller au scrutin avec beaucoup d'anxiété dimanche, comme s'ils étaient dépassés par l'enjeu intimidant de la question.

Il semble bien qu'il n'en ait rien été, et qu'ils aient saisi au vol l'occasion de dire le "grand non" espéré par M. Tsipras aux créanciers du pays, qui ont exigé des réformes très dures de la Grèce depuis 2010, en échange de 240 milliards d'euros de prêts ou promesses de prêts, qui ont porté la dette grecque à près de 180% du PIB.

Panos Kammenos, le ministre de la Défense, président du parti de droite souverainiste ANEL qui gouverne en coalition avec Syriza, a considéré sur Twitter que "le peuple grec a montré qu'il ne répondait pas au chantage, n'était pas terrorisé et menacé, la démocratie a gagné".

Sur la place Syntagma, des milliers de personnes se sont rassemblées pour manifester leur joie, malgré les incertitudes. Certains chantaient, dansaient, agitaient des drapeaux et scandaient "Oxi" (Non en grec), leurs visages rayonnants. Des stands vendant drapeaux grecs et sifflets se sont montés un peu partout.

George Kotsakis, 55 ans, vêtu d'un jogging au motif des jeux Olympiques d'Athènes 2004, tenait un drapeau grec à la main: "Je suis ravi, c'est merveilleux, la vie sera différente à partir de maintenant", espérait-il.

Sans surprise, le chef du parti antilibéral espagnol Podemos Pablo Iglesias jubilait : "Aujourd'hui en Grèce la démocratie l'a emporté", twittait-il.


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