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Le nucléaire, l'enfant terrible de la France
International 6 min. 07.08.2022
Énergie

Le nucléaire, l'enfant terrible de la France

Les centrales nucléaires françaises - ici Cattenom - ont des problèmes de refroidissement en raison de la canicule.
Énergie

Le nucléaire, l'enfant terrible de la France

Les centrales nucléaires françaises - ici Cattenom - ont des problèmes de refroidissement en raison de la canicule.
Photo: Anouk Antony
International 6 min. 07.08.2022
Énergie

Le nucléaire, l'enfant terrible de la France

Christine LONGIN
Christine LONGIN
Le changement climatique fait de l'énergie nucléaire une source d'énergie incertaine. À cela s'ajoutent la corrosion et l'entretien, qui créent actuellement des problèmes.

Il n'aura fallu qu'un quart d'heure à Emmanuel Macron pour évoquer les avantages du nucléaire lors de son interview télévisée à l'occasion de la fête nationale. «Le nucléaire est une solution durable», a déclaré le président le 14 juillet, la poitrine pleine de conviction. L'homme de 44 ans a toutefois dû admettre que cette forme d'énergie ne se portait pas très bien en ce moment.


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La France doit actuellement importer de l'électricité de l'étranger, a-t-il reconnu. Et pourquoi? Parce que le pays qui possède le plus grand nombre de réacteurs nucléaires en Europe est aussi celui qui a le plus de problèmes avec l'énergie nucléaire.

Ce n'est que mercredi que l'on a appris que la production d'un réacteur de la centrale nucléaire de Tricastin, dans le sud de la France, pourrait être totalement arrêtée, car l'installation ne peut plus être refroidie en raison de la chaleur. L'eau du Rhône, qui est en fait utilisée pour le refroidissement, est trop chauffée en raison de la canicule. Dans l'installation de Saint-Alban, qui utilise également l'eau du Rhône, l'exploitation doit donc également être réduite au minimum, comme l'a fait savoir l'exploitant EDF. Et à Golfech, à l'ouest, l'eau du fleuve Garonne ne convient plus non plus pour le refroidissement en raison de ses températures élevées.

En règle générale, les centrales nucléaires pompent de l'eau dans leur système de refroidissement avant de la rejeter dans les rivières ou dans la mer. Cette pratique est soumise à des règles visant à éviter d'endommager l'écosystème des rivières. Lorsque les températures maximales sont atteintes, la centrale doit limiter son fonctionnement pour ne pas rejeter davantage d'eau chaude. Mais en raison de la canicule, les valeurs limites ont été relevées à la mi-juillet pour trois semaines - avec des conséquences pour la faune et la flore. «Face au changement climatique, l'image d'un nucléaire 'vert' et performant n'est que de la poudre aux yeux», prévient l'organisation antinucléaire Sortir du nucléaire.

Importation d'électricité d'Allemagne

Aux problèmes de refroidissement s'ajoute la corrosion, qui met actuellement douze des 56 réacteurs à l'arrêt. Comme le parc nucléaire français a en moyenne 35 ans, les installations doivent en outre être inspectées et entretenues à grands frais. De ce fait, 18 autres réacteurs sont actuellement à l'arrêt. Résultat: moins de la moitié des réacteurs sont actuellement en service. La France doit donc importer de l'électricité, notamment d'Allemagne, un pays décrié pour ses centrales à charbon.

Face au changement climatique, l'image d'un nucléaire 'vert' et performant n'est que de la poudre aux yeux.

Sortir du nucléaire

«Le pari sur le nucléaire comporte un risque de pénurie d'énergie», a mis en garde Corinne Lepage, ancienne ministre de l'Environnement et députée européenne des Verts, dans le journal Le Monde. La France n'a pas su développer les énergies renouvelables afin de disposer d'une alternative au nucléaire dans une période comme celle-ci. La part des énergies renouvelables dans le mix électrique n'est actuellement que d'environ 20%, alors qu'elle est de 50% en Allemagne. L'énergie nucléaire, qui produit 70% de l'électricité, reste dominante.

La France est donc encore loin du tournant énergétique promis, qui doit permettre de réduire la part du nucléaire à 50% d'ici 2035. Mais les procédures d'autorisation doivent désormais être raccourcies afin de développer les énergies renouvelables. «Nous devons avancer plus vite», a exigé Macron lors de son interview télévisée. Cela vaut surtout pour l'éolien offshore et l'énergie solaire. Les éoliennes terrestres ont en revanche un «problème d'acceptation», a-t-il reconnu.


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L'énergie éolienne est très controversée en France. Lors de la campagne présidentielle, plusieurs candidats, dont Marine Le Pen, ont demandé l'arrêt de la construction d'éoliennes. La populiste de droite a annoncé qu'elle détruirait toutes les éoliennes si elle était élue. Sa défaite face à Emmanuel Macron l'en a empêchée. Mais en Bretagne, où le premier parc éolien offshore français de 62 éoliennes doit voir le jour, les pêcheurs et les écologistes se déchaînent contre le projet.

Comme les énergies renouvelables ont été négligées pendant des années et que l'énergie nucléaire s'affaiblit, la France doit - comme l'Allemagne - laisser fonctionner plus longtemps les anciennes centrales à charbon. Sur les quatre dernières installations, une est encore en service et une deuxième doit être remise en route en Lorraine. On veut ainsi tenter de surmonter les problèmes liés à la construction du réacteur à eau pressurisée EPR à Flamanville, au bord de la Manche, a déclaré Emmanuel Macron.

Le plus grand fiasco industriel de France

Flamanville est synonyme du plus grand fiasco industriel français de ces dernières années. La construction de cette installation moderne au bord de la Manche avait débuté en 2007. Mais en raison de difficultés au niveau des soudures et du couvercle du réacteur, la mise en service a été sans cesse repoussée. Au lieu de 2012, l'EPR devrait être achevé en 2023. Dans le même temps, les coûts ont été multipliés par six, passant de 3,3 milliards à 19,1 milliards d'euros. Même si l'EPR ne fait ainsi aucune publicité pour lui-même, Macron veut construire six autres installations de ce type dans les années à venir et argumente à cet égard sur le respect du climat par l'énergie nucléaire. Pourtant, malgré son énergie nucléaire pauvre en CO2, la France fait plutôt partie des derniers de l'UE en ce qui concerne les objectifs climatiques.


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La construction de nouveaux réacteurs EPR devrait coûter au moins 50 milliards d'euros. A cela s'ajoutent les 100 milliards d'euros que devrait coûter la modernisation du parc nucléaire vieillissant. L'industrie nucléaire, autrefois un secteur phare de la France, est ainsi devenue un gouffre financier sans fond. L'Etat, qui détient déjà 84% des parts, veut désormais reprendre entièrement EDF, endettée à hauteur de 65 milliards d'euros. Le groupe doit ainsi accélérer la construction des nouveaux EPR, mais aussi des énergies renouvelables.

Pour l'instant, Macron invite toutefois ses compatriotes à économiser l'énergie. Une circulaire en ce sens, demandant par exemple aux administrations d'éteindre leur éclairage la nuit, a déjà été publiée. Et Macron veut montrer l'exemple. «Nous faisons des économies d'énergie ici avec la rénovation des bâtiments», a-t-il déclaré à propos de ses efforts à l'Élysée. «Et dans quelques semaines, vous verrez que des trous seront creusés dans ce parc. Car nous voulons nous chauffer grâce  à la géothermie».

Cet article a été publié pour la première fois sur wort.lu/de

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