Changer d'édition

Le marathon de Macron au salon de l'agriculture
International 4 4 min. 24.02.2019 Cet article est archivé

Le marathon de Macron au salon de l'agriculture

Près de 12 heures après son arrivée Porte de Versailles, Emmanuel Macron serrait toujours des mains par dizaines, encouragé par des «bravos» et «mercis».

Le marathon de Macron au salon de l'agriculture

Près de 12 heures après son arrivée Porte de Versailles, Emmanuel Macron serrait toujours des mains par dizaines, encouragé par des «bravos» et «mercis».
AFP
International 4 4 min. 24.02.2019 Cet article est archivé

Le marathon de Macron au salon de l'agriculture

Dans une visite marathon au salon de l'Agriculture, Emmanuel Macron s'est employé samedi à rassurer des agriculteurs toujours inquiets pour leur avenir en se présentant comme «un patriote» défenseur du modèle agricole français dans la future Politique agricole commune (PAC) et a reçu un accueil plutôt bienveillant.

(AFP) - Dans un discours d'une heure environ devant 500 personnes dont des étudiants en filières agricoles, le président de la République a promis «de ne rien lâcher», défendant «la force du modèle français» et plaidant pour une PAC «réinventée», avec une forte dimension environnementale. Il a aussi revendiqué la «souveraineté alimentaire, environnementale et industrielle» pour le continent européen.

Dans un discours d'une heure environ devant 500 personnes dont des étudiants en filières agricoles, le président de la République a promis «de ne rien lâcher», défendant «la force du modèle français» et plaidant pour une PAC «réinventée», avec une forte dimension environnementale
Dans un discours d'une heure environ devant 500 personnes dont des étudiants en filières agricoles, le président de la République a promis «de ne rien lâcher», défendant «la force du modèle français» et plaidant pour une PAC «réinventée», avec une forte dimension environnementale
AFP

«On va attendre les actes, mais il semble avoir compris la problématique agricole», a réagi Samuel Vandaele, du syndicat des Jeunes Agriculteurs.

Pas du même avis, Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national, a dénoncé «un discours mensonger» du président qui «s'est bien gardé d'expliquer que son grand projet de PAC ambitieuse est en totale opposition avec la réforme actuelle portée par Berlin et Bruxelles».

Cette politique historique est en effet à risque de coupes budgétaires dans le prochain budget pluriannuel de l'UE. Dans une tribune, la liste Les Républicains pour les élections européennes qui se tiendront fin mai, a plaidé samedi pour «un maintien du budget de la PAC».

Présent à Paris, le commissaire européen à l'Agriculture, l'Irlandais Phil Hogan, a affirmé à l'AFP «partager beaucoup» de la vision d'Emmanuel Macron, «en particulier sur la viabilité des agriculteurs, la transition écologique et la modernisation» de la PAC.

Emmanuel Macron a ensuite entamé son premier véritable bain de foule depuis le début du mouvement des «gilets jaunes» il y a trois mois.

Goûtant l'exercice, il a largement débordé du programme prévu, défendant pied à pied les actions lancées par le gouvernement, comme la loi alimentation censée équilibrer les marges entre agriculteurs, industriels et distributeurs.

Près de 12 heures après son arrivée Porte de Versailles, il serrait toujours des mains par dizaines, encouragé par des «bravos» et «mercis», dans un parcours interrompu par des sollicitations disparates comme celles d'un retraité handicapé ou d'un éboueur d'origine tunisienne, qui lui ont confié leurs déboires administratifs avant de lui tomber dans les bras en pleurant.

A de jeunes agriculteurs il a assuré: «Je suis le premier à dénoncer les problèmes. Mais il faut que vous, la jeunesse, soyez dans un état d'esprit positif».

Peu après, un éleveur lui offrait un chevreau, Désiré, qui rejoindra les deux poules de l'Elysée accueillies lors du salon 2018. Plus tard, il s'est arrêté pour caresser l'agneau Pelote tendu par un éleveur poitevin.

Puis il a promis à des éleveurs des Pyrénées que le gouvernement allait «réguler» de manière «pragmatique» les populations de loups.

A un producteur laitier des Côtes d'Armor, Stéphane Incrédule, qui dénonçait la faible rémunération des éleveurs, M. Macron a répondu: «Je ne lâche rien».

Tombant la veste, il a passé trois quarts d'heure sur le stand de l'interprofession du lait, écoutant les professionnels lui raconter les difficiles négociations avec la grande distribution et la concurrence extra-européenne.

Détresse morale

Si les agriculteurs français attendent beaucoup de la PAC, ils avaient aussi des revendications immédiates: vivre de leurs productions, investir dans des exploitations plus écolos, et ne plus être sans cesse critiqués, ce qu'ils nomment l'«agri-bashing».

85% des Français ont une bonne opinion des agriculteurs, selon un sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour France Info et le Figaro, mais le secteur ne fait pas rêver les jeunes ni les demandeurs d'emploi, alors que la profession manque de bras.

«Je n'ignore rien des difficultés du quotidien» des agriculteurs, «néanmoins les choses sont en train de s'améliorer», a affirmé Emmanuel Macron.

Patrick Maurin, élu de Marmande (Lot-et-Garonne), lui a remis un cahier de «doléances» collectées pendant une marche entre Le Touquet, villégiature des Macron, et Paris, exprimant la détresse du monde agricole où un agriculteur se suicide tous les deux jours.

Le président a «lu les témoignages» des familles d'agriculteurs qui ont hébergé M. Maurin durant sa marche, a raconté l'élu à l'AFP. «Je lui ai laissé le cahier, et j'espère que l'Elysée leur répondra».

«Gilets jaunes» quasi absents

La crainte de voir des «gilets jaunes» perturber la visite présidentielle ne s'est pas matérialisée. Eric Drouet, une des figures du mouvement, a échoué dans sa tentative d'«approcher» M. Macron et un homme de 32 ans a été éloigné promptement du périmètre présidentiel après avoir brandi un gilet jaune avec l'inscription «oui au RIC», le référendum d'initiative citoyenne.


Protestors wearing a "Yellow Vest" (Gilet Jaune) sit and wave French flags in front of Chambord Castle's (Chateau de Chambord) on February 23, 2019 as he came to show his support to "Yellow Vests" (Gilets Jaunes) during a picnic as part of an anti-government demonstration. - 'Yellow vest' protesters take to the streets for 15th consecutive Saturday. (Photo by JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)
Les «gilets jaunes» toujours mobilisés pour leur acte 15
«On n'est pas fatigué»: les «gilets jaunes» ont réinvesti les rues samedi pour leur acte 15, enrayant la baisse de mobilisation des dernières semaines, avec des manifestations entachées de heurts en fin de cortèges dans plusieurs villes et un pique-nique à Chambord.

Un autre se disant «gilet jaune tranquille» l'a brièvement intercepté pour lui lancer: «Sortez un peu de votre bulle, monsieur Macron».

Le salon, qui dure neuf jours, attend entre 650.000 et 700.000 visiteurs.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

«On n'est pas fatigué»: les «gilets jaunes» ont réinvesti les rues samedi pour leur acte 15, enrayant la baisse de mobilisation des dernières semaines, avec des manifestations entachées de heurts en fin de cortèges dans plusieurs villes et un pique-nique à Chambord.
Protestors wearing a "Yellow Vest" (Gilet Jaune) sit and wave French flags in front of Chambord Castle's (Chateau de Chambord) on February 23, 2019 as he came to show his support to "Yellow Vests" (Gilets Jaunes) during a picnic as part of an anti-government demonstration. - 'Yellow vest' protesters take to the streets for 15th consecutive Saturday. (Photo by JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)
La grogne est montée d'un cran en 2018 en France avec l'émergence du mouvement dit des "gilets jaunes", des citoyens qui ont décidé de protester contre la hausse prévue des taxes sur le carburant, finalement abandonnée par le gouvernement.
Des heurts ont éclaté samedi matin au Salon de l'Agriculture à Paris, où des manifestants ont totalement démonté le stand du ministère de l'Agriculture, a constaté une journaliste de l'AFP.
A picture taken on February 27, 2016 shows the stand of the French Agriculture Ministry, after it was dismantled by protesters, on the opening of the "Salon de l'Agriculture" (Agriculture Fair) in Paris. President Francois Hollande was heckled today as France's annual agricultural fair kicked off against the backdrop of the "worst crisis ever" facing the country's farmers.  AFP PHOTO / JOEL SAGET