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Le coup de force des pro-Trump sur le Capitole
International 15 6 min. 07.01.2021

Le coup de force des pro-Trump sur le Capitole

Joe Biden a appelé Donald Trump à s'exprimer «immédiatement» à la télévision pour réclamer «la fin du siège» du Capitole et de cette «insurrection».

Le coup de force des pro-Trump sur le Capitole

Joe Biden a appelé Donald Trump à s'exprimer «immédiatement» à la télévision pour réclamer «la fin du siège» du Capitole et de cette «insurrection».
Photo: AFP
International 15 6 min. 07.01.2021

Le coup de force des pro-Trump sur le Capitole

Les partisans du président sortant ont interrompu, mercredi, la session qui devait confirmer la victoire du démocrate Joe Biden, laissant l'Amérique sous le choc.

(AFP) - Scènes inimaginables à Washington: des partisans de Donald Trump ont envahi mercredi le Capitole, temple de la démocratie américaine, interrompant la session qui devait confirmer la victoire de Joe Biden. Après une coupure de plusieurs heures, le Congrès a repris en soirée le processus de certification de la victoire du démocrate, en rejetant, au Sénat puis à la Chambre des représentants, les objections d'élus républicains visant les résultats de la présidentielle dans l'Etat de l'Arizona

Mais les débats prenaient de nouveau du retard, des élus républicains exigeant d'examiner la régularité de l'élection en Pennsylvanie. Biden avait dénoncé, un peu plus tôt depuis le Delaware, un climat d'«insurrection». Les images prises de l'intérieur du majestueux bâtiment situé au cœur de la capitale fédérale américaine marqueront l'Histoire: élus portant des masques à gaz, agents de la police en civil arme au poing. Elles resteront à jamais associées à la fin de mandat tumultueux de Donald Trump, qui apparaît désormais extrêmement isolé dans son propre camp. 


(FILES) In this file photo taken on December 8, 2020 US President Donald Trump arrives for the Operation Warp Speed Vaccine Summit in the Eisenhower Executive Office Building adjacent to the White House in Washington, DC. - The US Congress on January 1, 2021 dealt Donald Trump a humiliating blow, voting in his final weeks in office to override his veto of a sweeping defense bill -- the first time lawmakers have done so during his presidency. 
With more than 80 of the 100 senators voting to override, well more than the two-thirds required, the Republican-controlled Senate approved the $740.5 billion National Defense Authorization Act to fund the military for fiscal 2021. (Photo by SAUL LOEB / AFP)
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Depuis des mois, il refuse d'accepter sa défaite et souffle sur les braises de la division en brandissant des théories du complot. Des militaires de la Garde nationale ont été envoyés à Washington pour rétablir le calme après plusieurs heures d'extrême tension. Un couvre-feu est entré en vigueur en fin d'après-midi dans la ville, où l'état d'urgence sera prolongé durant deux semaines. 

Au milieu de la confusion, une femme a été mortellement blessée dans le Capitole par un tir de la police de Washington. Cette résidente du sud de la Californie s'appelait Ashli Babbitt et était une ardente partisane du président Donald Trump. Trois autres personnes ont perdu la vie dans le secteur de la colline du Capitole mercredi, mais la police s'abstient pour l'instant de lier directement ces décès aux violences. 

Lors d'une allocution au ton grave, Joe Biden, qui s'installera à la Maison Blanche le 20 janvier, a dénoncé une attaque «sans précédent» contre la démocratie américaine. Il a appelé Donald Trump à s'exprimer «immédiatement» à la télévision pour réclamer «la fin du siège» du Capitole et de cette «insurrection». 

«Je vous aime» 

En guise d'allocution solennelle, le président américain s'est contenté de quelques tweets et d'une brève vidéo dans laquelle il a demandé à ses partisans de se tenir à l'écart de la violence et de «rentrer chez eux». «Je vous aime (...). Je comprends votre douleur», a-t-il cependant ajouté, évoquant une nouvelle fois une élection «volée». La vidéo a été retirée peu après par Facebook qui a jugé qu'elle «contribuait aux risques de violence». 

Le réseau social a par la même occasion décidé de bloquer le président américain pendant 24 heures. De son côté, Twitter a également supprimé la vidéo, a bloqué le compte @realDonaldTrump pour douze heures et l'a menacé de suspension permanente, des mesures sans précédent. Le seul des prédécesseurs républicains de Donald Trump encore en vie, George W. Bush, a dénoncé des scènes de chaos dignes d'une «république bananière». Pour Barack Obama, ces violences sont «un moment de déshonneur et de honte» pour l'Amérique.

«Scènes honteuses» 

Ces images ont suscité l'indignation à travers le monde. Berlin a appelé les pro-Trump à «cesser de piétiner la démocratie». Londres dénonce des «scènes honteuses». Le président français Emmanuel Macron a appelé à ne rien céder face à «la violence de quelques-uns» contre les démocraties. Intervention remarquée: le chef de l'Otan Jens Stoltenberg a dénoncé des «scènes choquantes», martelant que le résultat de cette élection démocratique devait être «respecté». Ignorant le chaos au Congrès, le Dow Jones a terminé sur un nouveau record. 


President-elect Joe Biden delivers remarks following a meeting with the Governors and Covid team on November 19, 2020 in Wilmington, Delaware. - US President-elect Joe Biden said today he would not order a nationwide shutdown to fight the Covid-19 pandemic despite a surge in cases. (Photo by JIM WATSON / AFP)
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Selon la US Capitol Historical Society, c'est la première fois que le Capitole a été envahi depuis que le bâtiment avait été incendié par les troupes britanniques en 1814. Dans un geste extraordinaire qui restera probablement dans les livres d'histoire, Donald Trump avait choisi de défier le Congrès en réunissant des dizaines de milliers de ses supporteurs à Washington. 

«Nous ne concéderons jamais» 

A cette occasion, il s'en est pris avec une extrême virulence à son propre camp. Les ténors républicains sont «faibles» et «pathétiques», a-t-il lancé sous un ciel chargé de lourds nuages, à des dizaines de milliers de partisans. «Nous n'abandonnerons jamais. Nous ne concéderons jamais» la défaite, a-t-il martelé, mettant la pression sur son vice-président Mike Pence pour qu'il «fasse ce qu'il faut». 

Avant que les débats ne sombrent dans la confusion, Mike Pence avait bien commencé à présider la session conjointe de la Chambre des représentants et du Sénat qui doit officialiser le vote de 306 grands électeurs en faveur de Joe Biden contre 232 pour Donald Trump. Selon la Constitution, son rôle, essentiellement protocolaire, consiste à «ouvrir» les certificats envoyés par chacun des 50 Etats pour transmettre les votes de leurs grands électeurs. 


PHILADELPHIA, PA - NOVEMBER 10: Dana Benson, 63, a supporter of President Donald Trump unfurls a U.S. flag while demonstrating outside of where votes are still being counted in Pennsylvania, seven days after the general election on November 10, 2020 in Philadelphia, Pennsylvania. The state was called for President-elect Joe Biden on Saturday, propelling him past the requisite 270 electoral votes to win the presidency. As of Tuesday afternoon, with 98% of the ballots reported, President-elect Biden leads President Trump in the state by 45,103 votes.   Mark Makela/Getty Images/AFP
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Certains élus républicains avaient émis des objections aux résultats de l'élection dans certains Etats, mais plusieurs d'entre eux ont indiqué, après les incidents violents, qu'ils ne s'associaient plus à la démarche. Le chef des républicains au Sénat, Mitch McConnell, a martelé à la reprise que le Congrès ne se laisserait pas «intimider». Le sénateur républicain Lindsey Graham, un proche allié de Donald Trump, a de son côté annoncé qu'il cessait d'emboîter le pas du président. «Ne comptez plus sur moi. Trop c'est trop», a-t-il dit. Et, selon certains médias américains, des ministres du milliardaire républicain ont discuté de la possibilité d'invoquer le 25ème amendement de la Constitution, qui autorise le vice-président et une majorité du cabinet à déclarer le président «inapte» à exercer ses fonctions. 

Le Sénat désormais démocrate

Les violents incidents sont intervenus au lendemain de deux élections partielles en Géorgie remportées par les démocrates, qui ont ainsi repris le contrôle du Sénat aux républicains. Le candidat démocrate Raphael Warnock a battu la sénatrice républicaine Kelly Loeffler et est entré dans l'Histoire en devenant le premier sénateur noir élu dans cet Etat du Sud traditionnellement conservateur. 

Et Jon Ossoff a remporté la deuxième sénatoriale cruciale en Géorgie. A 33 ans, il va devenir le plus jeune sénateur démocrate depuis... Joe Biden en 1973. Les démocrates auront 50 sièges au Sénat, comme les républicains. Mais comme le prévoit la Constitution, la future vice-présidente Kamala Harris aura le pouvoir de départager les votes, et donc de faire pencher la balance du côté démocrate. 

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