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Le confinement a adouci le sans-abrisme
International 3 min. 09.07.2020

Le confinement a adouci le sans-abrisme

Des lieux spécifiquement prévus pour les personnes sans domicile fixe ont été agencés par des organismes comme la Croix-Rouge.

Le confinement a adouci le sans-abrisme

Des lieux spécifiquement prévus pour les personnes sans domicile fixe ont été agencés par des organismes comme la Croix-Rouge.
Photo: Shutterstock
International 3 min. 09.07.2020

Le confinement a adouci le sans-abrisme

C'est une conséquence inattendue de l'épidémie: sa gestion a quelquefois amélioré la situation des SDF et des migrants en Belgique.

De notre correspondant Max Helleff (Bruxelles) - «Paradoxalement, c’est la situation de crise qui a permis de déployer un cadre (proche du cadre légal) relatif à l’aide d’urgence et à l'insertion des personnes sans abri.» Ce témoignage recueilli par Le Soir a de quoi étonner. Et pourtant, la mise sur pause de la société engendrée par la crise sanitaire aurait bénéficié peu ou prou aux sans domicile fixe.

Paradoxal? Oui et non. Car pour donner aux sans-abris la possibilité d’échapper à la pandémie, il n’y eut d’autre choix à Bruxelles comme dans d’autres villes que de leur offrir un logement où ils pourraient respecter le confinement. Depuis, ils y ont suffisamment séjourné pour qu’une série de droits (au logement, au revenu minimum…) puissent leur être donnés ou rendus. 

«Il est beaucoup plus facile de mettre en place un accompagnement quand on sait que la personne sera dans un certain lieu, ça permet aussi d’avoir davantage de contacts», a confié un travailleur social. Voir ses besoins primaires remplis sans problèmes donnerait le temps et la capacité de s’occuper de formalités qui n’en sont pas vraiment lorsque la dèche est un lot quotidien. «Le fait d’être bien dans sa peau, dans un logement digne, change la dynamique.»

La même observation a été faite pour les migrants. Le confinement en a conduit plus d’un à demander l’asile, à prendre en main les démarches nécessaires au regroupement familial, «voire au retour volontaire».

Ce qui ne veut pas dire que le retour à la vie normale fera de cadeau à ceux qui auraient sans doute préféré ne pas se retrouver claquemurés en raison de la pandémie. On se rappellera ainsi que le nationaliste flamand Theo Francken, l’ex-secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, fit de la lutte contre la transmigration l’un des axes forts de sa politique. Idem en ce qui concerne l’augmentation des retours forcés.

Autre effet bénéfique: en dépit des phases successives de déconfinement, Bruxelles a prolongé la plupart des structures hôtelières dédiées au sans-abrisme jusqu’à la fin de l’été. Les immeubles non occupés de la capitale et de sa région sont actuellement passés au crible pour être éventuellement convertis en logements. Côté wallon, les provinces ont identifié des lieux où il sera possible de confiner les sdf lors d’une hypothétique seconde vague.

Situation inédite

Ce constat est sans doute parcellaire. Il ne dit pas quelle a été la vie quotidienne de personnes habituées à la rue et soudainement confinées. Ni comment les problèmes de drogue, d’alcool et de violence ont été rencontrés. Mais il apparaît comme un moindre mal.

En mars dernier, de nombreux responsables sociaux avaient tiré la sonnette d’alarme face à la situation inédite que s’apprêtaient à affronter les sans-abris. L’hiver se terminait alors, et avec lui une partie de l’aide consacrée aux SDF allait comme à chaque printemps disparaître. Et puis, comment confiner les sans-abris dans les centres d’accueil habituels sans que ces lieux ne se transforment en clusters de contamination. Absence suffisante d’hygiène, manque d’aération…le confinement pouvait faire pire que bien.

 «Cette crise, estimait-on alors dans des associations d’aide aux sdf,  reflète en tout cas l’incapacité à résoudre durablement la crise du sans-abrisme.» La suite a montré qu’il fallait être plus nuancé. Progressivement, des lieux spécifiquement prévus pour les personnes sans domicile fixe ont été agencés par les communes, le Samusocial, la Croix-Rouge ou encore MSF. Avec parfois les conséquences décrites ci-dessus.

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