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«Le comportement des électeurs de gauche sera déterminant»
International 7 min. 11.04.2022
Election présidentielle française

«Le comportement des électeurs de gauche sera déterminant»

Le duel entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron s'annonce bien plus serré qu'en 2017.
Election présidentielle française

«Le comportement des électeurs de gauche sera déterminant»

Le duel entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron s'annonce bien plus serré qu'en 2017.
Photo: AFP
International 7 min. 11.04.2022
Election présidentielle française

«Le comportement des électeurs de gauche sera déterminant»

Mélodie MOUZON
Mélodie MOUZON
Pour le politologue Philippe Poirier, le second tour de la présidentielle s'annonce plus compliqué qu'il y a cinq ans pour Emmanuel Macron.

Le politologue Philippe Poirier, directeur d’études du Master en études parlementaires à l'université de Luxembourg, a observé avec attention le premier tour de la présidentielle ce dimanche. Il livre son analyse, au lendemain d'une journée de scrutin qui aura vu Emmanuel Macron et Marine Le Pen sortir vainqueurs. 


French President and La Republique en Marche (LREM) party candidate for re-election Emmanuel Macron gestures prior to addressing sympathizers after the first results of the first round of France's presidential election at the Paris Expo Porte de Versailles Hall 6 in Paris, on April 10, 2022. - French President Emmanuel Macron leads far-right leader Marine Le Pen in the first round of France's elections on April 10, 2022 by a larger than expected margin, with the rivals now set to battle for the presidency in a run-off later this month, projections showed. (Photo by Ludovic MARIN / AFP)
Macron et Mélenchon en tête au Luxembourg
Les électeurs français du Grand-Duché ont majoritairement voté pour Emmanuel Macron, suivi ensuite par Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour.

Certains avaient prédit une surprise pour ce premier tour. La surprise n'a finalement pas eu lieu puisqu'on se retrouve dans le même scénario qu'en 2017...

«Il y a eu une surprise mais elle est venue de la participation à l'élection. Certains avaient prédit un taux d'abstention de plus de 30%. Et ça n'a pas été le cas. C'est un signe positif, qui montre que les Français ont encore de l'intérêt pour la politique. 

Concernant plus spécifiquement les résultats, lors de ce premier tour, Emmanuel Macron a réalisé un score habituel pour un président sortant. Mais il peut être satisfait car il a réussi dès le 1er tour à regrouper l'ensemble du centre droit et du centre, en confortant son leadership. 

Emmanuel Macron dispose d'une marge de manoeuvre plus réduite qu'en 2017.

Pr. Philippe Poirier, politologue

Le deuxième tour s'annonce par contre plus compliqué pour lui qu'il y a cinq ans car il n'a pas beaucoup de réserves de voix. Peut-être un peu chez les écologistes mais en dehors de cela, il ne dispose pas d'une grande marge de manoeuvre. Il y a une dynamique claire de rapprochement qui est en train de se jouer. Il se retrouve donc dans une équation assez intéressante mais isolé avec son bloc sociologique.

Marine Le Pen a quant à elle réalisé un bon score, malgré la candidature d'Eric Zemmour.

«Elle a réussi un très bon score effectivement, excepté dans les grandes villes, où c'est Macron qui l'a supplantée. Le bloc de la droite a plus largement réalisé une progression importante. Lors de ce second tour, Marine Le Pen peut espérer aller chercher des voix à la droite de la droite, donc du côté des électeurs de Zemmour, et du côté de ceux de Pécresse. Mais elle se retrouve aussi dans une équation difficile, en étant elle aussi assez isolée.

Autre enseignement de cette élection: la belle performance de Jean-Luc Mélenchon...

«Dès les élections régionales, la gauche s'est reconstituée autour d'une seule personne. En l'occurrence, Jean-Luc Mélenchon. Il a réussi à rallier bien plus que l'extrême gauche, en allant «siphonner» le centre gauche et même du côté de l'écologie sociale. Il a réussi une très belle performance sur son nom. 

Malgré tout, il ne faut pas oublier qu'il s'agit de la pire élection de l'histoire de la Ve République pour la gauche... Lors du deuxième tour, le comportement des électeurs de gauche sera déterminant. Les électeurs de Mélenchon devraient plutôt aller vers l'abstention ou voter blanc. L'objectif de la gauche maintenant, ce sont les législatives. Ils espèrent pouvoir constituer une opposition forte au Parlement.

Comment expliquer l'effondrement des écologistes, du PS et des Républicains?

«Pour les écologistes, cela s'explique par le fait qu'il n'y a pas eu d'adéquation entre la demande au niveau des questions écologiques et la structure politique. Pour les deux autres partis, nous sommes en train d'assister à la fin du clivage politique qui a structuré la Ve République. L'opposition entre PS et LR, c'est révolu. Plus encore, on peut dire que c'est la fin pour ces partis traditionnels. 

Nous sommes en train d'assister à la fin du clivage politique qui a structuré la Ve République

Pr. Philippe Poirier, politologue

Nous sommes passés dans une autre époque, où cela se structure en blocs sociologiques, avec un bloc d'extrême droite, un de centre, centre droit et un autre de gauche. Mais cette restructuration du paysage politique crée aussi de nouveaux clivages... La question qui se pose est de savoir si les électeurs vont pouvoir passer d'un bloc à l'autre? Cela me semble difficile...

Les partis tels qu'ils étaient structurés ne répondent donc plus aux attentes actuelles?

«Comme expliqué, nous assistons à une nouvelle articulation du politique, qui se traduit par une fluidité de mouvements. Autour du centre droit et de Macron, c'est plutôt l'agenda libéral et l'Europe. Autour de Marine Le Pen, on est plutôt sur des questions liées à l'identité, à la protection. Et autour de Jean-Luc Mélenchon, c'est plutôt l'écologie et le social.

La campagne a été plus discrète pour cette élection. Est-ce que cela a eu une influence sur le premier tour?

«Dire qu'il n'y a pas eu de campagne, ce n'est pas tout à fait vrai. Eric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon, qui a fait une très bonne campagne, ont par exemple réussi à rassembler beaucoup de monde lors de certains meetings. Et le taux de participation plus élevé qu'en 2017 montre que d'une certaine façon, cette campagne n'a pas eu beaucoup d'influence à ce niveau. Il y avait par ailleurs beaucoup de demandes politiques mais l'offre n'était peut-être pas encore bien structurée. La politique, c'est plus complexe qu'il n'y paraît. Il faut parfois se munir d'autres jumelles pour analyser les choses. 


TOPSHOT - This photograph taken in Toulouse, southwestern France on April 10, 2022 shows screens displaying TV shows showing the projected results after the close of polling stations in the first round of the French presidential election. (Photo by Lionel BONAVENTURE / AFP)
Le Luxembourg appelle à faire barrage à l'extrême droite
Plusieurs politiciens luxembourgeois se sont exprimés sur les réseaux sociaux suite aux résultats du premier tour de l'élection présidentielle .

Quant à Emmanuel Macron, on a eu l'impression qu'il évitait un peu de faire campagne cette fois-ci. Mais un président sortant a toujours une certaine aura dont il peut profiter.

S'il y a des ruptures avec le paysage politique traditionnel, certaines continuités peuvent-elles tout de même être mises en avant?

« Par exemple, le giscardisme de la fin des années 70, c'était un peu le macronisme d'aujourd'hui. Il y a des similitudes sociologiques: un agenda libéral, un regard tourné vers l'Europe, la volonté de faire des réformes,... C'est ce qu'on appelle le bloc bourgeois, qui se veut en dehors du clivage gauche-droite. C'est un modèle qu'on retrouve aussi aux Pays-Bas.

Les résultats de ce premier tour montrent aussi que Marine Le Pen a encore renforcé son ancrage dans le Grand Est. Comment l'expliquer?

«Traditionnellement, le Grand Est est plus à droite que le reste de la France. Plusieurs facteurs expliquent ce positionnement. Ce sont des régions frontières, propices à la coopération mais donc aussi à la différenciation. Dans ces régions, on est passé de zones super industrialisées à une désindustrialisation complète. Le travail frontalier est également très important dans ces territoires. Certains y sont favorables, d'autres non. 

Traditionnellement, le Grand Est est plus à droite que le reste de la France

Pr. Philippe Poirier, politologue

C'est une région où il y a beaucoup d'interrogations autour de l'identité, l'une des thématiques chères à Marine Le Pen, qui trouve donc là un terrain pour diffuser ses idées politiques. Mais Emmanuel Macron a aussi réalisé un bon score dans le Grand Est, parce qu'il prône justement l'inverse du rapport à l'identité et l'ouverture européenne. Une problématique à laquelle est sensible une autre partie de la population de cette région.

Par contre, au Luxembourg, la gauche fédérée autour de Jean-Luc Mélenchon reprend des couleurs...

«Peut-être est-ce dû au fait qu'il y a de plus en plus de Français qui s'installent au Luxembourg et qui sont préoccupés par les questions sociales. L'autre élément, c'est que toute la droite et le centre droit sont réunis autour d'Emmanuel Macron et la gauche autour de Mélenchon. Les personnes ne désirant pas voter à droite ont donc fait le choix de Mélenchon. Mais les résultats doivent être relativisés au vu du faible taux de participation (47%, ndlr) lors de ce premier tour.»

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