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Le chaos s'installe au Parlement britannique

Le chaos s'installe au Parlement britannique

AFP
International 6 min. 14.03.2019

Le chaos s'installe au Parlement britannique

Les députés britanniques ont rejeté mercredi soir de justesse une sortie de l'Union européenne sans accord, et la Première ministre, Theresa May, a annoncé dans la foulée qu'elle allait leur soumettre à nouveau son accord de Brexit, qu'ils ont déjà rejeté deux fois.

(AFP) - Les députés ont infligé un nouveau camouflet à Mme May mercredi soir, puisque 312 députés ont voté contre une sortie de l'UE sans accord, tandis que 308 ont voté pour, lors d'une session chaotique au Parlement. Le vote n'a toutefois pas valeur légale et n'écarte donc pas la possibilité d'une sortie brutale de l'UE, théoriquement prévue le 29 mars.


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Les députés britanniques ont retoqué mardi pour la deuxième fois l'accord de Brexit malgré les ultimes modifications obtenues la veille par Theresa May, plongeant le Royaume-Uni dans l'inconnu à 17 jours de la date prévue de la sortie de l'Union européenne.

Après le vote, Theresa May a prévenu les députés qu'une absence d'accord de divorce pourrait nécessiter un report de longue durée du Brexit. «Une courte extension technique ne sera offerte que si nous avons un accord en place», a dit la dirigeante conservatrice. Sans accord, «une extension beaucoup plus longue» sera nécessaire tout comme la tenue d'élections européennes au Royaume-Uni.

Le chef du Labour, principal parti d'opposition, Jeremy Corbyn, a répliqué que le Parlement devait maintenant «reprendre le contrôle de la situation» et qu'il s'agissait de trouver une «solution de compromis» soutenue par la Chambre des communes.

Mais près de trois ans après avoir voté, en juin 2016, pour quitter l'Union européenne, le Royaume-Uni reste profondément divisé sur la manière de quitter un bloc européen qu'il avait rejoint en 1973 et les députés ne parviennent pas à se décider sur la mise en oeuvre du Brexit et ses modalités. 

«Nuage d'incertitude»

«Pour exclure un "no deal", il n'est pas suffisant de voter contre un "no deal" «il faut convenir d'un accord», a réagi une porte-parole de la Commission européenne, rappelant qu'un accord avait été trouvé entre le Royaume-Uni et l'UE, après 17 mois de négociations, et que l'Union européenne était «prête à le signer».

Les députés britanniques doivent se prononcer jeudi, dans leur troisième vote de la semaine, sur la motion que va leur présenter Mme May. Malgré deux échecs cuisants, elle propose de leur soumettre à nouveau son accord négocié avec Bruxelles, d'ici le 20 mars. Les députés l'avaient une première fois rejeté mi-janvier, puis mardi soir.

S'il est adopté cette fois-ci, Mme May demandera aux dirigeants européens, réunis en sommet les 21 et 22 mars, un court report du Brexit, jusqu'au 30 juin. Si l'accord est à nouveau recalé, alors le report devra aller au-delà du 30 juin et impliquera que le pays organise des élections européennes en mai, précise la motion.

Le rejet par les députés d'une sortie sans accord a fait remonter la livre mais n'a pas éloigné «le nuage d'incertitude» sur l'avenir du pays décrit par le ministre des Finances Philip Hammond mercredi. M. Hammond a appelé les députés à trouver un «consensus», sous la forme d'un accord permettant une sortie «ordonnée» de l'UE. Dans ce contexte incertain, l'institut officiel OBR a réduit à 1,2% sa prévision de croissance pour 2019.

«Ce traité restera le seul possible»

 Côté UE, on attend des précisions sur ce que veut le Royaume-Uni. L'Union européenne serait «prête à envisager» l'octroi d'un délai si le Royaume-Uni présentait une requête «motivée», a fait savoir la Commission européenne. Les 27 pays de l'UE devront donner leur accord à l'unanimité.


Xavier Bettel et Michel Barnier se sont entretenus ce lundi avant que le négociateur du Brexit pour l'UE ne rencontre, ce lundi soir à Bruxelles, Stephen Barclay, le ministre britannique chargé du Brexit.
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«Il faut que quelque chose bouge du côté britannique, c'est la clarté ou le mouvement qui doit avoir lieu au Royaume-Uni», a lancé Michel Barnier, de passage lundi au Luxembourg. A 46 jours du Brexit, le Premier ministre estime qu'«il reste encore du temps pour éviter le no deal».

Mais «prolonger cette négociation pour quoi faire? La négociation, elle est terminée», s'est agacé mercredi Michel Barnier. «Ce traité est et restera le seul traité disponible», a-t-il affirmé en brandissant un exemplaire de l'accord de divorce de près de 600 pages devant les députés européens à Strasbourg.

«Si un délai additionnel était demandé, il faudrait alors qu'on nous explique pour quoi faire (...) Ce ne peut être pour renégocier un accord que nous avons négocié durant de nombreux mois et dont nous avons dit qu'il n'était pas renégociable», a déclaré en écho mercredi le président français, Emmanuel Macron.

Côté Royaume-Uni comme UE, on accélère les préparatifs en cas de "no deal". L'Irlande aussi a voté une loi mercredi pour amortir le choc en cas de sortie sans accord. Toutefois, Londres comme Bruxelles ont répété qu'ils ne souhaitaient pas ce scénario.

Et la chancelière allemande Angela Merkel a estimé qu'un Brexit «ordonné était dans l'intérêt de tous et restait l'objectif». Il est «important» également pour les Européens de «parvenir à un résultat raisonnable», a ajouté la chancelière, laissant entendre qu'elle était disposée à continuer les discussions avec Londres sur une formule de compromis qui satisfasse les deux parties.

Quels scénarios possibles?

1. L'accord de May, encore

La Première ministre Theresa May soumettra jeudi aux députés une motion proposant d'organiser d'ici le 20 mars un nouveau vote sur l'accord de divorce conclu avec l'UE, même s'il a été massivement rejeté deux fois. Face à un report du Brexit ou à l'éventuelle organisation d'un autre référendum qui annulerait le Brexit, les défenseurs d'une sortie de l'UE pourraient changer d'avis et considérer ce traité comme l'unique voie sûre pour réellement quitter l'UE.

2. Brexit reporté

La motion du gouvernement évoque deux reports possibles. Le premier pendrait effet si un accord est finalement adopté. D'ordre technique, il s'achèverait le 30 juin. En l'absence d'accord, le second report proposé, plus long, exigerait du Royaume-Uni qu'il prenne part aux élections européennes du 23 au 26 mai.

Mais toute prolongation devra être dûment justifiée, ont prévenu les 27 pays de l'UE, qui devront l'approuver à l'unanimité. Seront-ils alors prêts à rediscuter un nouvel accord de divorce? Rien n'est moins sûr.

«Il n'y aura pas de troisième chance», a lancé le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. «La grande crainte des dirigeants des 27, c'est d'approuver une prolongation qui au final ne servirait qu'à repousser juste avant l'été le Brexit dur», sans accord de sortie, selon un haut responsable européen.

Et si un report de longue durée devait être demandé, supérieur à quelques semaines, «il faudrait qu'il y ait une vraie justification comme l'organisation d'élections, d'un référendum ou un changement de la position britannique», ajoute-t-il.

3. Brexit sans accord

Même si le Parlement l'a rejeté mercredi, le Brexit sans accord reste une option par défaut, si aucun autre terrain d'entente n'est trouvé. En cas de "no deal", le Royaume-Uni mettrait fin, du jour au lendemain, à 46 ans d'appartenance à l'UE, quittant le marché unique et l'union douanière sans période de transition.

Ce scénario redouté par les milieux économiques causerait d'importantes perturbations dans les échanges entre le Royaume-Uni et l'UE. De nombreux députés s'élèvent contre une telle issue, mais certains fervents défenseurs du Brexit jugent qu'«une absence d'accord vaut mieux qu'un mauvais accord».

Pour atténuer une rupture brutale, le gouvernement a annoncé mercredi qu'il supprimerait temporairement les droits de douane sur 87% des importations.

4. Second référendum ou élections législatives

L'option d'un second référendum est réclamée par quelques dizaines de parlementaires europhiles. Le chef de l'opposition, le travailliste Jeremy Corbyn, lui a récemment apporté son soutien, mais du bout des lèvres.

Theresa May refuse d'envisager une nouvelle consultation des Britanniques, ce qui signifie qu'il faudrait un report du Brexit couplé à un changement de gouvernement ou à de nouvelles élections pour qu'elle ait lieu.

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