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Le bal belge des présidentiables
La carrière politique de Charles Michel au plus haut niveau pourrait ne pas s'interrompre au soir du 26 mai.

Le bal belge des présidentiables

Photo: AFP
La carrière politique de Charles Michel au plus haut niveau pourrait ne pas s'interrompre au soir du 26 mai.
International 3 min. 15.05.2019

Le bal belge des présidentiables

Charles Michel est prêt à rempiler à la tête du gouvernement, mais d'autres aussi affichent leurs ambitions.

Par Max Helleff (Bruxelles) - À moins de deux semaines des élections, le Premier ministre Charles Michel se sent pousser des ailes. Jusqu'à présent, il restait évasif quant à ses intentions. Désormais, il se dit prêt à accomplir un second mandat à la tête du gouvernement fédéral qui sortira des urnes le 26 mai prochain. 

Le libéral francophone pose toutefois ses conditions: «si c'est possible dans le cadre d'un accord de gouvernement fort, sans dispute communautaire, avec l'ambition de créer plus d'emplois, avec une équipe forte», a-t-il expliqué. Charles Michel n'exclut donc pas de faire un mandat supplémentaire avec les nationalistes flamands de Bart De Wever, pourvu que ceux-ci renoncent au combat autonomiste. Qu'ils mettent, comme on dit ici, le «communautaire au frigo». 

Jan Jambon Premier ministre?

Encore faudra-t-il pour cela que Charles Michel convainque la N-VA de l'utilité de faire de l'Union européenne une «société climatiquement neutre» d'ici 2050. Une démarche qui pour l'heure n'est pas gagnée. Les éditorialistes se plaisent à souligner que le nombre de candidats à la direction des gouvernements fédéral et régionaux n'a jamais été aussi élevé. «Il ne se passe quasiment plus un jour sans qu'un candidat se déclare au poste de Premier ministre ou de ministre-président. Un signe que la «présidentialisation touche aussi la politique belge», écrit ainsi Le Soir.

Chez les nationalistes flamands, l'ex-ministre de l'Intérieur Jan Jambon se verrait bien Premier ministre. À l'échelon fédéral donc. Côté régional, Bart De Wever entend diriger la Flandre alors que Zakia Khattabi (Ecolo) convoite Bruxelles et sa région. Un butin que le socialiste Rudy Vervoort n'entend pas laisser filer.

Alternance à la tête du gouvernement

La déclaration ostentatoire de telles ambitions est somme toute assez neuve. Par le passé, le parti chrétien-démocrate flamand dominait la scène politique belge et le poste de Premier ministre lui revenait presque à tous les coups. Aujourd'hui, il joue les accessits. Le politologue Pascal Delwit (ULB) explique que cette démarche «n'est pas propre à la Belgique. Dans les pays de tradition majoritaire, et même ailleurs, comme en Allemagne, on a assisté à une présidentialisation des scrutins», affirme-t-il.

En Belgique toutefois, il faut davantage qu'une posture virile pour devenir Premier ministre. Car ce poste est habituellement dévolu à un Flamand. La règle veut en effet que le gouvernement fédéral soit à parité entre Flamands et francophones, bien que ces derniers soient démographiquement minoritaires. En compensation, les Flamands obtiennent le poste de Premier ministre.

Espoir pour Charles Michel

Ces huit dernières années pourtant, le job est revenu à deux francophones. En 2011, le socialiste Elio Di Rupo avait réussi à sortir le pays de l'impasse au terme de 541 jours de crise. En 2014, Charles Michel avait pour sa part choisi d'aligner seul son Mouvement réformateur auprès de trois partis flamands – dont la N-VA de Bart De Wever – pour former la «suédoise». Cette «trahison» valait bien une récompense.

Même si le Mouvement réformateur est battu le 26 mai, Charles Michel pourrait retrouver son bureau au 16, rue de la Loi. En vendant chèrement son appui à une coalition trop courte pour être majoritaire au parlement, par exemple. Ou en tirant parti de la réticence des nationalistes flamands de la N-VA à endosser le poste de Premier ministre, puisqu'en théorie ils veulent en finir avec la Belgique. La carrière politique de Charles Michel au plus haut niveau n'est peut-être pas finie, quoi qu'en disent les oracles. 


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