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La tragédie des maisons de retraite belges
International 3 min. 17.11.2020

La tragédie des maisons de retraite belges

En quelques mois, 185 plaintes auraient été déposées rien qu’auprès de l’Aviq, l’Agence wallonne pour une vie de qualité.

La tragédie des maisons de retraite belges

En quelques mois, 185 plaintes auraient été déposées rien qu’auprès de l’Aviq, l’Agence wallonne pour une vie de qualité.
Photo: AFP
International 3 min. 17.11.2020

La tragédie des maisons de retraite belges

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Amnesty International met en avant des conditions de fin de vie rendues indignes par la pandémie. Les plaintes se multiplient.

De notre correspondant belge Max Helleff (Bruxelles) - La Belgique a-t-elle sacrifié ses «vieux» sur l'autel de la pandémie ? La question est régulièrement posée depuis le mois de mars dernier et les premiers ravages du coronavirus. Un chiffre l’étaie : 6000 morts enregistrés dans les maisons de repos, soit un peu moins de la moitié du total des décès attribués au covid (14.616 à ce jour).

Amnesty International publie un rapport accablant qui évoque des mouroirs d’un autre temps, l’image de personnes décharnées laissées sans soins et attendant la mort dans les chambres des seniors. En quelques mois, 185 plaintes auraient été déposées rien qu’auprès de l’Aviq, l’Agence wallonne pour une vie de qualité. Soit autant que durant une année complète en temps normal.


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Comme dans les hôpitaux, c’est la pénurie de soignants, mais aussi les tâches particulières subitement imposées, qui sont à l’origine de la tragédie. «Les tâches et les attentes supplémentaires à l’égard du personnel étaient tout simplement trop importantes, peut-on lire dans le rapport de l’ONG. Les maisons de repos étaient censées s’occuper de personnes qui, autrement, auraient été traitées à l’hôpital mais avec des visites moins fréquentes de médecins, avec moins d’assistance informelle de l’extérieur, tandis qu’un grand nombre de soignants s’absentaient pour cause de maladie ou d’isolement (…). En conclusion, «le droit à la santé et même à la vie des personnes âgées a été bafoué puisque certains résidents n’ont pas reçu tous les soins requis».

 La suite est du même acabit : «Le manque important de personnel et le contrôle limité de l'extérieur ont conduit dans certains cas à des négligences», pointe l'ONG. «Certains résidents n'ont pas reçu tous les soins nécessaires et sont restés en pyjama pendant des jours sans aide pour s'habiller, se laver ou pour toute autre hygiène personnelle. Pire encore, certains étaient mal nourris ou mal hydratés.»

Dans de telles conditions, les décès se sont multipliés. Les médias ont régulièrement tendu le micro à ces familles qui attendaient désespérément de voir leurs «vieux» par la fenêtre d’un home transformé en prison. Durant la première vague, toute visite était interdite dans les maisons de retraite mises à l’isolement total. Des corps ont été emportés par les services de pompes funèbres, et rapidement inhumés ou incinérés, sans que les proches ne puissent rendre un dernier hommage.


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Le rapport d’Amnesty ravive une plaie qui n’a pas eu le temps de se refermer. «Certaines personnes âgées sont probablement décédées prématurément, en raison de l'interprétation mortifère des directives concernant le tri des patients», martèle Philippe Hensmans, le directeur de la section belge francophone d'Amnesty International.  Il est aussi beaucoup question de maltraitance, de résidents isolés dans leur chambre, rivés à leur fauteuil roulant pendant des jours ou mis sous sédatif, en raison du manque de personnel.

Alors que la Belgique affronte comme le reste de la planète la seconde vague de la pandémie, Amnesty estime qu’«il est important de tirer au plus vite les leçons de la manière dont chaque niveau de pouvoir a fait face à la crise pour que les erreurs commises ne se reproduisent plus». 

Ces derniers mois, plusieurs commissions d'enquêtes parlementaires ont bien été mises en place par les différents niveaux de pouvoir. Mais elles sont en mode pause pour l'instant, au motif officiel qu'il faut d'abord parer à l'urgence imposée par l'épidémie.

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