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La renaissance de Durbuy
International 4 min. 24.07.2018

La renaissance de Durbuy

«Le Sanglier des Ardennes» est connu pour être la meilleure table de la région.

La renaissance de Durbuy

«Le Sanglier des Ardennes» est connu pour être la meilleure table de la région.
Photo: Pierre Valmont
International 4 min. 24.07.2018

La renaissance de Durbuy

Le milliardaire flamand Marc Coucke investit 100 millions d’euros pour redorer le blason de «la plus petite ville du monde».

Il fut un temps où toute la Flandre touristique accourait à Durbuy. «La plus petite ville du monde» ne manquait pas de charme, avec sa forêt, sa halle aux blés, son belvédère. On venait d’Alost et de Genk pour y boire des «pintjes», les pieds dans l’eau. Et puis les vols low cost sont arrivés et la clientèle s’est envolée pour des destinations lointaines. Durbuy la médiévale est retournée à l’obscurité. Ses infrastructures ont vieilli, ne laissant sur les berges de l’Ourthe que l’image d’un lieu de villégiature défraîchi.

Mais en 2016, le Flamand Mark Coucke a débarqué sur place avec une foule de projets destinés à attirer à nouveau les touristes. Le milliardaire de la pharmaceutique passait ses vacances à Durbuy, en Luxembourg belge, quand il était petit. Il veut, dit-il, rendre à la ville une part du bonheur qu’elle lui a apporté quand il courait encore en culottes courtes. Et se dit prêt à investir 100 millions d’euros.

L’arrivée en fanfare de Marc Coucke à Durbuy a fait polémique. Certains habitants du cru ont fatalement vu d’un mauvais œil ce Flamand enrichi qui voulait racheter «tout ou presque» dans le coin, menaçant à les entendre de dénaturer une ville qui a déjà trop cédé au tourisme de masse. Un collectif «SOS Durbuy» s’est créé. La présumée (re-)flamandisation de la localité a fait hurler…

Marc Coucke ne s'est pas laissé démonter. Il a d'abord installé plusieurs restaurants destinés à une clientèle issue de la classe moyenne. Mais dans une perspective «mi-famille nombreuse, mi-bling bling», il a également acquis le Jean de Bohême, un hôtel de haut standing. Il s’est surtout offert le Sanglier des Ardennes, un restaurant gastronomique connu pour être la meilleure table de la région. 106 chambres haut de gamme seront proposées à la clientèle ainsi qu’un spa. «On va en faire un Ritz, les travaux seront vite terminés. On va construire un lobby avec un tapis rouge. Ce sera magnifique!», confiait récemment Marc Coucke au journal belge Le Soir.

Cette offre «grand luxe» devrait se compléter prochainement du rachat du golf de Méan et du golf Blue Green, les deux 18 trous des environs. L’idée serait d’y installer un hôtel de 35 chambres et de faire du domaine «le plus beau golf de Belgique».

Marc Coucke a également ouvert l’Adventure Valley, un parc de sport-aventure, résultat de la fusion de la Petite Merveille et de Durbuy Adventure, concurrents des vingt dernières années. Il compte également construire plusieurs terrains de football qui accueilleront des stages pour enfants, en collaboration avec l’équipe bruxelloise d’Anderlecht, club qu’il a racheté en 2017. Sur son site web, on peut lire (en flamand d’abord) que «la Petite Merveille a tout ce qu’il faut pour passer de merveilleuses classes vertes! Les enfants sont toujours accompagnés par des moniteurs de sport expérimentés, formés dans notre propre école».

A seulement «100 mètres de votre lieu de résidence se trouve Adventure Valley Durbuy. Il s'agit d'un grand parc de 30 hectares où la nature est restée intacte! Vous pouvez y faire de l’escalade, de la spéléologie, du rappel, du death-ride, franchir la piste commando…»

Enfin, Marc Coucke a acquis d’autres bâtiments qui attendent une destination future. Et ce n'est sans doute pas fini...

Un patrimoine revalorisé

Moins de deux ans après sa première annonce, le milliardaire flamand a rassuré ceux qui le voyaient arriver tel un éléphant financier dans un magasin de porcelaine. La plupart des habitants de Durbuy jugent aujourd’hui son intervention plutôt heureuse. La ville retrouve progressivement ses touristes et son patrimoine s’en trouve fatalement revalorisé.

A Durbuy, Marc Coucke a créé de fortes attentes, notamment sur le plan écologique. Natagora, une association de défense de la biodiversité, entend bien gérer avec le milliardaire les 150 hectares du domaine de Hottemme qui collent à la réserve du Mont des Pins, un haut lieu ardennais de la faune et de la flore. Coucke les a achetés à la Région pour 2,7 millions d’euros. Un projet d’hôtel avait été imaginé sur la zone. Il semble abandonné.

Coucke réussira-t-il son pari à Durbuy? L’offre qui se veut double, proposant d’une part des services accessibles à la classe moyenne, d’autre part du vrai luxe aux plus aisés, a le mérite de la proximité vu de Flandre. Chaque Flamand a gardé en lui un peu de l’Ardenne de bon-papa. Et le génie de Marc Coucke est sans doute de s’en être souvenu.

Par Max Helleff, depuis Bruxelles

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