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La réforme belge des retraites en rade
International 3 min. 06.07.2022
Politique

La réforme belge des retraites en rade

En 2022, 57 milliards d'euros iront uniquement aux pensions. Un montant appelé à exploser si l'on sait qu'en 2040, il y aura trois pensionnés pour quatre travailleurs.
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La réforme belge des retraites en rade

En 2022, 57 milliards d'euros iront uniquement aux pensions. Un montant appelé à exploser si l'on sait qu'en 2040, il y aura trois pensionnés pour quatre travailleurs.
Photo: Shutterstock
International 3 min. 06.07.2022
Politique

La réforme belge des retraites en rade

Des intérêts très divergents entre partis empêchent d'aboutir à l'accord censé organiser la soutenabilité du futur système des pensions.

De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) - Les réunions se suivent. Chacun montre les muscles. Mais au bout du compte, la réforme des pensions promise aux Belges n'est toujours pas bouclée. Or, la ministre en charge du dossier, la socialiste Karine Lalieux, affirme qu'un accord doit être conclu pour le 21 juillet, jour de la Fête nationale.


Une réforme des pensions écrite «au stylo rouge»
Le projet de la ministre socialiste belge Karine Lalieux se veut généreux. Trop généreux même au goût de ses partenaires gouvernementaux.

Il faut revenir un an en arrière pour saisir le nœud du problème. En septembre 2021, Karine Lalieux dévoile son plan de réforme à la presse, sans en parler préalablement à ses partenaires gouvernementaux. Ils sont furieux. Parmi les mesures phares, on retient alors la volonté de la ministre d'instaurer un «âge de la retraite souple» qui permettra aux travailleurs d'accéder à un départ anticipé dès 60 ans s'ils comptent 42 ans de carrière (contre 44 aujourd'hui). Ceux qui voudront travailler plus tard verront leur retraite augmentée d'un «bonus pension» ou d'une pension à temps partiel. Les pensions des femmes et des temps partiels seront revalorisées, etc. Ce catalogue jugé trop généreux a provoqué un tollé à droite.

Un an plus tard, les lignes n'ont que faiblement bougé. Le dernier conseil des ministres restreint en date a remis pratiquement les mêmes propositions sur la table. Et la difficulté reste la même: l'argent manque, le covid a saigné les caisses publiques. En 2022, 57 milliards d'euros iront uniquement aux pensions. Un montant appelé à exploser si l'on sait qu'en 2040, il y aura trois pensionnés pour quatre travailleurs. Et il est hors de question pour l'actuel gouvernement de taxer davantage le travail, encore moins les retraites.  

Attention au mécontentement de l'Europe

Dans cette affaire, deux visions du monde s'opposent. La ministre Lalieux estime «normal de récompenser ceux et celles qui ont travaillé toute leur vie», que ce soit dans une entreprise ou au foyer. La secrétaire d'État au Budget Eva De Bleeker (l'Open Vld libéral flamand, le parti du Premier ministre) appuie là où ça fait mal: la réforme doit d'abord être soutenable financièrement.

Pour rendre la pareille à sa consœur, Eva De Bleeker est sortie à son tour dans la presse sans crier gare afin de mettre en garde les socialistes francophones Karine Lalieux et Pierre-Yves Dermagne (en charge pour sa part d'une réforme du travail inaboutie) contre le mécontentement de l'Europe si les chantiers qui leur ont été confiés en début de législature n'aboutissent pas.


La réforme belge des pensions dans les starting-blocks
L’objectif du gouvernement De Croo est d’assurer la soutenabilité du système tout en aménageant les fins de carrière des travailleurs les plus âgés.

Pour calmer les choses, Alexander De Croo a régalé ses ministres lors d'un barbecue organisé à son domicile, à Brakel en Flandre orientale. Chacun a pu y défendre son bout de viande… Les libéraux francophones et flamands veulent récompenser les «bosseurs». «Au moins 20 ans» de travail effectif devront être prouvés selon eux pour accéder à la pension. Mais il ne s'agira pas nécessairement d'un temps plein.

À ce stade, rien ne dit si la réforme sera bien bouclée en temps et en heure. Certains observateurs y voient un blocage supplémentaire susceptible d'envoyer le gouvernement par terre. Ils estiment que les sept partis qui forment la Vivaldi n'ont plus grand-chose à faire ensemble et qu'il faudra passer par les urnes avant l'échéance de 2024.

 Au sein de son propre parti, l'Open Vld, Alexander De Croo rencontre la résistance de ceux qui lui reprochent d'être... trop à gauche. Dans le Nieuwsblad, un libéral flamand se plaint de son chef de file: «Tout ce qui compte pour lui, c'est conclure des accords. Et peu importe à quel point ces deals sont horribles. C'est le sort de tous ceux qui finissent au 16, rue de la Loi – le cabinet du Premier ministre».

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