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La pauvreté menace de plus en plus de Belges
International 3 min. 20.11.2020

La pauvreté menace de plus en plus de Belges

Selon le bureau d’information économique Graydon, la Belgique devrait enregistrer «50.000 faillites supplémentaires, au-delà des 10.000 qui sont prononcées bon an mal an dans le pays».

La pauvreté menace de plus en plus de Belges

Selon le bureau d’information économique Graydon, la Belgique devrait enregistrer «50.000 faillites supplémentaires, au-delà des 10.000 qui sont prononcées bon an mal an dans le pays».
Photo: AFP
International 3 min. 20.11.2020

La pauvreté menace de plus en plus de Belges

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Le recours à l’aide sociale s’emballe alors que 50.000 faillites sont potentiellement attendues en 2021.

De notre correspondant, Max Helleff (Bruxelles) - Son joli visage a fait le tour des médias. A 24 ans, Alysson avait ouvert sa «petite entreprise», un salon de barbière. Une affaire neuve, fatalement fragile, qui avait pourtant résisté au premier confinement. Le second lockdown et la fermeture des commerces dits «non essentiels» ne lui ont laissé aucune chance. La jeune Liégeoise aurait attendu les aides publiques en vain. Elle a mis fin à ses jours.

Ce drame qui passerait pour un fait divers en temps normal est devenu emblématique. La mort d’Alysson a fait l’objet de déclarations gouvernementales à la Chambre. «Cela nous a tous énormément touchés, a déclaré le Premier ministre Alexander De Croo. Il est clair que l’impact psychologique est supérieur à ce qu’on a vu lors de la première vague. À côté d’un support financier, un support humain est aussi important. » David Clarinval, le ministre des Indépendants, a rappelé qu’ils ont la possibilité d’accéder au chômage et aux CPAS.

Problème : les centres publics d’aide sociale (CPAS) sont débordés. Christine Mahy, la secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, constate que la seconde vague pandémique est «bien plus grave que la première, quelque chose dont on ne voit plus l’horizon qui risque bien d’amener une dépression généralisée». Les files s’allongent en effet de semaine en semaine devant les CPAS qui s’attendent à verser jusqu’à 30% de revenus d’intégration supplémentaires à moyen terme. Etudiants, petits indépendants, familles décomposées… sont menacés de verser dans l’extrême pauvreté. «Le plan d’urgence ne suffit plus ! Il n’a pas toujours été adéquat. Ici, on est dans un effondrement des moyens et des ressources», soutient Christine Mahy.

Effet boule de neige à prévoir

Ce triste bilan serait pourtant incomplet. Si toute une partie de l’économie nationale a été mise à l’arrêt par à-coups depuis mars dernier, le nombre de faillites n’a pas explosé pour l'instant. Sur les dix premiers mois de l’année, les tribunaux ont même prononcé 30% de faillites en moins qu’en 2019. Le pourcentage de prêts déficients n’atteint que 2% du total de l’encours. C’est en bonne partie le résultat de l’argent injecté par le gouvernement pour soutenir artificiellement l’économie. Il permet de dire que, globalement, «le second confinement sera moins grave que le premier».

Mais cette situation ne peut durer. Si les aides permettent de payer les premières factures et si le chômage temporaire réduit la masse salariale, la dynamique de nombreuses entreprises est cassée. Les consommateurs sont devenus frileux, occupés à faire des réserves. Les carnets de commande sont vides. Les sous-traitants mis sur la touche. Un effet boule de neige est annoncé. Un second moratoire sur les faillites a été décidé, mais il s’arrêtera au 31 janvier prochain.

Selon le bureau d’information économique Graydon, la Belgique devrait enregistrer «50.000 faillites supplémentaires, au-delà des 10.000 qui sont prononcées bon an mal an dans le pays». Cette bulle menace les entreprises, celles qui étaient fragiles avant l’irruption du covid-19 mais surtout de nombreuses «bonnes boîtes» viables.

Dans l'urgence, les Régions cherchent à créer des mécanismes visant à canaliser une partie de l’épargne des Belges – potentiellement quelque 300 milliards d’euros - vers les petites et moyennes entreprises. Il y a aussi la manne européenne, ces 750 milliards d’euros qu’on attend ici comme ailleurs de partager, en dépit du blocage exercé par la Pologne et la Hongrie.

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