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La neutralité fracture la société belge
International 4 min. 07.06.2021

La neutralité fracture la société belge

En 2015, l’Office bruxellois de l’emploi Actiris a été condamné dans un dossier proche, mais avait choisi de ne pas aller en appel et de revoir ses règles internes.

La neutralité fracture la société belge

En 2015, l’Office bruxellois de l’emploi Actiris a été condamné dans un dossier proche, mais avait choisi de ne pas aller en appel et de revoir ses règles internes.
Photo: AFP
International 4 min. 07.06.2021

La neutralité fracture la société belge

Le dossier du « voile à la Stib » menace de révéler l’impuissance du monde politique à trouver un compromis sur la question convictionnelle.

De notre correspondant Max Helleff (Bruxelles)- Le port du voile s’invite une nouvelle fois dans la vie politique belge, au risque de fracturer durablement la majorité gouvernementale du Premier ministre Alexander De Croo. Telle est la conséquence d’une décision de justice qui a conduit respectivement une société publique – la Stib – et un exécutif – le gouvernement bruxellois – à se retrouver dos au mur.


Burqas are displayed at the headscarf exhibition in the Amsterdam Historical Museum February 28, 2006. In December 2005, parliament voted to forbid women from wearing a burqa or any Muslim face coverings in public, justifying the move in part as a security measure. The cabinet is awaiting the results of a study into the legality of such a ban under European human rights laws, before making its final decision. The results are expected in the second half of March 2006. Photograph taken February 28, 2006. To match feature Religion-Dutch-Burqa  REUTERS/Paul Vreeker
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Début mai, un tribunal bruxellois a condamné la société de transports publics bruxelloise Stib pour avoir rejeté lors d’une session de recrutement la candidature d’une femme portant le voile. Chose remarquable, le juge a relevé l’intersectionnalité de la faute. En résumé: selon la justice, la Stib n’aurait pas seulement fait barrage au voile, elle aurait aussi indirectement sanctionné l'intéressée parce qu'elle est une femme. La Stib, qui embauche 90% d’hommes, autorise en effet le port de la barbe qui peut être considéré au terme de la religion comme un signe convictionnel.

La Stib avait un mois pour aller en appel, ce qu’elle n’a pas fait. Elle a préféré renvoyer la patate chaude au gouvernement bruxellois, lui laissant le soin de trouver une solution. L’exécutif régional s’est donné quinze jours pour y parvenir, mais sans grand espoir d’aboutir tant les fractures sont nombreuses en son sein sur ce dossier. Là où les écologistes et - dans une certaine mesure – les socialistes plaident pour des accommodements, le parti Défi (ex-FDF, social-libéral) revendique une laïcité pure et dure.

Un compromis vacillant

En Belgique, la Constitution consacre la neutralité de l’Etat, lequel reconnaît toutefois un certain nombre de cultes et en assure le financement. Mais les modalités de cette neutralité restent vagues. Jusqu’il y a peu, il allait de soi que les signes convictionnels ne pouvaient être arborés dans les entreprises et les administrations publiques. Ce compromis est désormais vacillant. En 2015, l’Office bruxellois de l’emploi Actiris a été condamné dans un dossier proche. Ici aussi, l’interdiction du port de tout signe convictionnel dans le règlement de travail avait été sanctionnée par la justice. Actiris avait choisi de ne pas aller en appel et de revoir ses règles internes.

Dans les faits, la législation belge laisse la possibilité aux administrations fédérales, régionales et communales de faire le choix entre la laïcité exclusive (pas de signes convictionnels) ou inclusive (des adaptations sont possibles). Mais à Bruxelles où la communauté arabo-musulmane est fortement représentée, continuer à opter pour le modèle exclusif aboutirait à maintenir des milliers de musulmanes en dehors du circuit du travail parce qu’elles portent le voile. Se contenter d’affirmer qu’il représente un signe de soumission revient surtout à cadenasser les femmes au foyer, font valoir les défenseurs des accommodements.


Phillip L�hl (R) holds his new born baby Paula as Frauke L�hl (L), Phillip's mother, takes care of Paula's twin sister Maya at their temporary accommodation in Auckland Park, Johannesburg, on April 14, 2021. - Paula and Maya are daughters of a gay couple -- a Namibian and a Mexican -- and were born through surrogacy by a South African woman.
Efforts to take them to Windhoek since their birth on March 13, 2021, have hit a snag, forcing the parents - Phillip L�hl, 38, and his partner Guillermo Delgado, 36,  to resort to the courts.
Their parents are now pinning hopes on a Namibian High Court ruling scheduled for April 19, 2021, to at least allow the infants to secure temporary documents to travel to Windhoek and join Delgado and their two-year-old brother Yona. (Photo by LUCA SOLA / AFP)
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Depuis une trentaine d’années, la société belge est tiraillée en tous sens sur ce dossier. Récemment encore, l’organisation faîtière de l’enseignement officiel francophone (Wallonie-Bruxelles Enseignement) s’est engagée à autoriser le port du voile dans les écoles du supérieur sur lesquelles elle a autorité. 

Immédiatement, le bord laïc a dit craindre que la mesure ne s’étende à l’enseignement obligatoire officiel, touchant cette fois des enfants et des adolescents. Quant à la décision de justice qui frappe aujourd’hui la Stib, elle est qualifiée de « tract militant » par le constitutionnaliste Marc Uyttendaele, qui répercute un avis amplement partagé. Il regrette qu’en raison du politiquement correct et des lobbies, il ne soit plus possible de débattre de ce sujet.

Ce contexte lourd de tensions explique pourquoi le monde politique belge se retrouve une fois encore entre l’enclume et le marteau. Le gouvernement régional bruxellois est dans une impasse. Au niveau fédéral, le dossier convictionnel s’est retrouvé ces deniers jours à la Chambre à la faveur de la nomination par le parti Ecolo d’une femme voilée, Ishane Haouach, au poste de commissaire gouvernemental à l’Institut pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Alexander De Croo a dû monter au créneau pour affirmer que sa majorité soutenait bien cette désignation. 

En réalité, le partenaire libéral s’y oppose de manière véhémente. Au point que le Premier ministre n’a eu d’autre choix que de s’expliquer de nouveau sans convaincre grand monde. «Votre gouvernement commence à ressembler à un bordel politique», a lancé Peter De Roover, le chef de groupe nationaliste flamand (N-VA, opposition). La gêne de la majorité était criante.

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