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La fronde s'organise contre Charles Michel
International 3 min. 23.07.2019 Cet article est archivé

La fronde s'organise contre Charles Michel

Le Premier ministre Charles Michel de plus en plus bousculé, même dans son propre camp.

La fronde s'organise contre Charles Michel

Le Premier ministre Charles Michel de plus en plus bousculé, même dans son propre camp.
Photo: AFP
International 3 min. 23.07.2019 Cet article est archivé

La fronde s'organise contre Charles Michel

Des politiciens libéraux exigent que le futur président du Conseil européen cède au plus vite la présidence du Mouvement réformateur dans son pays. De quoi perturber un peu plus la constitution du gouvernement en Wallonie.

(Max HELLEF - Bruxelles) Un président sortant poussé vers la sortie, quoi de plus normal ? Et pourtant, en Belgique, Charles Michel a peu apprécié ce qui ressemble furieusement à la  trahison d’un quarteron de pontes de son parti, le Mouvement réformateur (libéral francophone). 

C’est par voie de presse et dans un anonymat complet qu’un petit groupe de six ministres, anciens ministres et parlementaires libéraux, demande à Charles Michel de quitter la présidence du Mouvement réformateur (MR) dès septembre. «La question de notre participation aux différents gouvernements est en cours, mais nous estimons que le MR est assez fort pour mener de front cet engagement à l’échelle de la Belgique et une démarche au sein du parti. Cela ne doit pas traîner», s’est confié au Soir le représentant du groupe anonyme.


Belgium's Prime Minister Charles Michel arrives at a European Union leaders summit in Brussels, on June 30, 2019. - Deadlocked EU leaders meet for a rare weekend summit seeking to fill senior European positions and settle a battle that has split key allies France and Germany. (Photo by FRANCOIS LENOIR / POOL / AFP)
Avec ou sans Michel, la Belgique patauge
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Le Mouvement réformateur est entré il y a peu en négociations avec Ecolo et le PS pour la formation du futur gouvernement wallon. Or ceux qui exigent le départ de Charles Michel estiment de toute évidence qu’il n’a plus sa place dans ces tractations. « Il n’appartient pas à un président en partance de travailler au positionnement du MR en Wallonie pour cinq ans. Il ne serait pas sain qu’un président nommé tardivement se lance dans la bagarre pour la formation d’un gouvernement fédéral. »

Le groupe demande que des élections à la présidence du Mouvement réformateur soient dès lors programmées au plus vite afin d'organiser la passation.

Brandir le flambeau

La relation qu’entretiennent Charles Michel et le MR n’a jamais été simple. En 2011, « le fils de Louis » a fomenté la révolte au sein des rangs libéraux pour prendre la direction du parti à l’actuel ministre des Affaires étrangères Didier Reynders. A l’approche du 26 mai dernier, il a repris la présidence des mains de son homme lige Olivier Chastel pour mener la campagne électorale aux avant-postes.

Ce flambeau, Charles Michel aurait aimé le brandir jusqu’à sa prise de fonction officielle de président du Conseil européen, le 1er décembre prochain. Ainsi pourrait-il garder la main sur les négociations gouvernementales, en Wallonie comme au fédéral.

Une hyperconcentration du pouvoir

Ce schéma ne convainc manifestement pas une partie du MR qui signifie au président son congé. Le groupe séditieux dit vouloir en finir avec les dissensions qui rongent les libéraux : « Cela fait 30 ans dans ce parti qu’on a un match entre les Michel (père et fils d’ailleurs) et le clan Reynders. Nous pensons que les non-alignés doivent se réapproprier leur mouvement. »

Il dénonce aussi «une hyperconcentration du pouvoir interne» et demande qu’on laisse coexister les différents courants du MR (le libéralisme social, le régionalisme, l’aile démocrate-chrétienne et la tendance plus à droite).

Qui sont les traîtres?

Cette charge évoque un retour de boomerang. Durant les cinq années qu’il vient de passer à la tête de la « suédoise », Charles Michel s’est employé parallèlement à faire taire les voix qui, au sein des libéraux, dénonçaient l’alliance nouée avec la N-VA de Bart De Wever et la ligne anti-immigration des nationalistes flamands. Plus d’une fois, le MR a offert le visage d’un parti déchiré entre les défenseurs des valeurs traditionnelles du libéralisme et les partisans d’une realpolitik fondée sur le repli.

Lundi, «tous les ministres et députés du MR» ont affirmé dans un communiqué « l’unité et la sérénité au sein du mouvement », venant ainsi à la rescousse de leur président. Qui parmi eux a trahi ? La question hante les rangs du parti. Charles Michel devrait passer l’été à recoller les morceaux d’un vase fortement ébréché.


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