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La France dans l'inquiétude de la délivrance
International 5 min. 05.05.2020 Cet article est archivé

La France dans l'inquiétude de la délivrance

Jeunes gens en attente de déconfinement.

La France dans l'inquiétude de la délivrance

Jeunes gens en attente de déconfinement.
Photo: AFP
International 5 min. 05.05.2020 Cet article est archivé

La France dans l'inquiétude de la délivrance

Gaston CARRE
Gaston CARRE
Le gouvernement français précise les modalités du déconfinement, et suscite l'inquiétude face à la rentrée scolaire du 11 mai.

Confinée depuis près de deux mois, la France est lasse et les nerfs y sont à vif. Aussi est-ce avec soulagement que nombre de Français voient approcher le 11 mai prochain, moment inaugural d'un déconfinement progressif. 

Un soulagement mêlé d'inquiétude toutefois, face à la «rentrée» dans l'Education nationale surtout, dont l'encadrement ne rassure pas complètement des parents qui, comme l'ensemble de la collectivité, sont profondément troublés face à une situation où les pouvoirs publics annoncent une normalisation tout en avertissant que le virus fait perdurer une situation d'exception. La France réussira-t-elle à surmontrer ce paradoxe? Alors que la date fatidique approche, les esprits s'échauffent. 

L'école si l'on veut

S'exprimant devant le Sénat lundi après avoir présenté ses intentions à l'Assemblée mardi dernier, le Premier ministre Edouard Philippe a rappelé un plan de «réouverture très progressive des maternelles et de l'école élémentaire à compter du 11 mai, partout sur le territoire et sur la base du volontariat». 

Le déconfinement, une perspective face à laquelle il faut se protéger.
Le déconfinement, une perspective face à laquelle il faut se protéger.
Photo: AFP

Pour les collèges, cette réouverture commencera à partir du 18 mai pour des classes de 6e et de 5e (en France il s'agit des deux premières années du cycle secondaire), seulement dans les départements peu touchés par le virus. La majorité des écoles maternelles et primaires seront «au rendez-vous du 11 mai», assure le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer, avec un maximum de quinze enfants par classe et selon un protocole sanitaire très strict. 

Un protocole qui ne suffit pas à convaincre certains maires, dépositaires des craintes que leur confient les parents. «Nous n’avons pas encore toutes les informations pour préparer la population et les directives sont mouvantes», font valoir 329 maires signataires d'une lettre ouverte au président Macron, par laquelle ils signalent leur refus d'ouvrir leurs écoles lundi prochain. En tête des récalcitrants: la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, qui demande à Macron de repousser la réouverture des écoles à une date ultérieure, dénonçant un déconfinement «à marche forcée». 

Un fondement de la république

Pour d'autres critiques, le problème de cette rentrée réside précisément dans le fait qu'elle ne soit pas «forcée», et qu'elle repose au contraire sur le volontariat. Certes, le Premier ministre a déclaré, au moment de la présentation de son plan, que «le retour de nos enfants sur le chemin des écoles est un impératif pédagogique et de justice sociale », mais il ne reste pas moins que la rentrée de ce 11 mai 2020 en France n'est pas obligatoire. 

La candidate des Républicains (LR) aux élections municipales de Paris, Rachida Dati, redoute d'ailleurs que ce principe de volontariat ne crée une «remise en cause profonde de notre principe d'obligation scolaire», un principe profondément ancré dans l'esprit et la lettre de la république française, qui le considère comme le préalable à l'égalité des chances. 

Comment retourner à la normalité dans une situation d'exception?
Comment retourner à la normalité dans une situation d'exception?
Photo: AFP

Face  aux risques sanitaires  et au  «casse-tête organisationnel» que représenterait une réouverture dès la semaine prochaine (usage des masques de protection, récréations sans jeux, effectifs réduits…), plusieurs maires avaient déjà fait savoir, avant la lettre commune à Emmanuel Macron, qu’ils préféraient laisser closes les portes des écoles de leur commune. C'est le cas, par exemple, à Hayange en Moselle.

Un risque de troubles?

 L'appel à la normalisation semble moins pressant face au monde du travail. En présentant mardi son plan de déconfinement, Edouard Philippe a appelé toutes les entreprises qui le pouvaient à maintenir le télétravail pour leurs salariés,  «au moins dans les trois prochaines semaines».  

Pour les personnes qui ne pourraient en faire usage, le gouvernement encourage la pratique des horaires décalés. Les entreprises qui par contre souhaitent reprendre leur activité le 11 mai devront respecter un certain nombre de règles, notamment en matière de distanciation, de désinfection et de fourniture de masques. 

Les transporteurs pour leur part ne contribuent pas à disperser l'atmosphère d'anxiété plus ou moins latente qui pèse sur ces journées d'attente du déconfinement. Ils craignent en effet que celui-ci ne crée des «troubles pour l'ordre public». Les PDG de six grandes entreprises de transport, dont la SNCF et la RATP, demandent la participation des forces de l'ordre afin d'éviter des «problèmes» lundi prochain. 


French president Emmanuel Macron takes part on a videoconference of the "economic task force", in the green Presidential meeting room, at the Elysee Palace, with French economic leaders and members of the governement concerned about coronavirus epidemic and confinement mesures, on March 19, 2020, in Paris. (Photo by Ludovic MARIN / POOL / AFP)
Le virus de la polémique
Face à la pandémie, les critiques pleuvent sur Emmanuel Macron, alors que l'Elysée hésite encore sur l'ampleur à donner au confinement .

Emmanuel Macron en personne a tenté hier de calmer le jeu. La phase du déconfinement, à partir du 11 mai, doit être abordée «avec calme, pragmatisme et bonne volonté» a déclaré le président, assurant que «tout» serait organisé d'ici à ce jeudi. Les «derniers détails» sur le déconfinement seront annoncés alors par le gouvernement. Le déconfinement est «une étape indispensable», qu'«il faut aborder avec beaucoup d'organisation, de méthode, avec aussi beaucoup de calme. Je comprends toutes les inquiétudes, mais on va les régler à chaque fois au bon niveau.» 

Et Macron de conclure: «Le 11 mai, ce n'est pas un retour à la normale, mais une nouvelle étape de la vie avec le virus après le confinement.» 

25.201 décès au total 

L'épidémie de coronavirus a causé 306 décès supplémentaires en 24 heures en France, soit un total de 25.201 décès depuis le 1er mars, a indiqué hier la Direction générale de la santé. 

La pression sur les services de réanimation continue cependant de s'alléger, avec 123 patients Covid-19 en moins, mais le nombre total de cas graves hospitalisés dans ces services reste élevé à 3.696, et en comptant les malades en réanimation pour d'autres pathologies toujours supérieur (127%) aux capacités initiales de quelque 5.000 places

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