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La fracture belge s’accroît
International 3 min. 03.10.2019

La fracture belge s’accroît

L'ancien ministre de l'Intérieur Jan Jambon n'a pas joué la carte de l'ouverture avec les francophones.

La fracture belge s’accroît

L'ancien ministre de l'Intérieur Jan Jambon n'a pas joué la carte de l'ouverture avec les francophones.
Photo: AFP
International 3 min. 03.10.2019

La fracture belge s’accroît

Un réflexe identitaire et une sous-estimation des investissements climatiques illustrent le cavalier seul flamand.

Max HELLEFF (Bruxelles) - La Flandre a pris davantage ses distances vis-à-vis des francophones lundi, à la faveur de l’accord scellant la création du gouvernement Jambon Ier (du nom du ministre-président Jan Jambon). «Une Flandre fermée», a commenté un journaliste francophone sur la VRT. «Un gouvernement fondé sur les valeurs de l’extrême droite», a tancé une parlementaire du parti politique Défi.

On cherche en vain dans la déclaration du nouveau gouvernement régional une quelconque référence à une collaboration avec Bruxelles et la Wallonie. Les points communs entre Flamands et francophones se résument à l’envie plus ou moins pressante d’équilibrer leurs budgets respectifs : en 2021 pour les premiers, en 2024 pour les seconds.


«Une suédoise bis» pour la Flandre
Nationalistes, chrétiens-démocrates et libéraux scellent un nouvel accord pour cinq ans ce lundi. Une coalition entre partis traditionnels s’est à nouveau imposée, face à la montée de l'extrême droite.

Le gouvernement Jambon Ier parie sur une Flandre résolument identitaire, là où les gouvernements régionaux et communautaires francophones mettent l’accent sur la question climatique et la lutte contre la pauvreté. 

Exemple : le parcours d’intégration qui doit permettre au migrant de mieux se glisser dans la société flamande coûtera désormais 360 euros au récipiendaire. Celui-ci recevra en échange l’enseignement du «canon» flamand et devra s’engager sur les normes et les valeurs. Une fois acceptés, les nouveaux arrivants ne pourront prétendre aux prestations sociales flamandes avant… dix ans.

Frein sur les mesures environnementales

La sévérité de ces conditions est telle que certains y voient une stratégie de découragement visant à « orienter » les migrants vers Bruxelles et la Wallonie. La Flandre ne se contente pas de mettre un peu plus les francophones à distance. Elle veut aussi faire bande à part sur la question climatique, confirmant la volonté de la N-VA de préserver l’industrie de la région.

 «L’accord porte surtout le sceau des positions «écoréalistes» de la N-VA (nationaliste) et du VLD (libéral). Il reflète aussi la grande réticence de certains secteurs industriels flamands à l’égard de politiques jugées trop coûteuses », écrit ainsi Le Soir.

Un objectif  faisable et  payable

Alors que Bruxelles et la Wallonie prennent le pari du « zéro carbone » à l’horizon 2050, la Flandre se limite à une réduction de 80 % à la même échéance. Elle  s’engage toutefois à atteindre la « neutralité totale », mais sans préciser à quelle date. Quant aux objectifs 2030 (réduction des émissions de CO2, etc.), la région n’a de toute évidence pas l’intention de les revoir à la hausse, qu’importe l’agenda européen. 

Plus fort encore : la  Flandre ne donnera son accord à de nouvelles ambitions climatiques qu’après une évaluation des efforts des grandes économies mondiales et à condition que l’objectif soit «faisable» et  «payable».

Une justice régionalisée

Il est néanmoins question d’une stratégie climatique flamande en vue de 2050 aux contours flous, du doublement de la capacité de production d’énergie renouvelable ou encore de la plantation de 10.000 hectares de forêts supplémentaires d’ici 2030.

Autre indice du fossé qui se creuse entre le sud et le nord : la Flandre se donne un «ministre de la Justice» dont le rôle sera de coordonner l’application des décrets régionaux et de superviser des enquêtes administratives. La Justice belge elle aussi doit se préparer à être régionalisée…

Fini le vote obligatoire

Beaucoup a été fait dans cette déclaration gouvernementale pour couper l’herbe sous le pied du Vlaams Belang, en donnant à ses 800.000 électeurs ce qu’ils ont demandé le 26 mai dernier dans les urnes. Même le vote obligatoire, la bête noire des populistes, est abrogé pour les communales et les provinciales.


A la jonction des extrêmes
Les élections du 26 mai dernier ont été marquées par le succès de deux partis a priori diamétralement opposés. Au nord, le Vlaams Belang et ses ultranationalistes flamands. Au sud, les communistes wallons du Parti du travail de Belgique (PTB).

La patte des chrétiens-démocrates, qui composent le nouveau gouvernement avec les nationalistes et les libéraux, est enfin pratiquement inexistante. 


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