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La Flandre repart à la conquête de Bruxelles
International 3 min. 23.02.2021 Cet article est archivé

La Flandre repart à la conquête de Bruxelles

Les 70.000 germanophones de l’est de la Belgique prendraient bien la main sur le devenir de la zone bruxelloise.

La Flandre repart à la conquête de Bruxelles

Les 70.000 germanophones de l’est de la Belgique prendraient bien la main sur le devenir de la zone bruxelloise.
Photo : AFP
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La Flandre repart à la conquête de Bruxelles

Max HELLEFF
Max HELLEFF
La ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden veut ramener la capitale de l’Europe au rang de sous-région, provoquant un tollé côté francophone.

De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) - En pleine crise sanitaire, les polémiques institutionnelles se réinvitent en Belgique. La ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden plaide en effet pour une nouvelle réforme de l’Etat qui aboutirait à ramener Bruxelles à un rang d’autonomie inférieur, faisant de sa région une sous-entité. 


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Bruxelles, capitale de la Belgique et de l’Europe, est le nœud gordien de la politique belge. Depuis 1962, date à laquelle la frontière linguistique a été fixée entre le nord et le sud, Bruxelles apparaît sur la carte comme une enclave francophone en pays flamand. La Flandre a longtemps espéré s’en attribuer le contrôle avant qu’une région bruxelloise autonome ne soit créée. Mais elle n’a jamais renoncé.

La preuve par la proposition de la chrétienne-démocrate flamande Annelies Verlinden, ministre de l’Intérieur ainsi que des Réformes institutionnelles et du Renouveau démocratique. Dans son schéma institutionnel idéal, la Belgique resterait un État fédéral, mais serait à l’avenir composée de deux entités fédérées (Flandre et Wallonie) et de deux sous-entités (Bruxelles et la partie germanophone Ostbelgien). Les Bruxellois et les germanophones se retrouveraient sous la coupe des Flamands et des Wallons alors que, aujourd’hui, le pays est divisé en trois Régions et trois Communautés.

Une majorité francophone

Cette proposition a immédiatement déclenché un tollé côté francophone. Mais Annelies Verlinden tient bon. Elle compare la structure de l’État belge à «une maison dont vous vous demandez si vous devriez la réparer ou simplement la démolir. Pour moi, il n’y a qu’une seule réponse: nous devons construire». Elle dit vouloir rechercher un consensus «sans tabous». La ministre espère voir cette énième réforme de l’Etat achevée pour le 200ème anniversaire de la Belgique en 2030.

Les défenseurs de l’autonomie bruxelloise avancent qu’en acquérant un pouvoir élargi sur l’actuelle Région de Bruxelles-Capitale, la Flandre pourra modeler la ville à sa guise, que ce soit au niveau politique, social ou économique. Elle renforcera ainsi sa position dans l’Etat belge, mais aussi à l’international. Elle pourra contrôler la démographie de la capitale, avec la possibilité de «flamandiser» Bruxelles où les francophones sont présents en très large majorité. 

Pour l’heure, les francophones ne veulent rien entendre. «Bruxelles est une Région à part entière avec une identité multiple qui mérite d’être respectée», a tweeté l’Ecolo Rajae Maouane. Le vice-Premier ministre PS Pierre-Yves Dermagne évoque un «faux départ» dans le travail institutionnel dont est en charge la ministre Verlinden.

Sous le gouvernement Michel, la hache de guerre communautaire avait été enterrée avec l’accord des nationalistes flamands de Bart De Wever, en échange de leur première accession au pouvoir fédéral. Quant au gouvernement De Croo, il se concentre pour l’instant sur le covid et ses conséquences.

Une quatrième entité régionale

Toutefois, si le débat institutionnel devait prendre le pas, un camp pourrait sortir gagnant de ce tumulte : la communauté germanophone. Selon le ministre wallon Jean-Luc Crucke, la sortie de la ministre Verlinden a l’avantage «de faire l'unanimité entre Wallons et Bruxellois pour dire que les germanophones doivent pouvoir devenir une Région». L’avènement de cette quatrième entité régionale - à égalité donc avec Bruxelles, la Flandre et la Wallonie - donnerait davantage d’autonomie aux 70.000 germanophones de l’est du pays tout en redistribuant les cartes politiques et institutionnelles au plan national.

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