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La fin du nucléaire belge plus que jamais hypothétique
International 3 min. 09.03.2022
Energie

La fin du nucléaire belge plus que jamais hypothétique

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La fin du nucléaire belge plus que jamais hypothétique

Photo : Marc Wilwert
International 3 min. 09.03.2022
Energie

La fin du nucléaire belge plus que jamais hypothétique

Max HELLEFF
Max HELLEFF
La guerre russo-ukrainienne et la flambée du prix des énergies conduisent les écologistes à revoir leurs positions.

De notre correspondant MAX HELLEFF (Bruxelles)- Le suspense qui entoure la fermeture des centrales nucléaires s'est partiellement éteint avec une sortie dans la presse très remarquée de l'écologiste Jean-Marc Nollet. «Le monde a changé», a expliqué au Soir le coprésident d'Ecolo, avant d'admettre à demi-mots que la prolongation de l'activité de certaines centrales au-delà de 2025 n'était plus un tabou pour son parti.


(FILES) In this file photo taken on August 19, 2010 a cyclist passes a nuclear power plant on the banks of the river Weser in Grohnde, northern Germany. - Germany will shut down three nuclear power plants - Brokdorf, Grohnde and Gundremmingen - amid one of the worst European energy crises in history on December 31, 2021. (Photo by PETER STEFFEN / DPA / AFP)
L'option nucléaire reprend vie en Belgique
Plusieurs partis gouvernementaux flamands s'affichent désormais en faveur d'une prolongation partielle des centrales.

A entendre Jean-Marc Nollet,  «la sortie du nucléaire n'a jamais été un but en soi (pour Ecolo). Le but, c'est le 100 % de renouvelable au niveau européen, seul chemin pour nous rendre indépendants en termes de source d'énergie et maîtriser l'évolution des prix. On sait qu'il faut vingt à trente ans pour arriver à 100 % de renouvelable. La question est donc de savoir quel est le chemin le plus efficace, le moins cher et le plus rapide pour arriver au but. »

Réévaluer la situation avec la guerre en Ukraine

Mais la Belgique – qui produit quelque 19% de son électricité à base de renouvelable – est loin du compte.  Pour surmonter cette difficulté, le gouvernement De Croo a prévu deux scénarios. Soit le plan A :  la construction de deux ou trois centrales au gaz naturel, puis au gaz vert. Soit le plan B : la prolongation de dix ans des deux réacteurs nucléaires les plus récents. «La Vivaldi (le gouvernement De Croo) a choisi le plan A, à deux conditions : sécurité d'approvisionnement garantie et prix maîtrisé. Si ces deux conditions ne sont pas remplies, c'est le plan B», rappelle Jean-Marc Nollet.

Or, depuis le 24 février et l'invasion de l'Ukraine par la Russie, ces conditions sont impossibles à satisfaire. Dès lors, «il faut réévaluer la situation à la lumière de ce qui se déroule en Ukraine», affirme Jean-Marc Nollet qui dit refuser « tout ce qui n'accélère pas la transition, ne renforce pas notre indépendance énergétique et ne permet pas une meilleure maîtrise des coûts. Aux nouvelles études initiées par la ministre de l'Energie de nous éclairer». Et «au gouvernement de décider ensuite quelle est l'option qui va le plus vite accélérer la transition énergétique et nous permettre d'atteindre 100 % d'énergie renouvelable.»


Villagers are dwarfed by giant windmills built by the Danish Development Agency, DANIDA, along the shores of Bangui, Ilocos Norte province in northern Philippines Wednesday Nov. 8, 2006. The sixteen giant "Bangui Windmills" built last year, are capable of generating 54 Megawatts of electricity and are the first such alternative source of energy in Southeast Asia. (AP Photo)
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Une telle déclaration apporte du bois de rallonge au gouvernement De Croo qui n'en finit plus de reporter le moment fatidique où il devra décider s'il abandonne totalement le nucléaire comme une loi de 2003 lui commande. Ou partiellement seulement, en maintenant en activité les deux réacteurs les plus performants au-delà de 2025.

Une nouvelle crise politique en perspective

Ces dernières semaines, la droite flamande s'est ralliée au libéral francophone Georges-Louis Bouchez, lequel est ouvertement en faveur d'une prolongation. Le Premier ministre Alexander De Croo s'est retrouvé menacé d'une nouvelle crise au sein de sa coalition.

Lundi toutefois, la ministre de l'Energie Tinne Van der Straten (Groen, parti écologiste flamand) a conforté la position de son partenaire francophone Ecolo en affirmant que la Belgique doit prendre en main son approvisionnement et accélérer sa transition vers les énergies renouvelables. «C'est justement parce que nous sommes dépendants des énergies fossiles que nous devons payer autant»,  a-t-elle déclaré.

Officiellement, la fermeture totale du nucléaire en 2025 reste pourtant une piste pour les Verts du nord et du sud du pays. Ils invitent les autres partis «à se prononcer également sans tabou». Autant dire que ces derniers sont invités à donner une monnaie d'échange aux écologistes pour qu'ils ne sortent pas perdants d'une longue croisade antinucléaire que la guerre russo-ukrainienne a torpillée.

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