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La fin des alchimistes
International 3 min. 11.07.2019

La fin des alchimistes

La fin des alchimistes

Photo: Getty Images
International 3 min. 11.07.2019

La fin des alchimistes

Gaston CARRE
Gaston CARRE
La France décide le déremboursement des produits homéopathiques. Une pilule amère pour l'industrie pharmaceutique.

Le système de santé luxembourgeois rembourse la consommation de produits homéopathiques, ces petits granules opérant, ou n'opérant pas, dans la zone grise qui se déploie entre action objective et effet placebo. La France, patrie des Lumières et de la Raison, privilégie la neurochimie sur la psychologie, et décide de ne plus rembourser cette forme de thérapie.

Les études sur l'homéopathie sont nombreuses, mais n'ont jamais pu mettre fin au débat qui oppose ses défenseurs et ses détracteurs. Ses défenseurs, médecins et usagers, se réclament d'une position de principe et d'une conviction quant à l'efficacité – ils sont partisans du principe de «médecine douce» et sont convaincus du mécanisme des doses infinitésimales, l'homéopathie reposant sur l'extrême dilution des substances utilisées.

Absence d'efficacité

Ses détracteurs par contre affirment qu'il n'existe aucune preuve irréfutable de l'action escomptée, les plus virulents des critiques parlant même d'une pratique «ésotérique».

En France cependant, un avis de la Haute autorité de santé (HAS), qui conclut à l'absence d'efficacité avérée de ces produits pharmaceutiques, a fini par s'imposer aux pouvoirs publics, qui viennent de décider que l'homéopathie ne sera plus remboursée par la sécurité sociale d'ici un an et demi

Dès le 1er janvier, les petites granules aujourd'hui remboursées à 30% ne le seront plus qu'à 15%, puis ce taux tombera à zéro en 2021. «On ne peut demander à l'ensemble du système de financer ce qui est de l'ordre d'une pratique magique» affirme un expert.

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, présente cette période de transition comme un temps d'«action pédagogique », au cours duquel médecins et autorités s'emploieront à dissuader les usagers. Il s'agit aussi, de fait, de donner aux industriels du secteur le temps de se réorganiser. L'an dernier, l'homéopathie a représenté 126,8 millions d'euros sur environ 20 milliards pour l'ensemble des médicaments remboursés, selon l'Assurance maladie.

«Un massacre»

Les laboratoires assurent qu'un déremboursement menacerait 1.300 emplois (1.000 chez le français Boiron, 300 chez le français Lehning et le suisse Weleda).

Le leader mondial de l'homéopathie, qui a son siège dans la région de Lyon, a demandé à être reçu «en urgence» par le président de la République, affirmant qu'il ferait «tout pour combattre» une décision «qui va à l'encontre d'une pratique éminemment populaire». Valérie Lorentz-Poinsot, directrice générale de Boiron, a déploré «un massacre».

La ministre de la Santé signale qu'un déremboursement n'empêchera pas les médecins de continuer à prescrire l'homéopathie, ni les Français d'en acheter. Agnès Buzyn, amenée à porter plusieurs dossiers cruciaux politiquement dans les prochaines semaines (bioéthique, réforme des retraites...), avait mis sa démission dans la balance, selon plusieurs médias. La ministre, médecin hématologue de formation, aurait fait valoir auprès de l'Élysée qu'il y allait de sa «crédibilité scientifique»

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