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La fin de l'état de tolérance
International 3 min. 22.03.2018 Cet article est archivé

La fin de l'état de tolérance

La grande mosquée de Bruxelles.

La fin de l'état de tolérance

La grande mosquée de Bruxelles.
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La fin de l'état de tolérance

Le gouvernement fédéral de Charles Michel vient de rompre la convention conclue en 1969 avec la Ligue islamique mondiale, convention qui organisait la concession à l'Arabie saoudite de la Grande Mosquée de Bruxelles.

Par Max Helleff

Par le passé, la Mosquée du Cinquantenaire a souvent été pointée du doigt pour ses liens avec l’Arabie saoudite. Elle constituait, disait-on, le principal foyer de propagation du wahhabisme en Belgique. Mais la tolérance qui lui a été accordée pendant près de cinquante ans est morte avec les attentats de Paris et de Bruxelles. 

Après bien des atermoiements, le gouvernement fédéral a rompu la convention conclue en 1969 avec la Ligue islamique mondiale, convention qui organisait la concession à l'Arabie saoudite de la

Grande Mosquée de Bruxelles. Il a ainsi suivi la commission parlementaire d'enquête sur les attentats terroristes qui recommandait de mettre fin à l'immixtion d'Etats étrangers dans l'islam prêché en Belgique.

 Un islam «salafo-wahhabite»  

En réalité, cette commission d'enquête n’avait pas été mise en possession d’indices de discours tenus dans la Grande Mosquée et incitant directement à la violence. Mais elle avait constaté que l'islam prêché dans ces lieux pouvait être considéré comme «salafo-wahhabite, et ce malgré les circonvolutions langagières» de ses représentants. Elle pressentait un rôle «très significatif» de la

Grande Mosquée dans le radicalisme. Il n’est pas question d’ôter des mains de la communauté musulmane cette mosquée sise dans le parc bruxellois du Cinquantenaire, non loin du rond-point Schuman et des institutions européennes. Mais son avenir reste flou.

Au cours de l’année à venir, une nouvelle structure sera mise en place. Elle associera l'exécutif des musulmans de Belgique (le relais entre le culte et l’Etat) et une communauté locale qui doit encore se constituer. Cette structure devra gérer les lieux en attendant que des tâches plus précises lui soient assignées.

Former les imams en Belgique?

Parmi celles-ci, la formation des imams est évoquée. Aujourd’hui, les imams prêchant en Belgique sont issus pour la plupart du monde arabe et sont porteurs de préceptes qui «collent» parfois mal avec le mode de vie et de pensée occidental.

Les autorités souhaiteraient que les servants du culte musulman soient désormais formés en Belgique. Mais quel islam leur enseigner? Et comment ne pas être suspectes de vouloir imposer à la communauté musulmane une religion faite sur mesure par l’Etat? Ces questions taraudent les différents ministères et associations en charge du dossier. D’où l’idée qu’il incombera aux musulmans eux-mêmes d'élaborer des programmes ad hoc.

Dans le même esprit, la Grande Mosquée devra établir une «relation durable» avec les autorités belges, «tout en respectant les lois et les traditions de notre pays qui véhiculent une vision tolérante de l'islam», précise un communiqué du ministre de la Justice, le chrétien-démocrate flamand Koen Geens. A ce titre, la mosquée devra introduire un dossier de reconnaissance officielle – qui lui imposera de passer sous les fourches caudines de l’Etat belge.

Ces décisions ont le mérite d’envoyer un signal clair à la population à l’heure du second anniversaire des attentats de Bruxelles, commis le 22 mars 2016.

Officiellement, Riyad se montrerait très «compréhensive» avec la décision belge de reprendre les clés de la Grande Mosquée. Des contacts diplomatiques nécessaires ont été pris avec l'Arabie saoudite, a assuré le Premier ministre Charles Michel, en prenant des pincettes. On sait que les Saoudiens comptent parmi les principaux clients de l’industrie belge de l’armement, essentiellement du côté wallon. 


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