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La contestation secoue le gouvernement De Croo
International 3 min. 23.11.2021
En Belgique

La contestation secoue le gouvernement De Croo

35.000 manifestants sont descendus dans la rue à Bruxelles dimanche. La police a procédé à une quarantaine d'arrestations.
En Belgique

La contestation secoue le gouvernement De Croo

35.000 manifestants sont descendus dans la rue à Bruxelles dimanche. La police a procédé à une quarantaine d'arrestations.
Photo : AFP
International 3 min. 23.11.2021
En Belgique

La contestation secoue le gouvernement De Croo

Max HELLEFF
Max HELLEFF
La manifestation de dimanche perturbe une politique jusque-là bâtie sur l’équilibre entre nécessités sanitaires et intérêts économiques.

De notre correspondant MAX HELLEFF (Bruxelles) - Comme un coup de poing. La plupart des médias belges ont été surpris, sinon sonnés par l’ampleur de la manifestation qui a réuni 35.000 personnes contre les mesures anti-covid, dimanche à Bruxelles. Lundi soir, les JT reprenaient en boucle les images de casseurs transformant le mouvement en une bataille rangée avec la police. Les motivations des milliers de citoyens lambda qui ont manifesté pacifiquement pour demander un retour aux libertés individuelles n’ont été évoquées que de loin en loin.


Protesters set up fire in the street during a demonstration against Belgium government's measures to curb the spread of the Covid-19 and mandatory vaccination in Brussels on November 21, 2021. (Photo by HATIM KAGHAT / BELGA / AFP)
La grogne contre les mesures covid gagne l'Europe
Depuis minuit, l'Autriche est officiellement confinée, une mesure radicale qui a réveillé la colère ce week-end dans le pays alpin, tout comme en Belgique ou aux Pays-Bas où le retour des restrictions anti-covid a provoqué des heurts.

Les protestataires ont pourtant marqué des points. Les précédentes manifestations dénonçant la politique sanitaire du gouvernement De Croo n’avaient guère rameuté que quelques centaines de personnes. En réunissant 35.000 manifestants venus de tous horizons – de l’anarchiste à l’extrémiste de droite en passant par M. Tout-le-Monde – les organisateurs de la marche ont forcé le monde politique à un moment d’introspection.

 «La semaine dernière, personne ne parlait de cette manifestation et, même si certains vous diront le contraire, personne n’en avait prévu l’ampleur», commente ainsi une source gouvernementale dans les colonnes du Soir. «Avec le recul, on aurait peut-être dû adapter ou adoucir un peu notre communication.»

Gare à la ''giletjaunisation''

Ce regret renvoie aux mesures prises mercredi dernier par le Comité de concertation qui a remis les gestes barrières à l’ordre du jour et renforcé le rôle du covid safe ticket (pass sanitaire). Mais aussi à la décision gouvernementale de suspendre les soignants qui refuseront d’ici le 1er avril 2022 la vaccination.

Lundi, la fronde du personnel soignant a gagné plusieurs hôpitaux. Une infirmière non vaccinée de Libramont a confié à la chaîne publique RTBF sa frustration d’avoir travaillé en soins intensifs pendant de longues années pour se retrouver aujourd'hui menacée du chômage.


A medical staff works on an intensive care unit (ICU) at a hospital of the Salzburg state clinics in Salzburg, Austria, on November 17, 2021, during the ongoing coronavirus (Covid-19) pandemic. - On November 15, Austria became the first EU country to lockdown the unvaccinated in a bid to halt spiralling virus infection rates of around 12,000 per day in the country of 8.9 million. (Photo by BARBARA GINDL / APA / AFP) / Austria OUT
Moins de sévérité contre les soignants non vaccinés
Le gouvernement du Premier ministre Alexander De Croo a dû plier face aux exigences des socialistes et des syndicats.

Pour l’heure, le gouvernement maintient le cap. Il estime que «le mouvement (qui a déferlé dimanche dans les rues de Bruxelles) n’est pas représentatif de la population moyenne». Le Premier ministre Alexander De Croo condamne les débordements tout en disant comprendre «la déception chez beaucoup de gens» face au vaccin et en mettant en garde contre la désinformation.

Toutefois, chez ses alliés socialistes, on évite de minimiser la manifestation. «Nous aurions tort d’estimer que c’était là un défilé de fous furieux », a confié un rouge. Les socialistes craignent d'assister à la ''giletjaunisation'' du mouvement.

Les lignes ont donc bougé. Les négociations qui ont abouti aux dernières mesures anti-covid s’étaient limitées à respecter l’équilibre entre nécessités sanitaires et intérêts économiques.

D'un côté, le ministre fédéral de la Santé, le socialiste flamand Frank Vandenbroucke, flanqué d’experts intransigeants. De l’autre, le ministre fédéral des Indépendants et des PME, le libéral francophone David Clarinval. Mercredi dernier, au terme du Comité de concertation, ce dernier se montrait satisfait d’avoir évité les fermetures de secteurs «parce que c’est la hantise des entreprises, des commerçants, des indépendants». 

Quant à Frank Vandenbroucke, il cachait mal son amertume : «Je ne sais pas si ces mesures seront suffisantes. Il faut maximaliser la chance de réussir et minimaliser le risque de lockdown». Le socialiste demandait davantage de répression.

Désormais, les autorités devront prendre aussi en considération la grogne qui va crescendo. Pour l’instant, elles parlent surtout de répression.

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