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La bonne santé de l’armement wallon
 Action de protestation contre la subvention de l'UE du commerce de l'armement devant le siège de la 
Commission européenne.

La bonne santé de l’armement wallon

Photo: Shutterstock
Action de protestation contre la subvention de l'UE du commerce de l'armement devant le siège de la 
Commission européenne.
International 3 min. 11.07.2018

La bonne santé de l’armement wallon

2017 a été une bonne année pour l’industrie wallonne de l’armement. Une industrie qui brasse large puisqu’elle fabrique tout aussi bien des armes de guerre, de chasse ou de collection. L’Arabie saoudite reste un très bon client de la Région.

L’an dernier, 1.313 licences d’exportation vers 69 pays ont été octroyées par la Région wallonne. C’est un peu moins qu’en 2016 (1.438) et 2015 (1.369) mais plus qu’en 2014 (1.251). Ces chiffres démontrent qu’en dépit des polémiques et des promesses faites au nom de l’éthique, le secteur continue de connaître une certaine… vitalité.

En 2017, le montant total des licences atteignait 620 millions d’euros. C’est mieux qu’en 2016, mais beaucoup moins bien qu’en 2015 (915 millions d’euros) et surtout qu’en 2014 (4,3 milliards d’euros). Cette année-là, un méga-contrat de 3,2 milliards d’euros avait été signé pour une durée de 15 ans par l’entreprise sérésienne CMI avec General Dynamics, une société canadienne. Dans toutes les statistiques officielles wallonnes, ce contrat avait été repris comme une livraison au Canada. En réalité, les tourelle-canons produites par CMI ne faisaient que transiter par ce pays pour être assemblées sur des véhicules légers blindés destinés à l’Arabie saoudite.

En 2017, comme au cours des années précédentes, l’Arabie saoudite et ses voisins ont constitué de très bons clients de l’industrie wallonne de l’armement. Peu de licences leur ont été accordées, relativement parlant.

Mais celles qui l’ont été ont conduit à une importante production d’armes. L’Arabie saoudite est largement en tête (8 licences, 152 millions d’euros soit un quart du montant total des exportations), devant le Pakistan (4 licences, 11,9 millions), Oman (14 licences, 5 millions) et le Koweït (4 licences, 3 millions).

Les Saoudiens ont essentiellement acheté aux Wallons de l’artillerie (73 millions) et des munitions. Les véhicules blindés et tanks (15 millions) et le blindage (3,3 millions) composent pour l’essentiel le reste du carnet de commande.

Un secteur pourvoyeur d'emplois

Comme à chaque fois qu’il s’agit d’exportations d'armes, on frôle la schizophrénie. Ces ventes traduisent la bonne santé d’un secteur wallon pourvoyeur d’emplois. Entre 13.000 et 15.000 jobs directs sont fournis par la célèbre FN d’Herstal, CMI ou encore Mecar. Même modeste si on la compare à la France ou à l’Allemagne, la Belgique (y compris donc la Flandre) occupe en 2017 la22e place du classement mondial des exportations d’armes.

Mais ce marché ne fleurit bien sûr qu’au prix du sang versé et de l’appui indirect apporté à des régimes où les droits humains sont partiellement ou complètement bafoués.

L’Arabie saoudite a beau être l’alliée de l’ami américain, elle n’en est pas moins investie dans la sale guerre du Yémen.

Durant l’été 2017, les socialistes ont été boutés hors du gouvernement wallon. Aujourd’hui, le ministre-président et libéral Willy Borsus veut être plus éthique: «En octobre 2017, nous avons invité publiquement les entreprises wallonnes productrices d’armement à élaborer et à mettre en œuvre concrètement un plan de diversification de leur clientèle et de leurs marchés à échéance de 5 ans maximum.» A l’entendre, l’octroi de licences globales s’est fait plus sévère, notamment envers l’Arabie saoudite.

Le 30 juin dernier toutefois, Amnesty International s’est réjouie d’une décision du Conseil d'Etat suspendant plusieurs licences d'exportation d'armes vers l'Arabie saoudite accordées par laRégion wallonne en 2017. Comprenez: si la Wallonie se veut plus regardante, elle n’en fait pas encore assez. Quatre recours avaient été déposés par la Ligue des droits de l'homme et laCoordination nationale d'action pour la paix et la démocratie en ce qui concerne du matériel militaire produit ou exporté par la FN Herstal.

Il faut noter toutefois que l’Europe reste le premier client de la Wallonie (713 demandes de licences d’exportation, soit 174 millions d’euros). La France, le Royaume-Uni, l’Italie et le Danemark forment le peloton de tête de ses acheteurs européens.

Par Max Helleff

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