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La Belgique se prépare à vivre longtemps avec le virus
International 4 min. 21.08.2020 Cet article est archivé

La Belgique se prépare à vivre longtemps avec le virus

Les sorties au musée ou au théâtre, qui font partie intégrante du programme scolaire, viennent d’être interdites par la ministre francophone de l’Education.

La Belgique se prépare à vivre longtemps avec le virus

Les sorties au musée ou au théâtre, qui font partie intégrante du programme scolaire, viennent d’être interdites par la ministre francophone de l’Education.
Photo: AFP
International 4 min. 21.08.2020 Cet article est archivé

La Belgique se prépare à vivre longtemps avec le virus

Le Conseil national de sécurité a mandaté des experts pour réfléchir à une nouvelle manière de vivre en société sous la menace du covid-19.

De notre correspondant Max Helleff (Bruxelles) -  Un nouveau Conseil national de sécurité (CNS) voué à la lutte contre le coronavirus s’est tenu jeudi à Bruxelles, mettant en présence experts de la santé et responsables politiques. Concrètement, peu de choses en sont sorties. La «bulle de contacts rapprochés» reste fixée aux cinq mêmes personnes par ménage, jusque fin septembre. 

Il est toutefois possible de faire du sport ou de se balader entre amis tant que le groupe ne dépasse pas dix personnes (hors la bulle familiale). Les commerçants ont quant à eux emporté une petite victoire en ces temps de soldes catastrophiques: les clients pourront désormais se présenter par deux dans leurs magasins. Ils ne devront plus faire leurs courses en 30 minutes.

Autant dire que le CNS n’a cédé sur rien, ou en tout cas pas grand-chose. Au contraire, à suivre la Première ministre Sophie Wilmès, il s’apprête à «réinventer de manière pérenne notre façon de vivre nos contacts sociaux». Des experts vont réfléchir à une «solution durable» pour redessiner les contours de la vie en communauté par temps de coronavirus.

Un tel message confirme que le pays n’en a pas fini avec le covid-19, alors que la rentrée des classes approche. Une stagnation est pourtant constatée: les contaminations sont à la baisse (15% en moins par rapport à la semaine précédente) mais le nombre de décès augmente (10 morts par jour).

Reste à savoir comment les autorités vont s’y prendre pour appréhender le ras-le-bol qui va grandissant dans la population. Un assouplissement de la «bulle des cinq» était particulièrement attendu par les Belges ce jeudi. Elle a au contraire été prolongée d’un mois. Décidée le 27 juillet dernier, l’obligation imposée à un foyer de ne pas fréquenter plus de cinq personnes est particulièrement impopulaire. Elle est surcroît jugée démesurée par certains scientifiques en regard du risque épidémique.

 Les sorties aux musées interdites aux élèves

Une autre mesure a beaucoup fait parler d’elle ces derniers jours: les sorties extramuros (musées, théâtres, etc.) qui font partie intégrante du programme scolaire viennent d’être interdites par la ministre francophone de l’Education, la socialiste Caroline Désir. L’objectif est bien sûr de lutter ainsi contre la propagation du virus. Mais l’argument ne calme pas le monde culturel qui comptait sur les activités scolaires pour se «refaire».


This general view shows the entrance to the Covid-19 triage centre 'Antwerpen Noord' at AZ Palfijn hopsital, in Merksem, Antwerp on July 30 2020. - The Covid-19 contamination numbers are on the rise, especially in the Antwerp city centre. The National Security Council has announced more strict coronavirus measures, that went into effect July 29, in an attempt to try and keep the contamination level as low as possible. The country with the highest number of deaths compared to its population is Belgium with 85 fatalities per 100,000 inhabitants (Photo by JONAS ROOSENS / Belga / AFP) / Belgium OUT
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Le doute gagne également les milieux politiques et les intellectuels. Il porte le plus souvent sur la délicate proportionnalité entre la nécessité de combattre l’épidémie et le risque d’écraser les libertés individuelles. L’écologiste Georges Gilkinet estime par exemple que «l’enjeu de la rentrée, c’est de trouver le bon équilibre entre les mesures de protection et la capacité de notre société à ré-irriguer la vie sociale, culturelle, sportive, scolaire. Il faut attendre la rentrée pour voir si nous ne sommes pas allés trop loin». 

Ras-le-bol généralisé

Pour le philosophe Edouard Delruelle,  «les choses qui ont été les plus inquiétantes en termes de libertés depuis quatre ou cinq mois, c’est ce qui s’est passé à la côte il y a une quinzaine de jours, c’est-à-dire des gestions extrêmement autoritaires de certaines populations, avec des techniques de quasi-ségrégation, visant à séparer des populations selon leur origine et leur prétendue dangerosité».

Pour rappel, le 7 août, une bagarre avait éclaté à Blankenberge sur fond de confinement entre policiers et jeunes Bruxellois «allochtones», conduisant à l’arrestation de plusieurs d’entre eux.

Côté chiffres enfin, il faut se référer à une enquête d’opinion réalisée par l’université de Gand pour jauger l’indifférence, sinon le ras-le-bol ambiant. Selon ce «baromètre», le port du masque et la restriction des contacts sociaux figurent parmi les recommandations les moins suivies chez les Belges. 

Là où 81%  déclaraient adhérer aux mesures sanitaires pendant le confinement, ils ne seraient que quelque 35% aujourd'hui. «Une chute vertigineuse que les psychologues n’attribuent pas seulement à la durée de la crise, mais aussi à l’absence de sens perçue par les citoyens…», conclut Le Soir.

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