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La Belgique s'offre une île énergétique en mer du Nord
International 4 min. 16.09.2021
Environnement

La Belgique s'offre une île énergétique en mer du Nord

Belgique et Danemark sont les premiers pays européens à investir autant dans l'éolien off-shore.
Environnement

La Belgique s'offre une île énergétique en mer du Nord

Belgique et Danemark sont les premiers pays européens à investir autant dans l'éolien off-shore.
Photo : Reuters
International 4 min. 16.09.2021
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La Belgique s'offre une île énergétique en mer du Nord

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Annoncé pour 2026, ce «hub» doit permettre de faciliter l’approvisionnement du pays en électricité offshore. Et le Luxembourg montre aussi de l'intérêt à cette initiative.

De notre correspondant MAX HELLEFF (Bruxelles) - «On va construire en mer du Nord une île énergétique multifonctionnelle qui va interconnecter nos éoliennes. Elle permettra aussi le stockage et la production d’hydrogène vert. Et on sera le premier pays qui aura une telle île énergétique en mer du Nord », déclarait au printemps dernier la ministre de l’Energie, Tinne Van der Straeten (Groen). Précision: le projet était déjà cité en... 2013.


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Le financement européen de ce «hub énergétique» s’élèvera à 100 millions d’euros. Il fera la connexion entre les éoliennes offshore et la terre ferme, tout en facilitant l’interconnexion avec les autres pays. Il devrait être en ordre de marche pour août 2026 et contribuera à doubler la capacité de production des éoliennes offshore belges.

Ce hub belge devancerait ainsi le Danemark qui veut construire une telle île en 2030-32, pour alimenter 10 millions de ménages. Projet danois suivi et financé (en partie) par le Luxembourg; tout comme le Grand-Duché s'intéresse à l'île belge. Le ministre de l'Energie, Claude Turmes, l'a encore fait savoir à l'occasion de la dernière Gaichel.

Un mix énergétique qui change

Selon la ministre Van der Straeten, la Belgique produit actuellement «2,2 MW en offshore». «Cela alimente 2,2 millions de ménages et fournit aujourd’hui 10% de la demande en énergie. On va au moins doubler cela avec cette île », a-t-elle déclaré à la Dernière Heure. Cette annonce cadre avec le projet européen de faire de l’hydrogène vert un acteur majeur du passage vers la neutralité carbone en 2050. 

Présenté le 9 août dernier, le sixième rapport du Giec a rappelé la nécessité d’en finir avec les émissions de gaz à effet de serre (CO2, méthane…) afin de freiner le réchauffement climatique. La construction d’une île énergétique est donc censée aider la Belgique à refaire une partie de son retard en matière d’énergies renouvelables. En 2020, la production des énergies éolienne et solaire s’élevait à 19% de son mix énergétique, alors qu’elle était de 14 % en 2019. Le développement des éoliennes offshore portait essentiellement cette croissance.

La tendance est donc bonne, mais reste insuffisante pour garantir au pays son approvisionnement en électricité alors que la fin de l'atome reste annoncée pour 2025. Or l’électricité nucléaire compte presque pour moitié dans le «mix» énergétique belge actuel. Dès lors, comment faire pour approvisionner le pays lorsque les réacteurs s’éteindront ?

A la fin août, la Commission européenne a approuvé le Mécanisme de rémunération de capacité – CRM en abrégé – qui doit permettre à la Belgique de se donner, via un système d’enchères, des «capacités» de production d'énergie (non nucléaire) pour les années qui suivront la fermeture des centrales. La sécurité d’approvisionnement du pays serait ainsi garantie, dans le respect des règles européennes de concurrence.

C’est la décision qu’attendaient les partisans des centrales au gaz, une des alternatives les plus citées aux centrales nucléaires. Mais une alternative extrêmement polluante en termes de CO2, et qui alimente surtout pour l’instant le débat. Fermer le nucléaire pour doper davantage l’effet de serre, est-ce vraiment une bonne idée ?


Lokales,Klimaschutzdemonstration,United for Climate Justice.LGL-Place Clairefontaine.Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort
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Prochainement, le gouvernement De Croo devrait se prononcer sur ce changement de cap et donner (ou non) aux acteurs industriels le feu vert qu’ils attendent pour s’engager dans cette voie.

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