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La Belgique s'échauffe autour de l'indexation salariale
International 4 min. 09.06.2022
Politique

La Belgique s'échauffe autour de l'indexation salariale

Le libéral francophone Georges-Louis Bouchez a récemment indiqué à la presse qu'il n'était pas question de toucher à l'indexation automatique des salaires.
Politique

La Belgique s'échauffe autour de l'indexation salariale

Le libéral francophone Georges-Louis Bouchez a récemment indiqué à la presse qu'il n'était pas question de toucher à l'indexation automatique des salaires.
Photo: AFP
International 4 min. 09.06.2022
Politique

La Belgique s'échauffe autour de l'indexation salariale

Index, plein-emploi et compétitivité agitent les cerveaux à deux semaines de la «grande manifestation nationale».

De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) - La Belgique, comme le Luxembourg, applique l'indexation des salaires en fonction du coût de la vie. Ce mécanisme fait ici figure de véritable vache sacrée auprès des syndicats et des partis de gauche. Il est donc fatalement remis en question par la droite chaque fois que la compétitivité des entreprises est en danger face à la concurrence étrangère. Les salaires des fonctionnaires auront en outre été indexés quatre fois en un an. L'inflation galopante ne devrait rien arranger. Certains s'en émeuvent.


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Le libéral francophone Georges-Louis Bouchez a récemment fait une sortie dans la presse qui n'est pas passée inaperçue. «Il n'est pas question, a confié le président du Mouvement réformateur au Soir, de toucher à l'indexation automatique des salaires et à la loi de 1996», laquelle définit la méthode du calcul de la marge salariale sur base d'une comparaison entre la Belgique et les pays voisins. Bouchez entend ainsi soutenir le pouvoir d'achat des travailleurs sans mettre en danger la compétitivité des entreprises en reprenant à… l'État une partie des taxes et des cotisations sociales générées par l'indexation automatique des salaires.

 «L'inflation à 8% représente 20 milliards de dépenses pour les entreprises dans les deux prochaines années», explique le libéral. «Dont un peu plus de 5 milliards en cotisations sociales. Et 7 milliards retourneront dans les caisses de l’Etat via la fiscalité.» Georges-Louis Bouchez propose dès lors d'utiliser une partie de cet argent pour aller vers «un index fiscalement renforcé et compétitif».  Pour y parvenir, la dernière indexation de l'année serait exonérée de cotisations sociales. Le montant dégagé permettrait tour à tour de soutenir le pouvoir d'achat des travailleurs et d'alléger la contribution des entreprises. Vingt millions d'euros iraient en outre dans la poche des bas salaires et des salaires médians. Le tout ne coûterait rien à l'État, car il s'agit de «non-recettes».

Vers les 80% d'emplois

Ce calcul en rencontre un autre: l'accord de gouvernement prévoit d'atteindre les 80% de taux d'emploi, ce qui implique de remettre 700.000 personnes au turbin. En Belgique, le bassin du non-emploi est composé de 315.000 chômeurs et de 500.000 personnes atteintes de maladies de longue durée.

Selon Georges-Louis Bouchez, atteindre les 80% d'emplois d’ici 2030 assurerait 40 milliards de recettes globales à l'État, dont 26 milliards de retours directs.


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D'où l'intention du Mouvement réformateur de pousser à l'adoption d'un «jobs deal» d'ici à l'été ou encore de lier la prochaine réforme des pensions à une refonte structurelle du marché du travail destinée à lutter contre la pénurie de certains métiers.

Parmi les mesures citées ici, on note que les chômeurs qui refuseraient deux emplois dans des secteurs en pénurie ou deux formations seraient sanctionnés via la dégressivité de leurs allocations. Quant aux malades de longue durée, ils seraient encouragés à revenir davantage vers le travail tout en gardant leurs aides jusqu'à un certain point. Le taux de maladie-invalidité en Belgique est de 6,4% (la moyenne européenne est de 4,3%). Le ministre fédéral de la Santé, le socialiste flamand Frank Vandenbroucke, planche précisément sur la question

L'accent mis sur l'emploi n'est pas sans rappeler le slogan «Jobs, jobs, jobs » qui a scandé la législature (2014-2018) menée par un autre libéral francophone: Charles Michel.


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Sur le bord d'en face, ces propos laissent plutôt froid. Le PS de Paul Magnette veut revoir la loi de 1996, afin d’augmenter la marge de manœuvre des négociations salariales. En 2017, toujours sous l'ex-gouvernement Michel, celle-ci a été corsetée, expliquent les socialistes. «Ce n'est pas dans l'accord de gouvernement, je le reconnais, mais cette loi sera débattue à partir du 29 juin en commission des Affaires sociales du Parlement fédéral suite à une pétition et le PS voulait apporter ses propositions», explique Paul Magnette. Les libéraux – qui font partie du même gouvernement – ne devraient guère apprécier.

Le PS souhaite en outre soutenir la classe moyenne en taxant notamment le capital (comptes-titres et grands patrimoines).

Index, plein-emploi, taxation des riches… Ces thèmes fleurissent alors qu'une  «grande manifestation nationale» est programmée le 20 juin par les syndicats dans les rues de Bruxelles, avec d'inévitables rebonds au sein de la coalition Vivaldi du Premier ministre Alexander De Croo. Les clivages droite-gauche qui se mettent en place sur le social et le pouvoir d'achat lui promettent des lendemains difficiles.

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