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La Belgique reste orpheline d'un «vrai» gouvernement
International 4 min. 26.05.2020

La Belgique reste orpheline d'un «vrai» gouvernement

La crise sanitaire a momentanément renforcé l'équipe en affaires courantes de la Première ministre Sophie Wilmès, bien qu'elle ne s'appuie que sur 38 députés sur 150 à la Chambre

La Belgique reste orpheline d'un «vrai» gouvernement

La crise sanitaire a momentanément renforcé l'équipe en affaires courantes de la Première ministre Sophie Wilmès, bien qu'elle ne s'appuie que sur 38 députés sur 150 à la Chambre
Photo: AFP
International 4 min. 26.05.2020

La Belgique reste orpheline d'un «vrai» gouvernement

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Le gouvernement fédéral «de plein droit» qui aurait dû sortir des urnes le 26 mai 2019 se fait toujours attendre.

De notre correspondant, Max Hellef (Bruxelles) - Ce mardi 26 mai, il y a tout juste un an que les Belges se sont rendus aux urnes pour des législatives qui, globalement, ont marqué le recul des grands partis traditionnels et consacré la montée en puissance des extrêmes.

Depuis, aucune coalition susceptible de mener à la formation d'un nouveau gouvernement fédéral n'a pu être scellée. Les tentatives menées par les différents partis se sont soldées par un échec. Au contraire, la crise sanitaire a momentanément renforcé l'équipe en affaires courantes de la Première ministre Sophie Wilmès, bien qu'elle ne s'appuie que sur 38 députés sur 150 à la Chambre. Le coronavirus a conduit la majorité des partis non gouvernementaux à faire bloc autour d'elle, au nom de l'intérêt supérieur du pays.

Les socialistes à la manœuvre

Ces derniers jours, les lignes ont toutefois bougé. L'accalmie que connaît la pandémie et le succès relatif des phases successives de déconfinement donnent aux partis l'opportunité de reprendre les discussions en vue de la formation d'un gouvernement. Bart De Wever, le leader du parti nationaliste flamand N-VA, y est allé de plusieurs appels du pied au cours des dernières semaines. Sur Radio 1, il a estimé son exclusion «impensable».

Ce sont pourtant les socialistes flamands et surtout francophones qui sont à la manœuvre. Conner Rousseau et Paul Magnette, leurs présidents respectifs, s'activent à rédiger en ce moment un rapport sur le récent tour de discussions qu'ils ont mené avec leurs homologues des autres partis. Un second round devrait suivre. Le texte ainsi rédigé pourrait servir de base de travail au prochain informateur nommé par le roi. On devrait y trouver une série de points sur lesquels il serait possible de trouver un accord et aller enfin vers un gouvernement «de plein droit».

La N-VA incontournable

On prend les mêmes et on recommence? Pas tout à fait. La crise sanitaire a conduit la Belgique au bord d'une crise économique et financière dont on connaît encore mal les contours. Son coût est évalué à 13 milliards d'euros pour l'instant. Plus d'un million de salariés sont allés gonfler les rangs du chômage temporaire, un nombre encore incalculable de faillites menaçant de laisser une partie d'entre eux sur le carreau.

C'est donc à un véritable renflouement du navire Belgique qu'aura à s'attaquer la nouvelle équipe gouvernementale. Le déficit public a doublé en deux mois. La dette du pays s'envole. Les rentrées fiscales sont moindres et ne pourront être augmentées outre mesure, au risque de pénaliser la consommation des particuliers et le redémarrage des entreprises.

Ce casse-tête pourrait bien contraindre les socialistes de Paul Magnette à admettre qu'il n'y aura pas de salut sans une participation de la N-VA de Bart De Wever au prochain gouvernement. Celle-ci est toujours la première formation politique du nord du pays, même si un récent sondage la classe désormais seconde derrière le Vlaams Belang (extrême droite). Sur la chaîne publique RTBF, le chrétien-démocrate flamand Koen Geens a insisté: «Le PS doit se faire une religion sur une possible coalition avec la N-VA. Après la crise corona, on ne peut plus se cacher derrière le contenu des programmes.»

Tensions entre libéraux et écolos

Il reste à voir si l'urgence socio-économique suffira à convaincre les partis qu'ils doivent enterrer la hache de guerre, comme a réussi à le faire momentanément la crise sanitaire. Hormis quelques anicroches, le gouvernement Wilmès a pu compter sur la confiance et les pouvoirs spéciaux qui lui ont été attribués pour faire face au covid-19. Le renouvellement de ces derniers pour trois mois sera discuté en juin.

D'ici là, on comptera les points. Côté positif, on note l'arrivée d'un nouveau président chez les libéraux flamands de l'Open-VLD en la personne d'Egbert Lachaert, un homme étiqueté à droite qui dit refuser de discuter avec le Vlaams Belang. Côté négatif, les relations entre les écologistes et les libéraux francophones se sont singulièrement tendues ces derniers jours. Les «bleus» ont torpillé la candidature de Zakia Khattabi, l'ancienne coprésidente d'Ecolo, à la Cour constitutionnelle. Depuis, les noms d'oiseaux entre les deux partis volent… Précision: au cours des dix dernières années, la Belgique a passé 1.206 jours en affaires courantes. Sans «vrai» gouvernement donc... Plus de trois années qui n'ont pas eu la peau du royaume…  

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