Changer d'édition

La Belgique reparle de l’allocation universelle
International 3 min. 16.02.2021

La Belgique reparle de l’allocation universelle

L’allocation universelle version libérale assurerait à chacun un montant fixe dès la naissance.

La Belgique reparle de l’allocation universelle

L’allocation universelle version libérale assurerait à chacun un montant fixe dès la naissance.
Photo: AFP
International 3 min. 16.02.2021

La Belgique reparle de l’allocation universelle

L’intérêt des libéraux belges pour un revenu de base généralisé esquisse à son tour le retour du social en politique.

De notre correspondant, Max Helleff (Bruxelles) - La crise du covid et les inquiétudes économiques et sociales qu’elle suscite ont réveillé en Belgique un vieux débat. Le Mouvement réformateur (MR, libéral francophone) de Georges-Louis Bouchez veut remettre au goût du jour l’allocation universelle, une idée ancienne volontiers controversée. Les uns y voient en effet un remède miracle contre tous les maux de notre temps, alors que les autres craignent la fin de la solidarité et le risque d’un individualisme forcené.

Richard Miller, qui fut ministre francophone de la Culture, a reçu pour mission d’explorer ce terrain piégeux. Il évoque des «poches de pauvreté dans la société»  qui touchent les artistes, les étudiants, les indépendants et certains travailleurs… «Ajoutez la digitalisation et la robotisation, la multiplication des emplois précaires, l’ubérisation… Il faut élaborer une réponse globale», dit-il au Soir.


Le plan de relance s’esquisse enfin en Belgique
Un accord est intervenu pour le partage de la manne européenne qui sera dédiée à des projets durables.

L’allocation universelle version libérale assurerait à chacun un montant fixe dès la naissance. Elle serait financée par différentes taxes. Elle se monterait à plusieurs centaines, voire à un millier d’euros pour acquérir «une taille critique». Disposer de cette somme permettrait de mieux harmoniser vie professionnelle et vie privée, de prendre certaines initiatives sans se retourner, à commencer par la création d’une entreprise. Du moins, c’est le MR qui le dit.

D’aucuns voient dans cet intérêt le retour du balancier de l’histoire. Après la redécouverte du libéralisme social dans les années 90 par Louis Michel, le Mouvement réformateur a rapidement retrouvé les rails de l’économie de marché. Devenu Premier ministre, Charles Michel, le fils de Louis, a fait de l’orthodoxie budgétaire un axe majeur de sa politique. Suivant l’exemple de ses prédécesseurs, il n’a eu de cesse de désinvestir dans les soins de santé, avec pour conséquence de laisser le pays confronté à un déficit de moyens lorsque les malades du covid ont afflué vers les hôpitaux au printemps dernier.


Belgium Prime Minister Alexander De Croo speaks during a plenary session of the Chamber at the Federal Parliament in Brussels on February 4, 2021. (Photo by VIRGINIE LEFOUR / BELGA / AFP) / Belgium OUT
La Belgique déconfine d’un cheveu
Les coiffeurs et le tourisme intérieur sont les bénéficiaires d’un léger assouplissement des mesures anti-covid dans le royaume.

Lorsqu’il était à la tête du parti libéral, le même Charles Michel avait déclaré que son parti était «ouvert aux principes d’une allocation universelle pour autant que cela s’accompagne d’une réforme globale du système d’imposition en Belgique». Mais ce thème était resté en rade. Son successeur Georges-Louis Bouchez l’a depuis remis à flot. En 2015, alors pratiquement inconnu, le jeune homme déclarait dans le journal d’une association d’aide aux démunis être «convaincu que le modèle fondé uniquement sur le travail (…) n’a plus beaucoup de sens vu l’évolution que connaît notre société. Je crois fondamentalement à l’idée d’allocation universelle…»

Certains intellectuels appuient eux aussi ce grand dessein social. Dans «Le revenu de base inconditionnel», les universitaires Philippe Van Parijs et Yannick Vanderborght défendent une idée «foncièrement émancipatrice», gage d’une liberté réelle pour tous. A les entendre, «le revenu de base ne se substitue ni à l’assurance ni à l’assistance. Il vise à moderniser notre protection sociale en palliant ses défauts». Pas plus tard que ce week-end, le versement d’une prime de 50 euros a entraîné des tensions entre allocataires sociaux.


Bart De Wever, mayor of Antwerp and President of Flemish right-wing party N-VA delivers a speech during an event held by Flanders' Chamber of Commerce and Industry at the Stadsschouwburg in Antwerp, Belgium, January 6, 2016.    REUTERS/Francois Lenoir
Les temps sont durs pour Bart De Wever
Le nationaliste flamand peine à occuper l’espace politique et médiatique, signe de l'apathie qui menace son parti.

La crise sanitaire va-t-elle rendre sa superbe à l’Etat social ? Plusieurs partis belges semblent le penser. La N-VA nationaliste flamande de Bart De Wever - qui avait jusqu’ici des accents ultralibéraux et identitaires - se rêve désormais en protectrice des petites gens. Mais elle n’a rien inventé : l’extrême droite flamande y avait pensé avant elle.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet