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La Belgique réduit sa stratégie de tests
International 3 min. 20.10.2020

La Belgique réduit sa stratégie de tests

«Pas de symptômes, pas de test», répètent à l’unisson politiques, médecins et laboratoires en Belgique.

La Belgique réduit sa stratégie de tests

«Pas de symptômes, pas de test», répètent à l’unisson politiques, médecins et laboratoires en Belgique.
Photo: AFP
International 3 min. 20.10.2020

La Belgique réduit sa stratégie de tests

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Seuls les cas symptomatiques seront désormais testés afin de désengorger les centres de dépistage et les laboratoires.

De notre correspondant, Max Helleff (Bruxelles) Perseverare diabolicum… La Belgique a-t-elle de nouveau commis une lourde erreur dans sa gestion de la pandémie. En cause: un manque de capacité de tests qui lui impose dès ce mardi de ne plus dépister que les cas symptomatiques. «Pas de symptômes, pas de test», répètent à l’unisson politiques, médecins et laboratoires.

De nombreux témoignages venus des centres de dépistage et de la médecine de première ligne dénoncent une saturation totale. Ce généraliste liégeois évoque parmi d’autres des journées entières passées à glisser les écouvillons des tests PCR au fond des narines afin d’y détecter le virus. Le covid étant désormais partout, certains patients se sont déjà fait tester plus de dix fois, contribuant à l'engorgement des laboratoires. 

De 24 à 48 heures, le délai d’obtention des résultats est parfois passé à 4 ou 5 jours, avec pour conséquence que la quarantaine est postposée et que le porteur du virus a tout loisir de continuer à contaminer son entourage. Certains labos ont donc décidé d’eux-mêmes de faire le tri entre les «vrais» malades et les autres.


(FILES) In this file photo taken on April 27, 2020 Medical workers tend to a patient infected with COVID-19 at the intensive care unit of the Lariboisiere Hospital of the AP-HP (Assistance Publique - Hopitaux de Paris) in Paris on April 27, 2020, on the 42nd day of a lockdown in France aimed at curbing the spread of the COVID-19 disease, caused by the novel coronavirus. (Photo by JOEL SAGET / AFP)
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Lundi, les ministres de la Santé et le «commissaire coronavirus» Pedro Facon n’ont eu d’autre choix que de revoir la stratégie de dépistage actuelle, au moins jusqu’au 15 novembre. Les personnes asymptomatiques ne seront plus testées, mais devront se mettre en quarantaine pendant 10 jours.

«On teste beaucoup, mais comme il y a énormément de malades, il y a un moment où les labos ne suivent plus, les êtres humains qui sont derrière non plus», a expliqué la ministre wallonne de la Santé Christie Moreale. «Et donc, il faut qu’on prenne le temps, quinze jours-trois semaines, de faire descendre la pression, de s’assurer que le service suive, que les résultats arrivent à temps. On a décidé de réorganiser le testing en priorisant.» 

Seules les personnes avec symptômes, les membres du personnel soignant, les plus de 65 ans et les collectivités dans lesquelles il y a au minimum deux contaminations avérées pourront désormais être testées.


(FILES) In this file photo taken on April 20, 2020 Funeral services employees wearing protective gears carry the coffin of a victim of the COVID-19 outside the morgue of the Saint-Luc Hospital in Namur, amid the spread of the coronavirus. - More than one million people have died from the coronavirus, according to an AFP toll, with no let-up in a pandemic that has ravaged the world economy, inflamed diplomatic tensions and upended lives from Indian slums and Brazilian jungles to America's biggest city. (Photo by JOHN THYS / AFP)
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Cette nouvelle tombe au plus mauvais moment. La pandémie atteint des pics inégalés jusqu’ici dans le pays, les 10.000 contaminations par jour étant dépassées. Un moindre dépistage menace de rendre partiellement inopérantes les mesures de reconfinement entrées en application ce lundi 19 septembre, à savoir la fermeture des restaurants, le recours élargi au télétravail ou encore le passage en mode distanciel des cours universitaires.

Ce couac renvoie la Belgique aux premières heures de la pandémie, lorsqu’en mars dernier elle s’est aperçue qu'elle ne disposait pas du matériel le plus élémentaire pour se protéger. A l’époque, les tests, les masques ou encore le gel hydroalcoolique étaient inexistants. Chaque pénurie trahissait des années de désinvestissement dans les soins de santé, conséquence de la mise à la diète de la sécurité sociale imposée par les gouvernements successifs.

La presse cherche des responsables. Elle pointe un haut fonctionnaire zélé qui aurait renoncé à une commande durant cet été en prétextant du respect des règles de marchés publics. D’où un retard dans l’arrivage de machines commandées par le gouvernement fédéral pour augmenter la capacité de tests, laquelle atteint péniblement aujourd’hui la moitié des 100.000 dépistages quotidiens annoncés.

Le gouvernement De Croo refuse toutefois de céder au pessimisme. Le tout nouveau «commissaire coronavirus» Pedro Facon estime que la seconde vague est la conséquence d’un «relâchement collectif», plutôt qu’un échec des politiques, experts et citoyens…

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