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La Belgique politique en plein blocage
International 3 min. 04.11.2019

La Belgique politique en plein blocage

Le socialiste Rudy Demotte (à dr., au côté d'Elio di Rupo) a demandé au Roi à être déchargé de sa mission.

La Belgique politique en plein blocage

Le socialiste Rudy Demotte (à dr., au côté d'Elio di Rupo) a demandé au Roi à être déchargé de sa mission.
AFP
International 3 min. 04.11.2019

La Belgique politique en plein blocage

La mission des préformateurs nommés en octobre par le roi Philippe pour esquisser le futur gouvernement a abouti à une impasse.

Par notre correspondant à Bruxelles Max Helleff

 La politique belge a connu lundi un de ces jours sombres dont elle a le secret. Après trois semaines de pourparlers, le socialiste Rudy Demotte (PS) et le nationaliste flamand Geert Bourgeois (N-VA) ont demandé au roi à être déchargés de leur mission.  Jamais ils n’ont pu trouver des points de convergence entre leurs deux partis, convergences qui auraient permis de dresser l’ossature de la prochaine coalition fédérale.

Le souverain a toutefois réservé sa décision. Il a souhaité d'abord rencontrer Paul Magnette, le nouveau président du Parti socialiste. Puis Bart De Wever, le leader de la N-VA. Ce mardi, plusieurs personnalités politiques flamandes et francophones seront à leur tour reçues au palais, dont la Première ministre Sophie Wilmès.

L'impossible convergence

Les faits parlent d’eux-mêmes : la Belgique fait face à un blocage politique total. Ni Didier Reynders et Johan Vande Lanotte tout au long de l’été, ni Rudy Demotte et Geert Bourgeois au cours des trois dernières semaines, n’ont été à même de dégager des pistes de négociations entre le PS et la N-VA, les deux principaux partis du pays.

A la sortie du palais royal lundi soir, Paul Magnette a imputé la responsabilité de l’échec des négociations aux nationalistes flamands. «On voit bien qu’on est dans une impasse. Nous avons répondu à toutes les invitations possibles. Mais on doit constater que la N-VA revient avec des réformes institutionnelles et refuse de parler des questions sociales. Or, pour nous, l’important ce sont les questions sociales. Si la N-VA revient avec des questions portant sur des pans entiers de la sécurité sociale (soins de santé, allocations de chômage, etc.), nous n’allons pas en discuter.»

Paul Magnette a profité de l’occasion pour faire un appel du pied aux autres partis : « La N-VA n’est pas incontournable. Mais il faut voir si les autres partis sont prêts à s’engager. » Pour cela, il faudra attendre probablement que les libéraux francophones et les chrétiens-démocrates flamands se choisissent un nouveau président de parti, d’ici la fin novembre.

Les lignes n'ont pas bougé

Pour le politologue Pascal Delwit (ULB) qui s'exprimait sur RTL-TVi, « cinq mois après les élections du 26 mai, les choses n’ont pas beaucoup évolué. Cette crise ne ressemble toutefois pas à celle de 2010. Le contexte économique n’est pas le même, la croissance est plus faible et on n’est pas l’abri d’une mauvaise surprise, comme un Brexit dur. »

Les lignes n’ont pas bougé d'un millimètre. La N-VA veut toujours faire de la Belgique un pays confédéral, ce qui peut se traduire par une autonomie plus grande pour les Régions et Communautés. Le PS n’en veut pas. Il estime que le détricotage de l’Etat est allé trop loin. Il craint surtout que la sécurité sociale ne soit scindée – ce qui serait une véritable catastrophe pour les francophones.

Les jours et les semaines à venir diront s’il existe un espoir de sortir de l’impasse. Le fonctionnement institutionnel de la Belgique n’est pas en danger, répètent les politologues, car l’essentiel des décisions se prend aujourd’hui au niveau des Régions et des Communautés. Celles-ci fonctionnent normalement. En revanche, le signal envoyé à la population par le monde politique est jugé désastreux…

Dans les partis politiques, personne ne veut officiellement de nouvelles élections. Mais si le blocage perdure, il n’y aura peut-être pas d’autre solution. A moins d’imaginer dépasser le record des 541 jours de négociations qui ont présidé à la formation du gouvernement Di Rupo en 2011.


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