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La Belgique peine face à la crise migratoire
International 3 min. 22.11.2022
Aide internationale

La Belgique peine face à la crise migratoire

Accusées de faire moins d'efforts, les autorités wallonnes rappellent que «les Ukrainiens ont la liberté de s’installer où ils veulent dans le pays».
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La Belgique peine face à la crise migratoire

Accusées de faire moins d'efforts, les autorités wallonnes rappellent que «les Ukrainiens ont la liberté de s’installer où ils veulent dans le pays».
Photo: Shutterstock
International 3 min. 22.11.2022
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La Belgique peine face à la crise migratoire

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Le chiffre de 100.000 nouveaux arrivants d’ici la fin de l’année est avancé par les autorités.

De notre correspondant MAX HELLEFF (Bruxelles) La crise migratoire qu’affronte en ce moment la Belgique serait supérieure à celle qu’avait connue le pays en 2015, lorsque la guerre en Syrie gonflait l’afflux de migrants.


560 Ukrainiens ont introduit en mai une demande pour obtenir le statut de protection temporaire.
Nouvelle crise de l’accueil à Bruxelles
Il manque des milliers de places dans la capitale pour accueillir les demandeurs d’asile toujours plus nombreux.

«Aujourd’hui, plus de 90.000 personnes, dont 30.000 demandeurs d’asile et 60.000 Ukrainiens, ont besoin d’une protection. Cela signifie qu’à la fin de l’année, on devrait atteindre le chiffre de 100.000 personnes. C’est pire qu’en 2015. Et toutes ces personnes ont besoin d’un hébergement», avait indiqué début novembre la secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration Nicole De Moor.

Parmi eux, comme précisé ci-dessus, des Ukrainiens qui continuent à arriver nombreux. Mais aussi beaucoup d’Afghans qui fuient probablement leur pays - c'est une hypothèse - en raison de la prise de contrôle des talibans au lendemain du retrait américain.

La Belgique n’est bien sûr pas seule à faire face à cette nouvelle vague. Pour les sept premiers mois de 2022, l'agence de l'Union européenne pour l’asile (AUEA) a enregistré 480.000 demandes d’asile, soit une augmentation de 60% en un an. Mais, selon les associations humanitaires qui conspuent le gouvernement De Croo pour ne pas avoir fait de la migration une priorité, jamais le pays n’a semblé aussi peu capable d’assurer ses obligations en matière de protection et d’aide.

Une logistique qui ne suit plus

La logistique ne suit plus. Les logements manquent et des migrants doivent dormir à la rue. Des adolescents, des familles. La justice rappelle sans cesse la Belgique à l’ordre, mais cela n’y change pas grand-chose. Depuis le début de l’année, les tribunaux ont condamné plus de 4.500 fois l’Etat pour non-respect du droit d’asile, avec des centaines de milliers d’euros d’astreintes à la clé.

Quant à la Cour européenne des droits de l'homme, elle vient par exemple de le sanctionner pour ne pas avoir assuré le logement et l'assistance matérielle à un demandeur d'asile guinéen. Ce n’est qu’une parmi des centaines de condamnations.


En Belgique, la difficile intégration des réfugiés ukrainiens
Ils sont rares à avoir trouvé un travail en entreprise pour toute une série de raisons.

A la détresse des uns répond la grogne des autres. Bruxelles, capitale de l’Europe, est saturée et demande une aide supplémentaire aux autres régions du pays. La Wallonie est clairement visée, car elle serait la moins volontariste dans l’accueil des Ukrainiens. 

Peter Michiels, le coordinateur Ukraine de la capitale regrette dans Le Soir de devoir produire «deux fois plus d’efforts» en raison du peu de zèle supposé de la Wallonie à accueillir les réfugiés. Les autorités wallonnes se défendent et renvoient la patate chaude au fédéral, en rappelant que «les Ukrainiens ont la liberté de s’installer où ils veulent dans le pays».

Défiance de l'opinion publique à l'égard des migrants

Cet imbroglio institutionnel se double d’une augmentation de la défiance dans l’opinion publique à l’égard des migrants. Selon un sondage publié en octobre, une majorité des personnes interrogées (60%) estiment que les migrants coûtent à la société plus qu’ils ne lui rapportent. Plus de la moitié d’entre eux (58%) évoquent un sentiment d’insécurité, et 64% pensent que la scolarisation des enfants migrants nivelle l’éducation par le bas.


Migrants gather on the Belarusian-Polish border near the Polish Kuznica border crossing on November 15, 2021. - Thousands of migrants -- most of them from the Middle East -- have crossed or attempted to cross the EU and NATO border since the summer. Western countries have accused the Belarusian regime, which is backed by Russia, of engineering the crisis in retaliation against EU sanctions, charges that Minsk has denied. (Photo by Leonid SHCHEGLOV / BELTA / AFP) / Belarus OUT
La pression migratoire s’accentue en Belgique
L’Etat risque de payer d’importantes astreintes s’il ne parvient pas à loger les candidats à l’asile

Une telle atmosphère profite à l’extrême droite flamande. Cette dernière, incarnée par le puissant Vlaams Belang, a déposé un paquet de quinze mesures conformes selon elle au cadre européen pour réduire l’immigration en Belgique. Son plan est baptisé «Ikea» pour Immigratie Kan Echt Anders («l’immigration peut vraiment être autrement»). Ikea Belgique, qui a peu apprécié de voir son célèbre acronyme ainsi détourné, a annoncé vouloir intenter une action en justice contre le parti flamand. Le premier en ordre d’importance du pays, selon les sondages.

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