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La Belgique fourbit ses armes énergétiques
International 3 min. 11.05.2022
Explosion des prix

La Belgique fourbit ses armes énergétiques

La réduction de 21% à 6% de TVA sur le gaz et l'électricité consentie par le gouvernement De Croo n'est en vigueur que jusqu'au 30 septembre.
Explosion des prix

La Belgique fourbit ses armes énergétiques

La réduction de 21% à 6% de TVA sur le gaz et l'électricité consentie par le gouvernement De Croo n'est en vigueur que jusqu'au 30 septembre.
Photo: dpa
International 3 min. 11.05.2022
Explosion des prix

La Belgique fourbit ses armes énergétiques

La hausse des prix met en lumière les tractations entre Engie et le gouvernement De Croo.

De notre correspondant MAX HELLEFF (Bruxelles) - La hausse du prix des énergies et l'hypothèque que fait peser le conflit russo-ukrainien sur le secteur ne semblent pas laisser d'autre choix au gouvernement belge que de soutenir les ménages et les entreprises durant l'hiver prochain.


Belgium's Prime Minister Alexander De Croo arrives for the Eastern Partnership summit at The European Council Building in Brussels on December 15, 2021. (Photo by JOHANNA GERON / POOL / AFP)
Le gouvernement De Croo s'accorde sur le prix de l'électricité
Depuis plusieurs semaines, ce dossier sensible menaçait l'équilibre de la coalition Vivaldi au pouvoir.

Sur la chaîne privée VTM Niews, le président des libéraux flamands Egbert Lachaert a dit s'attendre à ce que le taux réduit de TVA sur le gaz et l'électricité soit prolongé de plusieurs mois. Cette réduction (de 21% à 6%) consentie par le gouvernement De Croo n'est en vigueur que jusqu'au 30 septembre. «Les factures n'auront pas baissé et vous ne pouvez pas influencer les prix fondamentaux. Le gouvernement n'aura donc pas d'autre choix que d'étendre ces 6%», a-t-il expliqué.

En mars dernier, le gouvernement avait décrété une série de mesures «urgentes», dont cette baisse de TVA, pour soulager la facture des ménages. Mais ce ballon d'oxygène s'est rapidement dégonflé, de nouvelles hausses de prix plombant le portefeuille des consommateurs. Les opérateurs signalent une forte augmentation des plans d'apurement de particuliers. Quant au médiateur fédéral, il demande un allongement du délai de paiement des factures qui passerait ainsi de 15 à 30 jours civils. 

Quatre réacteurs nucléaires

Une fois encore, la Belgique constate que sa marge de manœuvre sur le marché de l'énergie est très réduite. Mais il lui reste son (vieux) nucléaire dont le blason retrouve subitement des couleurs.


A windmill is seen near the Doel nuclear plant in northern Belgium August 22, 2012. GDF Suez's Belgian unit, Electrabel, will find it difficult to prove its Doel 3 nuclear reactor is safe enough to operate, Belgian regulator FANC said lsat week, raising the prospect that the 30-year-old unit could stay shut for good. REUTERS/Francois Lenoir (BELGIUM - Tags: BUSINESS ENERGY ENVIRONMENT)
Revoici le nucléaire belge
Un parti gouvernemental demande la prolongation d’autres vieux réacteurs au nom de la nocivité des centrales au gaz.

On sait que deux réacteurs ne fermeront pas en 2025, contrairement à ce qui était prévu. On sait aussi que les libéraux francophones, qui participent au gouvernement fédéral, souhaiteraient désormais que deux réacteurs supplémentaires restent en activité, n'en déplaise aux écologistes. On sait enfin qu'Engie, le gestionnaire français du parc nucléaire belge, a fait savoir à la fin 2020 qu'il était trop tard en ce qui le concerne pour investir dans la réfection des deux unités survivantes.

Qui paiera?

Engie est toutefois revenu à la table de négociations avec le gouvernement. Les tractations pourraient durer jusqu'à l'été. Une chose est certaine : si le fournisseur dit ne pas vouloir renoncer à ses investissements dans les futures centrales au gaz, il ne renonce pas non plus au nucléaire. En témoigne ce règlement de comptes feutré entre l'homme d'affaires Etienne Davignon et Engie. Le premier, qui est pourtant le conseiller du second, avait déclaré à l'Echo  qu'«il n'existe aujourd'hui pas d'impossibilité technique à prolonger deux réacteurs dès l'hiver 2025-26». Ces propos ont été immédiatement démentis par la multinationale française. De là à penser que la sortie du vicomte a saboté le plan de négociations de l'énergéticien, il n'y a qu'un pas. Engie fait valoir en effet depuis le début que la réfection des deux réacteurs prendra du temps et coûtera beaucoup d'argent. Question: qui paiera ?

Le gouvernement De Croo n'entend cependant pas se laisser impressionner. Un projet de loi est en passe d'être discuté à la Chambre qui a pour objectif d'octroyer plus de garanties au contribuable belge face à Engie dans la prise en charge du passif nucléaire. On estime à 7 milliards d'euros le montant destiné au démantèlement des centrales, et à 33 milliards la gestion des déchets radioactifs qui devrait se terminer en… 2135. L'Etat belge craint manifestement que ce laps de temps ne permette à l'énergéticien de se défiler. D'où cette loi destinée à verrouiller l'avenir, et sans doute à exercer une pression supplémentaire dans le cadre des négociations actuelles pour le prolongement des centrales.

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