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La Belgique face à un gouffre abyssal
International 3 min. 18.05.2020

La Belgique face à un gouffre abyssal

Les écoliers belges ont repris le chemin des salles de classe ce 18 mai au matin. Une autre préoccupation.

La Belgique face à un gouffre abyssal

Les écoliers belges ont repris le chemin des salles de classe ce 18 mai au matin. Une autre préoccupation.
Photo : AFP
International 3 min. 18.05.2020

La Belgique face à un gouffre abyssal

Max HELLEFF
Max HELLEFF
La crise du coronavirus a détérioré les finances publiques du royaume. Certains jeux politiques n’arrangent rien

De notre correspondant, Max HELLEFF (Bruxelles) - L’ancien Premier ministre Jean-Luc Dehaene doit se retourner dans sa tombe. L’homme qui dans les années 90 fit le forcing pour inscrire la Belgique dans les critères de Maastricht et lui permettre de participer à la monnaie unique aurait plutôt mal pris la dégradation des finances du pays. Deux mois après le début confinement, le déficit public atteint les 7,5 %, sans compter le coût des mesures gouvernementales destinées à faire face à la crise sanitaire provoquée par le coronavirus. La Commission européenne estime le tout à 8,9 % du PIB.

C’est énorme. Le déficit engendré par la crise est à ce jour évalué à 14,1 milliards d’euros qu'il faut ajouter à l’ardoise de 12 milliards laissée par Charles Michel. Il devrait encore s’alourdir via la probable prolongation des mesures spéciales d’aides aux chômeurs temporaires et aux indépendants. S’y ajoute la perte des recettes sur les dividendes dans les entreprises où l’Etat a une participation et sur la TVA. La dette publique, elle, est annoncée à 110% du PIB.


Lokales, Shopping  Center Belle Etoile, so macht Shoppen keinen Spass, Desinfektionsspender, Abstand, Sicherheitsbestimmungen, Mindestabstand, Höchstanzahl von Kunden,  der Corona-Krise, Lockerung,   Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
Un panier moins cher au Luxembourg qu'en Belgique
Si des différences de prix entre les commerces de la Grande Région existent bien, le Grand-Duché obtient de bons points. Même dans le domaine des produits bio pour certaines enseignes, indique la dernière étude de l'Observatoire de la formation des prix, publiée vendredi.

Fin avril, le Bureau fédéral du plan annonçait déjà la dégringolade du bien-être moyen des Belges suite à la crise sanitaire et au confinement. L'impact devrait être plus important que celui de la crise financière et économique de 2008, estimait-il, en pointant les maux à venir : la dégradation de la santé, des salaires à la baisse, une hausse de la pauvreté, une fragilisation des femmes, etc.

Les prochaines semaines seront scrutées avec attention. A l’exception des restaurants et des cafés, la grande majorité des commerces ont rouvert leurs portes le 11 mai. Après une semaine,  les observateurs estiment toutefois que la consommation des Belges plafonne à 40 ou 50% du niveau habituel. Les concessionnaires automobiles, pour ne citer qu’eux, cassent les prix pour tenter d’écouler les quelque 100.000 voitures neuves de stock. Moins de rentrées pour les commerçants signifie moins de TVA pour l’Etat, des lois sociales en souffrance, des faillites et du chômage à la hausse.

Quoique marginal par rapport au gouffre qui se creuse en ce moment, le jeu de certains partis n’arrange rien à l’affaire. La Belgique politique, rappelons-le, vit pour l’instant une sorte de «paix des braves». Il n’y a toujours pas de gouvernement de plein droit mais l’équipe de la Première ministre Sophie Wilmès a reçu les pouvoirs spéciaux pour gérer la crise sanitaire. A l’exception de la N-VA de Bart De Wever, des communistes et de l’extrême droite, elle a obtenu également la confiance des partis.

Tout ceci a un coût. Des dizaines de propositions de loi souvent liées à la pandémie et ayant fatalement un impact budgétaire sont en effet déposées à la Chambre par les différents groupes qui tirent ainsi parti de la situation. La plupart du temps, il s’agit «d’aider des catégories de citoyens particulièrement impactés par la crise, mais pas seulement : certains partis en profitent pour faire adopter des lois qu’ils n’arrivaient pas à faire passer jusque-là.», écrit Le Soir.

Que faire sans majorité?

C’est ainsi que les socialistes, les verts et les communistes voudraient revaloriser la pension des mineurs de fond (200 millions d’euros) alors que ce dossier fait l’objet d’un litige en justice. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Là est le mal belge. A défaut de posséder une majorité, le gouvernement en affaires courantes de Sophie Wilmès peine à gérer les dépenses de l’Etat. Hors les accords de crise, il ne peut compter que sur 38 députés sur 150 à la Chambre.

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