Changer d'édition

La Belgique en proie aux lacunes du dépistage
International 4 min. 03.08.2020

La Belgique en proie aux lacunes du dépistage

La ville d'Anvers a ouvert ce lundi son propre «village test» pour faire face au manque de structures mises en place pour la réalisation des tests.

La Belgique en proie aux lacunes du dépistage

La ville d'Anvers a ouvert ce lundi son propre «village test» pour faire face au manque de structures mises en place pour la réalisation des tests.
Photo: AFP
International 4 min. 03.08.2020

La Belgique en proie aux lacunes du dépistage

L'état sanitaire du pays laisse dubitatif. A défaut d'un testing performant et élargi, il paraît impossible de se faire une idée exacte de la situation.

De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) -  Depuis une semaine, Anvers est au cœur du rebond de la pandémie. La moitié des nouvelles contaminations y a été enregistrée. La ville a donc souhaité intervenir dans les plus brefs délais. Elle a ouvert ce lundi son propre «village test» où jusqu'à 4.000 personnes asymptomatiques peuvent être dépistées quotidiennement. L'objectif est d'alléger la charge des centres de test réguliers, des médecins généralistes et des laboratoires.

Le bourgmestre Bart De Wever entend ainsi montrer l'exemple à la Belgique officielle rétive à l'organisation d'un dépistage à l'échelle nationale. Auparavant, le nationaliste flamand avait fait pression sur le gouvernement fédéral pour qu'il reconfine tout le pays, afin de l'aider à mieux faire admettre auprès de ses administrés des mesures sanitaires drastiques – dont le couvre-feu.


Un couvre-feu obligatoire pour Anvers et sa province
Pour contrer le rebond de la pandémie, des mesures sanitaires spécifiques sont imposées à ce territoire situé au cœur de la Flandre. Personne ne peut y sortir de nuit.

A Anvers, l’épidémie est repartie de plus belle dans des quartiers paupérisés et dans certaines communautés issues des anciennes immigrations. Nombreuses sont également les personnes infectées à avoir été détectées lors de tests préalables au retour «au pays» - le plus souvent au Maroc.

Le même constat vient d’être dressé à Bruxelles par le directeur médical de la clinique Saint-Jean, Kenneth Coenye. De 0,8% à la fin juin, le taux d'infection serait monté à 6,8 % dans son hôpital. Le médecin s'en inquiète, soulignant que «cela concerne des gens asymptomatiques qui ne se feraient pas tester autrement» que lors d'un départ en vacances. D'autres centres de dépistages de la capitale présenteraient des taux positifs similaires dans des zones considérées «à risque». Des quartiers densément habités où des familles paupérisées vivent dans la promiscuité.

«Aucune volonté politique pour élargir le testing»

En début de semaine dernière, une sortie de Bart De Wever, laissant entendre que d'autres grandes villes qu'Anvers étaient elles aussi sujettes au rebond de la pandémie, avait donné lieu à une passe d'armes avec le monde politique francophone. En réalité, si les chiffres démontrent bien une hausse des contaminations dans la capitale, celles-ci y plafonneraient à 3% de cas positifs. Quatre à cinq fois plus d'infections auraient été détectées à Anvers, laissant Bruxelles, Verviers, Liège ou Charleroi loin derrière la métropole flamande.

Toutefois, des statistiques affinées manquent pour se faire une idée précise de la situation à l'échelle du pays. L'épidémiologiste Yves Coppieters (ULB) le répète dans toutes les langues: seuls un testing massif et la quarantaine permettront d’en finir avec le virus. «Il n'y a aucune volonté politique de mettre en place les ressources pour élargir le testing dans les collectivités et les zones à risque, déclare-t-il dans les colonnes du Soir. Même le groupe d'experts du gouvernement n'en est pas convaincu. Pourtant, si on ne pratique pas de tests massifs, on va perdre le fil des transmissions. Au lieu d'être cantonnée à des clusters, la pandémie va se généraliser». L'épidémiologiste prévient: «En septembre, on risque de se retrouver dans la même situation qu'en mars dernier». 

Des capacités de dépistage désactivées

La gestion de la pandémie a mis au jour les errements et les maladresses de la classe politique en matière de Santé publique. Cette saga ne serait pas terminée à juger des incertitudes qui portent sur les réelles capacités de la Belgique à pratiquer un dépistage à grande échelle. 

Le ministre en charge du dossier, le libéral flamand Philippe De Backer, estime avoir «la capacité opérationnelle de réaliser 30.000 tests» par jour. Dans la réalité, la moitié seulement de cette capacité serait utilisée, même si elle est en augmentation. Plusieurs raisons expliqueraient ce blocage: problème d'accessibilité, communication difficile entre les nombreux niveaux de décision, critères imposés par les experts du RAG (Risk management group) qui épaulent le gouvernement (le test doit notamment être prescrit par un médecin généraliste)...


L'accès à certaines plages belges est réglementé.
«Prudence» demandée à la côte belge
Les déplacements non essentiels vers la mer du Nord ne sont pas interdits, mais les autorités demandent à chacun de faire preuve de vigilance.

Une erreur stratégique majeure a de surcroît été commise: une importante partie des capacités de dépistage ont été désactivées en juin dernier lorsque la pandémie a paru s'éteindre. Il faut désormais les réactiver, en espérant être prêt en septembre, moment où la pandémie pourrait échapper à tout contrôle. Une nouvelle plateforme nationale composée de laboratoires universitaires devrait alors être mise en place pour doper le dépistage. 

Lundi, la moyenne des contaminations était de 490 par jour. La Wallonie a rejoint la Flandre en zone orange sur la carte européenne des infections.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Quelles mesures sanitaires chez nos voisins ?
Face à la recrudescence des cas de covid-19, les gouvernements allemand, belge et français agissent avec des restrictions parfois renforcées au niveau local. Tour d'horizon des mesures sanitaires actuellement en vigueur de l'autre côté des frontières luxembourgeoises.
Zum Themendienst-Bericht von Philipp Laage vom 16. März 2020: Die Grenzen zu den meisten Nachbarländern - hier die deutsch-französische Grenze im Saarland - sind dicht. Foto: Oliver Dietze/dpa/dpa-tmn - Honorarfrei nur für Bezieher des dpa-Themendienstes +++ dpa-Themendienst +++
Les autorités belges durcissent leurs mesures
La Belgique a annoncé ce lundi un nouveau durcissement des actions pour lutter contre la pandémie de coronavirus. Face à une hausse des cas dans le pays, l'objectif est d'«éviter un reconfinement généralisé».
A man wearing a face mask as a preventive measure carries boxes on the empty Grand-Place in the centre of Brussels, on March 18, 2020, as a strict lockdown is to come into effect in the country to stop the spread of the COVID-19, caused by the novel coronavirus. - Belgians must stay at home from midday on March 18, 2020, until at least April 5 to prevent the spread of the coronavirus. The only residents allowed out will be those needing medical attention, getting exercise or working in some businesses deemed essential, such as food markets and pharmacies. (Photo by Kenzo TRIBOUILLARD / AFP)
A son tour, la Belgique vire «à l'orange»
Depuis samedi, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies classe le royaume comme une zone à risque, une douzaine de jours après le Luxembourg. Cela signifie que la barre des 20 contaminations par 100.000 habitants a été dépassée ces deux dernières semaines.
(FromL) Brussels City Mayor Philippe Close, Belgian Prime Minister Sophie Wilmes and King Philippe - Filip of Belgium stand during a visit to the mural of artist Dema One at Bozar Centre for Fine Arts, on the occasion of the Belgian National Day, in Brussels, on July 21, 2020. (Photo by NICOLAS MAETERLINCK / BELGA / AFP) / Belgium OUT