Changer d'édition

La Belgique en grand écart
International 6 min. 28.05.2019 Cet article est archivé

La Belgique en grand écart

Le roi Philippe a reçu entre autres, le chef de la N-VA Bart De Wever pour des consultations.

La Belgique en grand écart

Le roi Philippe a reçu entre autres, le chef de la N-VA Bart De Wever pour des consultations.
AFP
International 6 min. 28.05.2019 Cet article est archivé

La Belgique en grand écart

La Belgique s’est réveillée plus divisée que jamais ce lundi, au lendemain des élections qui ont renouvelé ses parlements fédéral et régionaux. Bâtir des ponts entre la gauche francophone et la droite flamande pour former un gouvernement est quasiment impossible.

Par Max Hellef (Bruxelles)

«Deux Belgique», titrait Le Soir en constatant l’existence d’un «fossé de plus en plus marqué entre le nord et le sud du pays», entre Flamands et francophones. La Libre Belgique éditorialisait sur «La Fracture» alors que les quotidiens flamands insistaient sur une «Flandre qui se radicalise» et le «triomphe de l’extrême droite».

L’impressionnante résurrection du Vlaams Belang est à l’origine de ce bouleversement. Ce parti d’extrême droite raciste, né après la Seconde Guerre mondiale sur le terreau de l’incivisme, a vécu dans l’ombre de la N-VA nationaliste flamande de Bart De Wever au cours de la dernière décennie. Dimanche toutefois, toute une frange de l’électorat flamand semble avoir préféré «l’original à la copie».

Un échiquier politique chamboulé

Selon les éditorialistes, il faut y voir le résultat de la déception engendrée par la politique d’une N-VA jugée trop molle, mais aussi de l’entreprise de respectabilisation menée par le jeune président du Vlaams Belang, Tom Van Grieken.


Charles Michel, qui aura 43 ans vendredi, était à l'époque de son arrivée à la tête du gouvernement le plus jeune Premier ministre du royaume depuis 1840.
Un paysage politique morcelé en Belgique
Forte poussée de l'extrême droite en Flandre néerlandophone, percée des écologistes et de la gauche radicale chez les francophones: le morcellement du paysage politique belge s'est accentué dimanche lors des élections législatives, laissant augurer de longues tractations pour un futur gouvernement.

Celle-ci a séduit essentiellement dans la jeunesse – sensible notamment à la ligne anti-immigration clairement xénophobe du Belang – mais aussi parmi les plus âgés qui se rebiffent ainsi contre le report de l’âge de la retraite de 65 à 67 ans décidé par le gouvernement Michel.

En Flandre, l’échiquier politique est donc chamboulé. La N-VA reste le premier parti, mais après avoir consenti un net recul dans les urnes. Elle pointe à 25 % (contre 32 % en 2014). Le Vlaams Belang la talonne de près (18 %). Les partis traditionnels (chrétien-démocrate, socialiste, libéral, etc.) se partagent les miettes.

Les communistes progressent fortement

En Wallonie, le PS reste premier (26 %), largement devant le Mouvement réformateur de Charles Michel (21 %). Les socialistes d’Elio Di Rupo sont toutefois loin de leurs scores historiques. Le Premier ministre sortant Charles Michel limite pour sa part la casse dans son fief du Brabant wallon. Les humanistes du CDH sont en recul. Mais les grands gagnants au sud du pays sont sans conteste les Verts qui prennent la seconde place à Bruxelles derrière les socialistes, mais s’installent devant les libéraux. En Wallonie, ils sont troisièmes.

Enfin, et ce n’est pas anecdotique, les communistes du Parti du travail de Belgique (PTB) progressent fortement. Ils constituent désormais le cinquième parti en ordre d’importance à Bruxelles. En Wallonie et en Flandre (où ils se nomment PvdA), ils enregistrent également une forte poussée.

En Flandre, le Belang triomphe

Un extrême répond à l’autre? Cette «gauche authentique» fait en tout cas grincer des dents dans les rangs libéraux. Ceux-ci rappellent que le PTB n’a jamais renié ses liens historiques avec le maoïsme et le marxisme-léninisme, idéologies jugées responsables de la mort de dizaines de millions de personnes au cours du XXe siècle.

En résumé, l’extrême droite du Vlaams Belang s’est ajoutée à la droite radicale de la N-VA de Bart De Wever au nord. La Wallonie et Bruxelles se sont davantage «gauchisées» sous le poids grandissant des Verts et des communistes.

Au fédéral tout est à faire

La redistribution des cartes montre un parlement fédéral toujours marqué par le leadership de la N-VA. Le PS dépasse le Vlaams Belang en nombre de sièges (20 contre 18 sur 150). Les socialistes francophones et flamands constituent toutefois la première famille politique du pays, juste devant les libéraux des deux côtés de la frontière linguistique.

Du parlement fédéral ainsi redessiné sortira le futur gouvernement belge. La montée en puissance de l’extrême droite flamande a rendu la N-VA de Bart De Wever incontournable, estiment les analystes.

Plus d'autonomie à la Flandre?

Incontournable non pas mathématiquement car différentes coalitions unissant socialistes, libéraux, chrétiens-démocrates et écologistes des deux côtés de la frontière linguistique permettraient dans les faits de dégager une majorité au Parlement fédéral. Mais avec cet obstacle insurmontable que laFlandre n’y serait représentée que minoritairement faute d’inclure les députés de la N-VA.

Impensable dans une Belgique où la communauté flamande constitue 58 % de la population. Bart De Wever a donc logiquement commencé à faire monter les enchères lundi, en affirmant que le «confédéralisme – qui donnerait encore plus d’autonomie à la Flandre – doit être mis sur la table» de négociations.

«Que la Belgique crève!»

La question est également de savoir si le moment n’est pas venu de briser le cordon sanitaire isolant depuis les années 90 le Vlaams Belang des cercles décisionnels de la politique belge. Bart De Wever ne ferme pas la porte à des discussions avec ce Belang soi-disant «respectabilisé», contrairement à la présidente des libéraux flamands Gwendolyn Rutten. Le leader de la N-VA a indiqué dimanche soir qu’il inviterait «tous les partis» à des discussions sur la formation du gouvernement flamand. Mais quid du fédéral?

Pour les partis francophones, il y a là un pas théoriquement impossible à franchir en raison de la haine profonde que voue le Vlaams Belang à la Belgique. Si la N-VA prône la création d’une république flamande, le Vlaams Belang a longtemps eu pour slogan «Que la Belgique crève!» («Belgïe barst!»).

Charles Michel a perdu son pari

Au Belang, on pense au contraire que la N-VA finira par se montrer coopérative et qu’une coalition entre les deux partis finira par naître, sinon au fédéral, du moins au parlement flamand. Le début de la fin? «C’est le sens de l’histoire, celle d’une Belgique qui va finir par s’évaporer», commentait dimanche soir Gerolf Annemans, l’un des leaders historiques du Vlaams Belang.

Un homme a perdu son pari dimanche soir. Si le Premier ministre sortant Charles Michel a limité les dégâts pour son Mouvement réformateur (MR), il lui sera impossible de reconduire la coalition suédoise qui avait uni jusqu’en décembre dernier les libéraux francophones et flamands, les chrétiens-démocrates flamands et bien sûr la N-VA de Bart De Wever. Rien ne dit pour autant que le MR sera mis hors jeu dans les prochaines semaines. La résilience des partis belges est proverbiale.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Forte poussée de l'extrême droite en Flandre néerlandophone, percée des écologistes et de la gauche radicale chez les francophones: le morcellement du paysage politique belge s'est accentué dimanche lors des élections législatives, laissant augurer de longues tractations pour un futur gouvernement.
Charles Michel, qui aura 43 ans vendredi, était à l'époque de son arrivée à la tête du gouvernement le plus jeune Premier ministre du royaume depuis 1840.