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La Belgique doit trancher sur le nucléaire
International 4 min. 18.11.2021
Choix énergétiques

La Belgique doit trancher sur le nucléaire

Encore et toujours des doutes pour savoir quelle source d'énergie pourrait compenser la fermeture des centrales nucléaires de Belgique.
Choix énergétiques

La Belgique doit trancher sur le nucléaire

Encore et toujours des doutes pour savoir quelle source d'énergie pourrait compenser la fermeture des centrales nucléaires de Belgique.
Photo : AFP
International 4 min. 18.11.2021
Choix énergétiques

La Belgique doit trancher sur le nucléaire

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Les esprits s’échauffent en Belgique alors que la décision de fermer ou non le nucléaire se rapproche. Une veillée d'armes chargée d'électricité entre les différents acteurs politiques.

De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) - Ces derniers jours, plusieurs partis gouvernementaux belges sont sortis dans la presse pour rappeler leur position sur la fermeture ou le maintien partiel du nucléaire. Le libéral francophone Georges-Louis Bouchez a ainsi affirmé dans Le Soir que «celui qui écarte la possibilité de faire du nucléaire neuf, c’est qu’il n’a pas compris la situation. Sauf à considérer que dans dix ans, on aura une solution magique pour faire du 100% renouvelable. Ce qui n’est pas scientifiquement crédible aujourd'hui. Je ne dis pas que c’est ça qu’il faut faire. Je dis qu’on ne peut pas l’exclure.» 


ARCHIV - 26.02.2016, Belgien, Antwerpen: Dampf steigt aus den Kühltürmen des Atomkraftwerks Doel. Das höchste EU-Gericht urteilt am Montag (29.07.2019) darüber, ob Belgien bei der Laufzeitverlängerung der Atommeiler Doel 1 und Doel 2 gegen Pflichten zur Umweltprüfung verstoßen hat. (Zu dpa «EuGH urteilt über Laufzeitverlängerung belgischer Atommeiler») Foto: Oliver Berg/dpa +++ dpa-Bildfunk +++
La Flandre fait la sourde oreille au climat
Bien que la Belgique ait payé le prix fort lors des inondations en juillet dernier, elle renonce à déposer une position commune à la Cop 26. La Flandre est pointée du doigt.

En face, le socialiste Paul Magnette, estime pour sa part que «la question ne se pose même pas. Elle est pliée, le dossier (nucléaire) est clôturé».Et cela alors que d'ici la fin du mois, la Belgique décidera si elle ferme toutes ses centrales, ou une partie d'entre elles seulement. 

Les paramètres n’ont pas changé : la décision d'une fermeture totale en 2025 a été prise il y a presque 20 ans, le projet est repris dans l’accord du gouvernement De Croo, mais il importe toujours d’assurer l’approvisionnement électrique du pays sans impacter la facture des ménages. Un grand clash serait annoncé. 

Dans Le Vif, l’écologiste Olivier Deleuze (qui était aux affaires lorsque l'abandon de l'atome a été décidé en 2003) estime que, bien que le pays ait disposé de près de deux décennies pour se préparer, «nous allons sortir du nucléaire par le chaos».

Trop peu de renouvelable

Et ce chaos serait imminent. Il y a une semaine, la ministre flamande de l'Energie Zuhal Demir a refusé d’octroyer le permis de construction d’une centrale à gaz à Vilvorde, au nord de Bruxelles. Quant à la centrale à gaz de Wondelgem, près de Gand, elle ne recevra un permis d’extension qu’à la condition d’être neutre en CO2 d’ici 2040. Le gaz, qui doit permettre de produire l’électricité manquante, se révèle ainsi une alternative très aléatoire au nucléaire.

On sait aussi que la Belgique n’a pas suffisamment développé son pôle renouvelable. La ministre fédérale de l’Energie, l’écologiste Tinne Van der Straeten, rétorque à la critique en annonçant l’intention de tripler la production d’électricité éolienne en mer du Nord. Problème : la réalisation de ce projet est annoncée pour 2030 alors que le premier réacteur devrait s’éteindre dans un an, l’atome étant définitivement - mais toujours théoriquement- abandonné en 2025.  

Illjstration : Florin Balaban

Cette équation-là tient donc du casse-tête. Une partie politique à haut risque est annoncée. La Libre Belgique note que la position de la N-VA flamande pro-nucléaire s’est rapprochée de celle du mouvement réformateur francophone. Les deux partis se connaissent très bien en réalité, puisqu'ils ont fait alliance pour former le gouvernement Michel en 2014.

Reléguée dans l’opposition, la N-VA n’a rien perdu de son intransigeance sur le dossier nucléaire. Cette fermeté pourrait la ramener au pouvoir à la faveur des législatives de 2024 pour peu que la sortie du nucléaire apparaisse préjudiciable à la Flandre.


Villagers are dwarfed by giant windmills built by the Danish Development Agency, DANIDA, along the shores of Bangui, Ilocos Norte province in northern Philippines Wednesday Nov. 8, 2006. The sixteen giant "Bangui Windmills" built last year, are capable of generating 54 Megawatts of electricity and are the first such alternative source of energy in Southeast Asia. (AP Photo)
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Il reste donc peu de temps aux écologistes et aux socialistes pour pousser les feux, conscients qu’ils n’auront plus l’occasion d’en finir de sitôt avec les (vieilles) centrales.

D'autant que de l’autre côté de la frontière, le «nouveau nucléaire» a le vent en poupe. Le président français Emmanuel Macron entend construire de nouveaux réacteurs EPR pour atteindre «la neutralité carbone en 2050» et «garantir la sécurité énergétique de notre pays».

La France est loin d’être seule à renouveler sa confiance dans l’atome, puisque dix Etats membres soutiennent aujourd'hui l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie financière verte de l’UE. Une position loin d'être partagée par le gouvernement du Grand-Duché. Dernièrement, la ministre de l'Environnement luxembourgeoise a d'ailleurs signé un document repoussant cette voie. Carole Dieschbourg (déi Gréng) insistant : «L’énergie nucléaire ne peut être étiquetée et commercialisée comme une technologie durable». 

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