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La Belgique au ralenti mercredi

La Belgique au ralenti mercredi

AFP
International 9 min. 12.02.2019

La Belgique au ralenti mercredi

Les trois principaux syndicats belges ont appelé à une grève nationale mercredi 13 février après l’échec d'une concertation sociale sur la hausse salariale dans le secteur privé. Tout le pays sera touché par cette mobilisation.

Par Sophie Wiessler et Max Helleff

Pourquoi une grève nationale en Belgique?

Depuis le début de l'année, les syndicats socialistes et chrétiens réclament une hausse des salaires de 1,5% mais aussi une hausse des allocations et pensions ainsi que de meilleures conditions de fin de carrière pour les deux prochaines années. Mais deux semaines après le début des négociations, c'est l'impasse.

Nos confrères du journal belge le Soir évoquent ainsi une "rupture totale des contacts entre les syndicats et le banc patronal". Ce dernier propose aux syndicats une hausse salariale de 0,8%, hors index. Insuffisant aux yeux des protestataires, qui appellent donc à une grève générale dans tout le pays.

Cette marge est classiquement négociée entre patrons et syndicats. Les uns veulent que leurs entreprises restent compétitives à l’international alors que les autres exigent des salaires en phase avec l’augmentation du coût de la  vie. Les syndicats socialiste, libéral et social-chrétien pointent les critères qui entrent désormais dans l’évaluation du coût du travail dans le secteur privé. Contrairement à l’Allemagne, à la France et aux Pays-Bas, disent-ils, ceux-ci ne tiennent pas compte des diminutions des charges sociales accordées par le gouvernement Michel aux employeurs, soit un montant de 3 milliards et demi d’euros depuis 2016. D’où une base de calcul erronée qui fausserait les chiffres au détriment des travailleurs du privé.


A person holds up a sign during a 'Climate' protest organised by 'Rise for the Climate', in Brussels, to raise awareness for climate change on January 27, 2019. P (Photo by NICOLAS MAETERLINCK / various sources / AFP) / Belgium OUT
70.000 personnes marchent pour le climat à Bruxelles
Environ 70.000 personnes ont défilé dimanche à Bruxelles pour la Marche européenne pour le Climat, deux jours après le succès d'un rassemblement similaire à l'initiative de la jeunesse belge.

Depuis 2017, les syndicats dénoncent cette restriction. Elle avait été introduite par le gouvernement Michel au nom de la sauvegarde de l’emploi et de la compétitivité des entreprises.

Ce week-end, le ministre de l’Economie, le chrétien-démocrate flamand Kris Peeters, a demandé aux syndicats et au patronat de se remettre autour de la table pour négocier, tout en balayant la possibilité de réviser la base de calcul. Selon Kris Peeters, une telle réforme aurait pour dommage collatéral de remettre en question l’indexation automatique des salaires, véritable vache sacrée du monde du travail belge.

En pleine campagne électorale, rouvrir ce dossier serait en outre du pain bénit pour la N-VA de Bart De Wever qui prône une politique économique ultralibérale, a-t-il estimé en substance.

Les admonestations du vice-Premier ministre Peeters n’ont toutefois pas suffi à calmer les syndicats. Sur les ondes de la RTBF, Ariane Estenne, la présidente du Mouvement Ouvrier Chrétien, a tenu à préciser que «cette grève ne s’adresse pas au gouvernement (en affaires courantes jusqu’au scrutin du 26 mai), mais à l’ensemble de la société. Un mouvement est en marche».

Cette riposte était adressée à ceux qui voient dans l’action syndicale de ce mercredi une nouvelle «grève politique» destinée à saper en priorité le gouvernement Michel, plutôt qu’à défendre un objectif socio-économique.

Les syndicats rêvent de s’allier tous les mouvements de protestation du moment, à commencer par les marcheurs du climat qui manifestent chaque jeudi dans le pays. Mais il est peu probable qu’ils emportent pour autant une large empathie dans la population avec cette énième journée d’action. Elles ont été près d’une trentaine depuis le début de la législature.

Côté patronal, l’Union des classes moyennes a entrouvert la porte ce mardi, en proposant un rabiot aux syndicats. Mais il n’est pas sûr que cela suffise à débloquer la situation d’ici aux élections.

Qui sera concerné?

Les trains

La SNCB annonce des perturbations dès ce mardi 12 février à 22 heures. Le mouvement perdurera jusqu'à mercredi soir, même heure. Heureusement depuis le mois de mars 2018, un service minimum est assuré par la société ferroviaire en cas de grève. La moitié des trains devrait donc circuler. Treize liaisons de train IC - entre les grandes villes - devraient circuler avec peu ou pas de perturbations presque toute la journée de mercredi, indique la SNCB sur son site internet.

Durant les heures de pointe du matin et du soir, la majorité des trains IC circuleront, de même qu'un certain nombre de trains L et S. Pendant les heures creuses en revanche, seul un certain nombre de trains IC prendront le départ. Douze lignes ne circuleront pas et certaines gares ne seront pas du tout desservies.

Pour les travailleurs frontaliers, toutes les gares dans la région du Luxembourg sont desservies, mais uniquement par des trains L (omnibus) car le train IC Arlon-Luxembourg ne roulera pas du tout demain. «Nous recommandons vraiment aux voyageurs de consulter dès maintenant et jusqu’au moment de leur départ, le planificateur de voyages sur le site internet ou sur l’app SNCB pour savoir si des trains circulent sur leurs trajets et connaître les horaires de ceux-ci», souligne la SNCB.

Les personnes voyageant en Eurostar vers la France (Lille ou Calais) devront revoir leurs plans en raison de la fermeture du terminal "intra-Schengen" en gare de Bruxelles-Midi. Il s'agit d'une minorité de voyageurs, selon une porte-parole de la compagnie ferroviaire. Ils peuvent annuler leur voyage sans frais et se rendre en France en TGV.   

Thalys a prévu une seule annulation entre Bruxelles et Paris. Le train partant à 7h13 de la gare du Midi en direction de Paris a été annulé. Les voyageurs concernés peuvent échanger sans frais leur billet pour un train plus tôt ou plus tard.

Pour plus de renseignements, rendez-vous sur le site de la SNCB.

Les avions

L'aéroport de Charleroi sera fermé toute la journée du 13 février. Ce sont près de 18.000 voyageurs impactés sur 120 vols qui devaient transiter par cet aéroport. Les passagers ont la possibilité de prendre leurs dispositions et de modifier leurs plans selon les modalités proposées par leur compagnie aérienne.

La compagnie Ryanair par exemple, annule tous ses vols au départ et à destination de Bruxelles et de Charleroi.

L'aéroport de Bruxelles sera également fermé. Mardi après-midi, seuls 24% du schéma de vol initial était prévu. Mais en fin d'après-midi, skeyes, le gestionnaire du trafic aérien belge a annoncé par voie de communiqué que tout le trafic aérien belge serait finalement fermé.

«Malgré tous les efforts déployés par la direction de skeyes, l'entreprise n'a pas une connaissance suffisante de l’occupation en personnel pendant la grève nationale six heures avant le début de l’action qui démarre ce mardi soir. Les employés de skeyes ne doivent pas divulguer leur intention de travailler ou pas pendant des actions syndicales.

Il n’y pas de certitude quant au nombre d'employés pour occuper un nombre limité de postes cruciaux. C’est pourquoi skeyes se voit contrainte de ne pas autoriser le trafic aérien entre mardi 12 février 22h et mercredi 13 février 22h».

Du côté de Findel, on ignore encore si cela aura un impact conséquent sur le trafic luxembourgeois. «Il y aura peut-être un ou deux avions qui devront dévier leurs trajectoires mais nous n'avons pas d'annulations de vol pour le moment. Le cas échéant, nous informerons nos passagers via le site web de Lux-Airport», explique le service communication de l'aéroport.

Sans compter que de nombreux blocages routiers sont annoncés aux abords des aéroports.

Les bus

La STIB, la Société des transports intercommunaux de Bruxelles sera également fortement touchée par cette grève. Son contact center (070/23.20.00) sera ouvert dès 6 heures mercredi matin. Le site internet et l’application Stib informeront en continu les voyageurs, tout comme la page Facebook et le compte Twitter. Mais le service invite les voyageurs à privilégier d'autres moyens de transport pour cette journée de mercredi.

Le TEC, l'opérateur de transport de Wallonie, s’attend, de manière générale à de fortes perturbations dans le Brabant wallon, dans le Hainaut et en particulier à Charleroi, à Liège-Verviers et dans les provinces de Namur et Luxembourg. Mardi après-midi, 79% des bus devaient circuler mercredi dans la province de Luxembourg, plusieurs lignes étant concernées.

La société invite donc l’ensemble de ses usagers à s’informer avant tout départ et à prévoir une alternative pour leurs déplacements.

La Poste

BPost a déposé un préavis de grève mais n'appelle pas à un mouvement. La distribution du courrier devrait donc s'effectuer mais sera toutefois perturbée.

Les écoles

Même chose pour les écoles du pays, qui n'ont pas appelé à la grève mais pourraient être perturbées par le mouvement social, selon les volontés de chaque établissement.

Les administrations locales, la police, les pompiers et les hôpitaux s'ajoutent également à la liste des services touchés ce mercredi 13 février par la grève. Les magasins Carrefour, Delhaize, Aldi, Lidl seront fermés. Colruyt sera la seule enseigne qui gardera certains de ses magasins ouverts.

Des piquets seront organisés devant les centres commerciaux de Ville 2, City Nord et, pour la première fois, de Rive Gauche. «Le but est de montrer au gouvernement Michel que les travailleurs refusent de se laisser faire», a expliqué Fabrice Eeklaer, secrétaire fédéral pour la CSC à Charleroi, à nos confrères du Soir.

Le pays n’avait plus connu une grève d’une telle ampleur depuis décembre 2014, quand les syndicats protestaient contre le programme économique de la coalition dirigée par Charles Michel.

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