Changer d'édition

La Belgique «accro» au pétrole russe
16,3 millions de tonnes de pétrole brut ont été importées de Russie en 2017, selon le rapport annuel de la 
Fédération pétrolière belge.

La Belgique «accro» au pétrole russe

Shutterstock
16,3 millions de tonnes de pétrole brut ont été importées de Russie en 2017, selon le rapport annuel de la 
Fédération pétrolière belge.
International 3 min. 11.07.2018

La Belgique «accro» au pétrole russe

La géopolitique n’est rien sans le pétrole. Cette réalité qui a révélé la fragilité économique du monde occidental dans les années 70 n’a pas perdu de sa pertinence. Mais, qu’on se le dise, l’essence et le diesel qui s’écoulent de nos pompes ne viennent pas forcément des pays arabes.

Les Belges apprennent que la moitié de leur pétrole vient de Russie. 48 % exactement aujourd’hui contre 38 % en 2016. Quant au pétrole du Moyen-Orient, il ne représente plus que 24 % de leurs importations, contre 34 % en 2016. La baisse des commandes à l’Arabie saoudite est la raison essentielle de cette baisse de volume. Au total, 16,3 millions de tonnes de pétrole brut ont été importées de Russie en 2017, selon le rapport annuel de la Fédération pétrolière belge. Sur un total de 34,1 millions de tonnes importées.

A suivre les experts, la géopolitique n’aurait toutefois rien à voir dans la hausse des commandes à la Russie. Moscou comme Riyad inspirent un égal sentiment de prudence à la diplomatie belge. Mais le doux commerce ne s’arrête pas pour autant. En témoignent les exportations d’armes wallonnes vers l’Arabie saoudite (25 % d’un chiffre d’affaires global de 620 millions d’euros). Ou la récente création à Moscou d’un bureau destiné à encourager les exportations wallonnes vers la Russie.

Dans le cas du pétrole russe, l’offre et la demande jouent à plein. La Russie vise une production de 12 millions de baril par jour et cet or noir doit être écoulé. Les raffineries belges sont logiquement à l’affût des meilleurs prix. D’autant que le pétrole russe est de bonne qualité et permet de dégager des produits mieux raffinés, donc plus rentables.

Il en va ainsi de l’essence qui supplante progressivement le diesel en Belgique. Les accises sur le diesel ont à ce point augmenté que le prix du gasoil à la pompe dépasse désormais celui de l’essence 95 octanes. Les parts de l’essence sont passées de 20,7 % en 2008 à 58 % actuellement.

Dans un tel contexte, la Belgique apparaît a fortiori «accro» au pétrole russe. Et c’est avec une prudence de Sioux qu’elle observe le bras de fer qui s’est engagé entre Washington et la société gazière russe Gazprom autour

du gazoduc sous-marin Nord Stream 2. L’administration Bush voit dans ce nouveau «tuyau» la volonté russe d’assécher énergétiquement l’Ukraine. Tendu sous la mer Baltique entre la Russie et l’Allemagne, Nord Stream 2 implique la participation d’un certain nombre d’entreprises occidentales qui ont fatalement des relais en Belgique.

Cette dépendance au gaz russe pourrait s’avérer problématique dans un pays qui se cherche sur le plan énergétique. En 2003, la Belgique s’est engagée à fermer ses centrales nucléaires vieillissantes à l’horizon 2025. Pas un mois qui ne s’écoule en effet sans que des problèmes soient détectés à Doel ou à Tihange. Dernier épisode en date: le mauvais placement d’armatures métalliques dans le bunker de Tihange 3 alimente de solides doutes quant à sa capacité de résistance.

Mais en dépit des engagements passés, une partie de la classe politique belge doute plus que jamais de l’opportunité de fermer les centrales en 2025. Elle craint que l’approvisionnement en électricité du pays ne puisse se faire qu'au prix d'une forte augmentation des coûts une fois les réacteurs éteints. Le monde industriel se rallie volontiers à ce point de vue.

Un certain immobilisme peut être également discerné au niveau européen où la Belgique freine des quatre fers dès lors qu’il s’agit de réduire plus drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, d’accroître les ambitions de l’Union en matière d’énergies renouvelables et de relever l’objectif des Vingt-Huit en matière d’efficacité énergétique. Autrement dit, le pétrole a encore de beaux jours dans le royaume. En 2016, la part du renouvelable dans le mix énergétique belge plafonnait à 8,7 %. Ce qui, selon l’Ecolo Jean-Marc Nollet, aboutit à classer la Belgique en bonne place des «pays charbonniers» de l’Union européenne.

Par Max Hellef, depuis Bruxelles

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.