Changer d'édition

La Belgique a son blockbuster

La Belgique a son blockbuster

REUTERS
International 4 min. 05.09.2018

La Belgique a son blockbuster

Il y a belle lurette que le cinéma français a pris ses marques en Belgique. A Seraing en 1996, Marion Cotillard obtint l'un de ses premiers rôles dans «Chloé». La diversité des paysages, la qualité et le coût moindre des techniciens attiraient déjà l’industrie cinématographique.

Par Max Helleff

En plus de vingt ans, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Chaque année, des dizaines de films sont tournés en Belgique. Parmi eux, certains succès populaires comme «Rien à déclarer», «Les Visiteurs 3», «Mon Ket». Des œuvres plus ambitieuses également telles «Une Promesse» de Patrice Leconte ou «Les Misérables», énième adaptation télévisée de l'œuvre de Victor Hugo par la BBC.

Et une foule d’autres longs et moins longs métrages restés plus discrets. Les uns ont trouvé leur bonheur dans les anciens charbonnages hennuyers ou dans la gare de Binche, les autres dans les châteaux du Moyen Age ou sur la Grand-Place de Bruxelles.

Cette effervescence ne s'explique toutefois pas par la seule qualité des techniciens formés par les écoles belges ou par la diversité des paysages du Plat Pays. Elle doit aussi au tax shelter, un système d’immunisation fiscale mis en place en 2003. Celui-ci a pour objectif de soulager fiscalement les entreprises qui investissent une partie de leurs bénéfices dans l’audiovisuel. S’y ajoutent des fonds régionaux: Wallimage, Screen Brussels Fund ou encore Screen Flanders.

Des fonds régionaux rentables

Ces aides financières ont permis d’attirer dans le royaume des productions européennes de tout niveau et de tout budget. La production du film le plus modeste se chiffre généralement en millions d’euros. Le jeu de quelques vedettes implique souvent le travail discret de dizaines de collaborateurs et la présence de nombreux figurants. Sans parler de l’écriture du film ou de sa promotion.

Le tournage des «Misérables» à Bruxelles, co-produit par la BBC, Lookoutpoint et Czar TV, a mobilisé 60 à 70 personnes. Quelque 100.000 euros de dépenses ont été déversés par jour sur la capitale durant le tournage.

La formule semble aujourd’hui éprouvée. Et les comptes sont généralement bons. «Grâce au tax shelter, neuf millions d'euros ont vitaminé nos scènes en 2017», écrivait récemment le journal financier «L’Echo» qui passait en revue le bilan des investissements réalisés dans l’audiovisuel région par région – en Belgique, certains pans de la culture sont régionalisés. On y apprenait aussi que le Screen Brussels Fund a atteint un rendement de 900 %. Ou encore que, depuis la création de Wallimage en 2001, 350 projets audiovisuels ont été financés moyennant un investissement de 68,4 millions d’euros qui ont permis des retombées évaluées à 265 millions d’euros (soit un retour sur investissement de 380 %).

Fort d’un tel succès, les Belges se sentent pousser des ailes. Ils se verraient bien développer une sorte de «ciné-tourisme» qui – à la manière de ce qui se fait à Paris ou à Los Angeles – permettrait aux amateurs de parcourir les endroits où ont été tournées certaines scènes plus ou moins cultes. Des études ont démontré qu’il existe un public pour ce genre d’activités. LaWallonie, qui se cherche en permanence des alternatives économiques, ne peut rester insensible à l’argument. Demain, elle pourrait ainsi sacraliser les lieux de tournage du thriller «Mandy», filmé en partie dans le Brabant wallon, en provinces de Liège et de Namur. Avec Nicolas Cage dans le rôle principal, ce film qui doit sortir à la mi-septembre attirera fatalement le regard des cinéphiles sur le sud du royaume.

20% de tournages français en moins l'an dernier

Côté bruxellois, la Screen Brussels Film Commission est intégrée à Visit Brussels, l’agence du tourisme en charge de promouvoir l’image de la ville à l’étranger. Ici, l’espoir réside dans le fait qu’un réalisateur de haut vol choisisse Bruxelles comme lieu de tournage emblématique et la projette au cœur de l’imaginaire collectif mondial, comme cela a souvent été fait pour Paris, Rome ou New York. Un «La La Land» bruxellois confinerait au nirvana... Il n’y a pas de temps à perdre, car ici aussi la concurrence est rude. Selon «L’Echo», l’augmentation du crédit d’impôt en France rend aujourd’hui la Belgique moins attractive pour les producteurs français, lesquels comptent pourtant avec leurs collègues britanniques parmi les fans de cette Belgique. 20 % de tournages français en moins ont été dénombrés en 2017.

Enfin, il est question aujourd’hui d’étendre le tax shelter aux jeux vidéos, un secteur qui compte environ 80 entreprises en Belgique (60 % en Flandre, 30 % Wallonie et 10 % à Bruxelles) et emploie 750 personnes (qui tirent bien souvent le diable par la queue). En 2017, les 30 entreprises belges présentes à la Gamescom à Cologne, le plus grand salon européen de jeux vidéo, pesaient 80 millions d’euros. Soit près du double qu’en 2014.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.