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«L'ordre mondial est en danger»
Jean Asselborn a eu du mal à écouter Mike Pence faire l'éloge de son président

«L'ordre mondial est en danger»

Guy Jallay / AFP
Jean Asselborn a eu du mal à écouter Mike Pence faire l'éloge de son président
International 1 3 min. 17.02.2019

«L'ordre mondial est en danger»

Le gouffre entre l’UE et les États-Unis a rarement été aussi profond: après l'intervention du vice-président américain Mike Pence à la Conférence sur la sécurité à Munich ce week-end, le ministre des Affaires étrangères et européennes, Jean Asselborn, ne cache pas son inquiétude.

Ce week-end, lors de la Conférence sur la sécurité à Munich, sorte de Forum de Davos de la Défense, le fossé s'est encore creusé entre les Etats-Unis et l'Europe.

La chancelière allemande Angela Merkel a critiqué une série de décisions américaines jugées hostiles. Suite à l'intervention du vice-président américain Mike Pence, Jean Asselborn n'a pas mâché ses mots: "Si ça continue, on ne pourra plus mener de politique étrangère diplomatique. Les États-Unis bousculent l'ordre mondial de la coopération internationale établi depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale."  

L'intégralité du discours de Mike Pence dans cette vidéo:

Les vidéo 360 ne sont pas supportées. Voir la vidéo 360 dans l'app Youtube.

Encore sous le choc de sa visite en Éthiopie et en Érythrée, deux pays extrêmement pauvres, à Munich, le ministre luxembourgeois a dû écouter Mike Pence faire l'éloge de son président et de sa vision du monde.


Jean Asselborn en compagnie de Dr. Workneh Gebeyehu, ministre des Affaires étrangères de la République démocratique fédérale d’Éthiopie.
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Difficile pour Jean Asselborn de rester sans voix face à une doctrine qu'il décrit ainsi: "Investissez 2% du produit intérieur brut dans la défense et achetez Ford au lieu de Volkswagen. Ce n’est qu’alors que le monde sera meilleur!" 

Un résumé à peine exagéré du discours de Pence que le magazine allemand Der Spiegel a qualifié de "pantin ventriloque de Trump".

Trump, ce "champion de la liberté"

Pour Pence, le résident actuel de la Maison Blanche est "un champion de la liberté", l'Amérique sous Trump est "plus forte que jamais", l'économie et les finances sont à la hausse, le chômage est au plus bas et "l'Amérique est à nouveau le leader du monde libre".

"L'Amérique d'abord" ne signifie pas "l'Amérique seule", a rapidement ajouté Pence, mais le reste de son message était clair: si l'Europe et le reste du monde ne suivent pas l'exemple des États-Unis, il y aura des conséquences.

"Et qui ne partage pas ce point de vue est une menace pour la paix dans le monde selon les dirigeants à Washington", commente Jean Asselborn, avec un brin d'ironie.

Les États-Unis ont de nouveau mis la pression sur leurs alliés occidentaux ce week-end, notamment en imposant des droits de douane sur les voitures allemandes. Trump a également pris la parole, via Twitter: il a appelé les États européens à reprendre et à traduire en justice des centaines de citoyens capturés comme combattants de l'EI en Syrie, auquel cas, les États-Unis seraient obligés de les libérer.

Pence a également menacé l'Europe sur sa dépendance au gaz russe. "Nous ne pouvons pas garantir la défense de l'Occident si nos alliés dépendent de l'Est", a déclaré l'ex-gouverneur de l'Indiana, que de nombreux experts considèrent comme beaucoup plus dangereux et réactionnaire que Trump.

Pence a appelé les Alliés à se retirer de l'accord nucléaire avec l'Iran et surtout, il veut qu'ils adoptent une ligne plus dure sur Téhéran. Depuis plus de dix ans, les États-Unis et les Alliés tentent de trouver un accord avec l’Iran qui plaise aux deux parties.

"La doctrine du Tipp-Ex"

Les observateurs appellent l'approche du gouvernement américain "la doctrine du Tipp-Ex". Autrement dit, ignorer les accords et se contenter d'observer de loin ce qui se passe ensuite.

Trump est sur le point de détruire l'héritage de son prédécesseur Obama, c'est un fait. Et les conséquences se font sentir dans le monde entier. Ce qui inquiète Jean Asselborn est le risque que certains États membres de l'UE soient tentés de monter dans ce même train.

Or, pour lui, chaque pays ne peut pas mettre des œillères et faire comme si le reste du monde n'existait pas. Cette graine pourrait germer sur le terrain fertile que certains populistes s'appliquent à cultiver à quelques semaines des élections européennes.

Eric Hamus (trad. ChB)