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L'option nucléaire reprend vie en Belgique
International 3 min. 18.02.2022
Energie

L'option nucléaire reprend vie en Belgique

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L'option nucléaire reprend vie en Belgique

Photo: AFP
International 3 min. 18.02.2022
Energie

L'option nucléaire reprend vie en Belgique

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Plusieurs partis gouvernementaux flamands s'affichent désormais en faveur d'une prolongation partielle des centrales.

De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) - Le 18 mars prochain, le gouvernement De Croo se prononcera sur le sort des centrales nucléaires de Tihange et de Doel. Il donnera ainsi suite à une décision prise en 2003, lorsque le libéral flamand Guy Verhofstadt était aux affaires. A l'époque, il a été décidé que l'atome serait abandonné en 2025.


Belgium's Prime Minister Alexander De Croo arrives for the Eastern Partnership summit at The European Council Building in Brussels on December 15, 2021. (Photo by JOHANNA GERON / POOL / AFP)
Le gouvernement De Croo s'accorde sur le prix de l'électricité
Depuis plusieurs semaines, ce dossier sensible menaçait l'équilibre de la coalition Vivaldi au pouvoir.

Ces dernières années toutefois, les pronucléaires ont agité le spectre d'un black out et d'une montée en flèche de la facture électrique des ménages. Mais leur position s'est affaiblie avec l'entrée en octobre 2020 des écologistes francophones et flamands dans la coalition Vivaldi d'Alexander De Croo.

Ce qui vient de se passer au cours des 48 dernières heures pourrait complètement changer la donne. Une carte blanche publiée dans la presse et signée par des organisations patronales appelle à prolonger deux réacteurs. Contrairement à d'autres, cette tribune a fait mouche en mettant en évidence la menace que fait peser la crise russo-ukrainienne sur les livraisons de gaz à la Belgique. Cette dernière prévoit en effet de remplacer ses vieux réacteurs par de nouvelles centrales au gaz.  A défaut d'être alimentées, celles-ci ne pourraient pas produire l'électricité manquante.


ARCHIV - 25.10.2021, Brandenburg, Jänschwalde: Wasserdampf steigt aus den Kühltürmen des Braunkohlekraftwerks Jänschwalde der Lausitz Energie Bergbau AG (LEAG). Kohle, Atomkraft und Gas sind trotz aller Bemühungen um eine Energiewende Deutschlands wichtigste Energieträger für die Stromproduktion. (zu dpa «Fast ein Drittel des Stroms in Deutschland aus Kohle») Foto: Patrick Pleul/dpa-Zentralbild/dpa +++ dpa-Bildfunk +++
Les Belges souhaitent rester fidèles à l’atome
Un sondage met en avant l'opposition d’une nette majorité à la sortie «immédiate» du nucléaire. De quoi influencer le choix de la coalition Vivaldi? Réponse d'ici deux semaines normalement.

La solution – plusieurs fois évoquée par le passé – consisterait pour les signataires de la carte blanche à conserver deux réacteurs en état de fonctionnement, ce qui permettrait de limiter le risque de black out. En 2021, l'électricité produite en Belgique était à 52% nucléaire et 25 % à base de gaz.  

Rien de neuf (ou presque) dans tout cela. En revanche, comme s'ils avaient patiemment attendu la bonne occasion, plusieurs partis gouvernementaux ont depuis revu leur positionnement politique. Il en va ainsi de l'Open VLD (le parti libéral d'Alexander De Croo), du CD&V (chrétien-démocrate) et même de Vooruit (socialiste) qui reparlent désormais d'une prolongation de deux centrales.

Un impact sur les ménages

Ces trois formations politiques sont flamandes et n'oublient pas que le parti le plus important du pays – la N-VA nationaliste flamande de Bart De Wever, reléguée dans l'opposition – est ouvertement pronucléaire. Fermer définitivement les centrales pourrait avoir un impact délétère sur la facture des ménages, un impact qui se paierait très cher dans les urnes lors des législatives de 2024.


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Coup de pouce au nucléaire belge
L’agence gouvernementale en charge de la sécurité des centrales estime que deux d’entre elles peuvent rester en activité au-delà de 2025

Le président du Mouvement réformateur (libéral francophone) Georges-Louis Bouchez n'est donc plus seul. Il s'était montré favorable au « plan B » qui prévoit la prolongation de deux centrales et semblait isolé – du moins officiellement. Aujourd'hui, quatre des sept partis de la coalition gouvernementale iraient donc dans le sens du maintien d'un lien, même réduit, avec l'atome.

La partie s'annonce tendue. Les écologistes sont partisans d'une fermeture totale des centrales. Pourtant, à la Chambre, la ministre de l'Energie Tinne Van der Straeten (Groen) s'est montrée modérée, appelant à adopter «la solution qui sera la plus ''safe'' pour les prix et pour l'approvisionnement». Deux conditions par ailleurs mentionnées dans l'accord gouvernemental d'octobre 2020, mais qui semblaient jusqu'ici passer au second rang pour les Verts flamands et francophones. Alexander De Croo a réitéré le même message jeudi, avec l'intention évidente de calmer le jeu. Il a ajouté : «Il y aura bien des péripéties d'ici le 18 mars. Restons calmes…»

Pour le chef du gouvernement, les prochaines semaines seront ardues. Ni lui, ni les écologistes n'ont intérêt à précipiter la chute de la Vivaldi.

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