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L'hôpital belge accumule les problèmes
International 4 min. 10.12.2021 Cet article est archivé
Covid-19

L'hôpital belge accumule les problèmes

Caisses vides, problèmes de recrutement et épuisement des personnels soignants, les hôpitaux belges accumulent les difficultés.
Covid-19

L'hôpital belge accumule les problèmes

Caisses vides, problèmes de recrutement et épuisement des personnels soignants, les hôpitaux belges accumulent les difficultés.
Photo : dpa
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Covid-19

L'hôpital belge accumule les problèmes

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Faute de soignants, des unités ferment leurs portes un peu partout dans le pays, alors que la mortalité due au virus augmente.

De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) - C'est du jamais-vu : la clinique André Renard de Herstal (province de Liège) a décidé de fermer ses urgences pour quatre jours. Elles ne rouvriront que lundi. «Depuis plus de 2 ans, l'ensemble du personnel hospitalier réalise la plus grosse part de l'effort que la lutte contre le covid-19 exige», a expliqué la direction de la clinique. «On a épuisé toutes les ressources qui nous permettent d'assumer nos missions d'hôpital général, on arrive au bout de ce qui est humainement possible de supporter.»


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Pour ralentir la propagation de l'épidémie de covid, la Belgique a pris une série de nouvelles mesures restrictives. L'exécutif a notamment acté une fermeture anticipée des écoles maternelles et primaires, le 18 décembre.

Par ailleurs, d'ici lundi, l'activité chirurgicale sera réduite aux interventions essentielles. «Nous sommes parfaitement conscients que cela ne va rien résoudre durablement», relativise cependant la direction de l'hôpital. «Sans une revalorisation de la profession, la situation va s'aggraver dans les prochains mois, des mesures structurelles sont indispensables au plus vite.»

Ce qui ressemble à un coup de gueule et à un geste de désespoir est ici justifié par le manque de personnel soignant, miné par la fatigue et l'absentéisme, alors que la quatrième vague pandémique sollicite les hôpitaux. Un peu partout, des unités ferment faute de disposer d'un personnel médical suffisamment nombreux. Dans ce contexte, la fermeture des urgences de Herstal a une allure symbolique, dès lors qu'elles accueillent théoriquement des malades dont l'état nécessite d'être pris en charge rapidement.

Le cabinet du ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, prend mal la décision de l'hôpital liégeois et se fait même menaçant. «Chaque fois que l'hôpital va refuser de prendre en charge un patient transmis par le 112, l'inspecteur d'hygiène du SPF Santé publique pourra établir un PV pour infraction à la loi de 1964 sur l'aide médicale urgente et l'envoyer au parquet ainsi qu'à la clinique André Renard», a ainsi fait savoir l'institution.

Tandis que, sur le terrain, la grogne monte. Les infirmiers et les infirmières mettent en avant leur épuisement et la désaffection d'un nombre toujours plus important de collègues au bout du rouleau. Le plan gouvernemental qui devait revaloriser le métier à renfort d'argent n'a été qu'en partie mis en application, protestent-ils, laissant le personnel soignant dans l'attente des augmentations salariales promises.

Pourtant, la Belgique n'a jamais eu autant besoin de ses soignants. Si les chiffres pandémiques montrent une légère baisse des contaminations et des hospitalisations, le nombre de malades en soins intensifs se stabilise à 827 (la limite à ne pas dépasser est de 1200) alors que le nombre de morts augmente pour atteindre les 49 décès par jour (+11%). Courbes et statistiques confirment que les infirmiers et les infirmières font davantage face en ce moment à des cas critiques qui demandent une assistance permanente pour être maintenus en vie.

Des témoignages et des reportages rapportent le quotidien douloureux de soignants qui font le «tri» aux soins intensifs entre les patients, décident de qui «sera ou non retourné ou intubé», flanchent devant leur propre impuissance.


A health care worker carries a symbolic syringe shaped item on her head as she participates in a trade union demonstration against their mandatory anti-Covid 19 vaccination, as part of a major day of action, in Brussels on December 7, 2021. (Photo by JOHN THYS / AFP)
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Cette situation relance la question du soin des vaccinés et des non-vaccinés, à savoir s'il faut les traiter sur un même pied d'égalité. Poser ce dilemme, qui cadre mal avec le serment d'Hippocrate, se justifie toutefois, selon une partie du corps médical. Ces professionnels évoquent une éthique à la carte, adaptable dès lors que la situation pandémique l'exige. La pression augmente ainsi un peu plus chaque jour sur les non-vaccinés.

Les difficultés des hôpitaux ne s'arrêtent pas à la fatigue du personnel et au recrutement complexe. Leurs caisses sont vides, ou presque, dans certaines régions du pays. En cause : la diminution des rentrées financières consécutive à la baisse des admissions classiques et des hospitalisations de jour en chirurgie (-18,2%). Cette baisse est toutefois moindre que lors de la seconde vague où une baisse de 40 à 60% des facturations de soins avait été enregistrée, par rapport à une période équivalente hors covid.  


Syringes filled with the BioNtech-Pfizer Covid-19 coronavirus vaccine are being prepared in a mobile vaccination center in Hemmingen near Ludwigsburg, southern Germany, on December 7, 2021. (Photo by THOMAS KIENZLE / AFP)
La vaccination obligatoire conforme aux droits humains
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Dans La Libre Belgique, un chef de clinique en arrive à douter de la mise à disposition d'un nombre de lits de soins intensifs trop important à son goût. «Pour mon hôpital, à Godinne, plus de cent interventions ont été annulées cette semaine alors que onze lits USI (unité de soins intensifs) ne sont pas utilisés sur la région de Namur. Est-ce éthiquement tolérable ?», s'interroge-t-il.

Les interventions de l'Etat, aussi bien au niveau fédéral que régional, ont permis jusqu'à présent de tenir les établissements hospitaliers la tête hors de l'eau. En 2020, 1,43 milliard d'euros d'aides publiques leur ont ainsi été versés. Mais leur situation reste précaire, les équilibres financiers des hôpitaux fragiles.   

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