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L'heure des femmes a sonné en France
International 5 min. 15.02.2022 Cet article est archivé
Election présidentielle

L'heure des femmes a sonné en France

Valérie Pécresse se lance dans la course pour les conservateurs français.
Election présidentielle

L'heure des femmes a sonné en France

Valérie Pécresse se lance dans la course pour les conservateurs français.
Photo: AFP
International 5 min. 15.02.2022 Cet article est archivé
Election présidentielle

L'heure des femmes a sonné en France

Le nombre de candidates à l’élection présidentielle française n'a jamais été aussi élevé. Pourtant, le sexisme est encore largement répandu.

(m. m. avec Christine LONGIN à Paris) - Lorsque Ségolène Royal s'est présentée à la présidence de la République en 2007, le commentaire le plus misogyne est venu de son rival au sein du parti, Laurent Fabius. «Qui s'occupera des enfants?», demandait-il à cette mère de quatre enfants, dont il reléguait ainsi les études dans plusieurs écoles d'élite au rang d'accessoire, tout comme ses postes ministériels. 


Supporters wave French flags during the meeting of French conservative party Les Republicains (LR) presidential candidate Valerie Pecresse at the Zenith de Paris, in Paris, on February 13, 2022, ahead of the April 2022 French presidential election. (Photo by Alain JOCARD / AFP)
Un weekend de meetings à 56 jours du premier tour
Valérie Pécresse a tenu son premier grand meeting à Paris ; le candidat de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon était, lui, à Montpellier.

Aujourd'hui encore, la socialiste, qui fut la première femme à accéder au second tour de l'élection présidentielle française, évoque volontiers le sexisme dont elle a été victime à l'époque. Ségolène Royal se sent à l'avant-garde des candidates qui aspirent à la présidence en avril. Elle aurait même conseillé à la conservatrice Valérie Pécresse de porter du rouge le plus souvent possible pour se faire remarquer. Mais même si le blazer rouge est depuis devenu sa marque de fabrique, Valérie Pécresse risque de connaître le même sort que Ségolène Royal, qui a perdu contre Nicolas Sarkozy. 

Les sondages prédisent à Valérie Pécresse, tout comme à la populiste de droite Marine Le Pen, à la socialiste Anne Hidalgo et à la candidate de gauche Christiane Taubira, une défaite face au président sortant Emmanuel Macron. Certes, les femmes sont plus nombreuses que jamais à se présenter cette année, mais aucune d'entre elles n'a de réelles chances. «Il faudrait un concours de circonstances pour qu'une femme devienne présidente en 2022», explique Marlène Coulomb-Gully, professeure à l'université de Toulouse. 

La «loi salique» a des répercussions 

L'experte voit la raison dans l'histoire du pays. La «loi salique», la loi royale sur la succession, interdisait aux femmes d'accéder au trône. Alors que l'Angleterre, la Suède ou l'Espagne étaient gouvernées par des reines, en France, Marie-Antoinette ou Madame de Pompadour, la maîtresse de Louis XV, ne faisaient que tirer les ficelles en coulisses. Même la Révolution n'a rien changé au rôle subalterne des femmes. «L'idée que les femmes et le pouvoir politique sont contradictoires s'est installée dans les esprits», remarque Coulomb-Gully.

Les Françaises n'ont obtenu le droit de vote qu'en 1944, soit bien après les Luxembourgeoises. Les femmes ont accédé à des postes ministériels pour la première fois dans les années 1970. «J'ai eu de la chance, car il fallait une femme alibi. C'était moi», se souvenait Simone Veil qui, en tant que ministre de la Santé en 1974, a imposé le droit à l'avortement, alors très controversé, et a fait l'objet de violentes attaques. 

Le pouvoir aux mains des hommes 

Une expérience qu'a également vécue plus tard Edith Cresson, la seule femme à avoir été chef de gouvernement en France jusqu'à présent. La socialiste, qui n'est restée en poste que dix mois en 1991, pense encore aujourd'hui à cette période avec amertume. Avec le temps, les hommes se sont habitués à une femme ministre. «Mais une femme Premier ministre, c'était trop. Ils ne l'ont pas supporté», a-t-elle déclaré l'année dernière lors d'une interview à la radio.

En 1991, Edith Cresson n'est restée que dix mois au pouvoir.
En 1991, Edith Cresson n'est restée que dix mois au pouvoir.
Photo: LW-Archiv/REUTERS

Après François Mitterrand, qui avait nommé Cresson, plus aucun autre président n'a osé nommer une femme à la tête du gouvernement. 71 pour cent des Françaises et des Français considèrent désormais qu'une femme à la tête de l'Etat est «souhaitable», mais les hommes s'obstinent à occuper tous les postes politiques de haut niveau. A l'exception du Rassemblement national de Le Pen, tous les présidents de parti sont des hommes. Le Sénat et l'Assemblée nationale n'ont jamais eu de femme comme présidente et les ministères de l'Intérieur, des Affaires étrangères et des Finances sont également fermement entre les mains des hommes. 

Emmanuel Macron avait pourtant fait de l'égalité des sexes l'une des priorités de sa présidence et son gouvernement compte autant d'hommes que de femmes. 

 «Sexisme systémique» 

Mais le Haut Conseil à l'égalité continue de critiquer un «sexisme systémique» à tous les niveaux. «Même si l'égalité règne en nombre, un véritable partage du pouvoir se fait encore attendre», écrit le comité. Une indication claire que les femmes sont souvent reléguées à des fonctions de second plan. Pourtant, les Françaises sont plus souvent actives que leurs homologues dans d'autres pays et concilient plus facilement enfants et carrière. Mais plus elles grimpent les échelons, plus il leur est difficile de s'imposer face à la concurrence masculine.

Marine Le Pen du Rassemblement national (RN) veut en découdre pour la troisième fois.
Marine Le Pen du Rassemblement national (RN) veut en découdre pour la troisième fois.
Photo: AFP

En politique, la parité est strictement réglementée depuis la première loi sur l'égalité des chances de l'an 2000. Lors des élections, les femmes et les hommes doivent être représentés en nombre égal sur les listes de candidats, sauf dans les communes de moins de 1.000 habitants. Ces dispositions portent leurs fruits : à l'Assemblée nationale, la proportion de femmes est passée de 10 pour cent en 1997 à 39 pour cent aujourd'hui. Au Sénat, 33 pour cent de femmes siègent et dans les conseils municipaux, 42 pour cent.

«Regarde, le concert de vagins» 

Malgré leur plus grande présence, les femmes politiques restent cependant la cible de comportements sexistes. L'Assemblée nationale offre une tribune aux machos politiques, où l'actuelle ministre de la Culture Roselyne Bachelot a été accueillie lors de son premier discours en 1988 par le slogan «Regarde, le concert de vagins». 


La démocratie fatiguée
Le regard hebdomadaire de notre chroniqueur Gaston Garré sur l' élection présidentielle en France.

Il y a quelques années, la ministre de l'Environnement Cécile Duflot a récolté des huées lorsqu'elle s'est présentée au micro en robe d'été fleurie. Le discours de la députée écologiste a été accompagné d'imitations, de gloussements de poules et l'oratrice du Parti de gauche Mathilde Panot a été traitée de «poissonnière» l'année dernière. 

Lorsque Valérie Pécresse a été désignée première candidate des conservateurs à la présidence en décembre, les militantes féministes ont célébré la victoire de cette femme de 54 ans contre quatre hommes comme un progrès. «Le temps des femmes est venu», tel était le slogan avec lequel Ségolène Royal voulait conquérir le pouvoir. Il sied bien également à Valérie Pécresse et aux autres candidates de 2022. Mais le temps d'avoir une présidente ne semble pas encore près d'arriver en France.    

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