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L'extrême droite manifestera avec les «gilets jaunes»
International 3 min. 14.11.2018

L'extrême droite manifestera avec les «gilets jaunes»

Une manifestation de "gilets jaunes" le 9 novembre dans le nord de la France.

L'extrême droite manifestera avec les «gilets jaunes»

Une manifestation de "gilets jaunes" le 9 novembre dans le nord de la France.
AFP
International 3 min. 14.11.2018

L'extrême droite manifestera avec les «gilets jaunes»

Se défendant de toute récupération politique, les partis de droite conservatrice et d'extrême droite rejoindront samedi, en ordre dispersé, le mouvement des «gilets jaunes» contre la hausse des prix des carburants.

(AFP) - Le Rassemblement national de Marine Le Pen, Les Républicains de Laurent Wauquiez, Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan, ou encore les Patriotes de Florian Philippot ont clairement affiché leur soutien à ce mouvement spontané, protéiforme qui émane de nombreux collectifs de citoyens appelant à des manifestations et au blocage des routes. 

Mais les dirigeants de ces formations ne manifesteront pas ensemble derrière une grande banderole en tête d'un cortège, avec un parcours prédéfini, comme le font les syndicats de salariés. Et ils n'y seront pas tous présents. Laurent Wauquiez, qui soutient le mouvement mais pas les «blocages», participera à une manifestation dans son département de Haute-Loire. 

Nicolas Dupont-Aignan, qui va jusqu'à distribuer lui-même, gilet jaune sur le dos, des tracts dans les stations-service, manifestera en Ile-de-France, appelant les automobilistes à klaxonner à midi. 

Cultures «aux antipodes» 

Marine Le Pen quant à elle ne rejoindra pas le mouvement, que rallieront en revanche ses militants et ses élus. L'ancienne finaliste de la présidentielle explique que le rôle d'un chef de parti n'est pas de manifester mais «d'indiquer que c'est la politique qui peut changer tout cela», au moyen du «vote». Accusée par le gouvernement de récupération politique, elle a promis que ses militants ne distribueraient pas ce jour-là de tracts contre le «racket» des automobilistes. 

La participation de ces partis au mouvement des «gilets jaunes» est d'autant plus notable que leurs cultures «sont aux antipodes» de celle des syndicats de salariés, souligne le politologue spécialiste de l'extrême droite Jean-Yves Camus. Marine Le Pen considère à cet égard que les syndicats se sont «décrédibilisés». «Ils ne détestent rien de plus que lorsque le peuple défend aussi ses intérêts. Ils sont du côté des élites, du côté du système». Les centrales syndicales elles refusent de participer à la mobilisation pour éviter toute récupération, même si des militants seront présents samedi pour défendre leur pouvoir d'achat. 

«Manifestations maison» 

La droite s'est mobilisée en masse à deux reprises seulement depuis la marche de soutien au gouvernement gaulliste le 30 mai 1968: en 1984 pour défendre «l'école libre» et en 2013 dans les «manifs pour tous» contre le mariage entre personnes de même sexe. Hormis ces défilés, le RN ne participe d'habitude qu'à des «manifestations maison», comme le traditionnel défilé du 1er mai, qui n'a plus lieu depuis 2015 en raison des divergences entre Marine Le Pen et son père. Le parti d'extrême droite a certes «tenté de se greffer au mouvement de colère des Français en 1995 mais il a échoué», rappelle M. Camus. 

«La difficulté réside désormais dans le mode de manifestation. Est-ce que les militants RN vont rejoindre les bretelles d'autoroutes avec leurs drapeaux et leurs emblèmes? Au nom de quoi pourraient-ils être évincés?» interroge le politologue. Cette mobilisation inhabituelle des «gilets jaunes» soutenus par la droite et l'extrême droite rend la tâche difficile pour le gouvernement, davantage habitué à l'organisation très rodée des confédérations syndicales. «Par exemple, une manifestation ça se déclare en préfecture. 

Là, très peu l'ont déclarée», explique le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner. Reste qu'en défendant les automobilistes, les partis de droite et d'extrême droite ne favorisent pas leur réflexion sur l'écologie, une thématique portée davantage par la gauche en France mais que LR et RN entendent eux aussi s'approprier face au défi du changement climatique. «Il faut tourner le dos au libre-échange, faire du localisme», plaide Marine Le Pen, qui entend rallier sur ce thème les classes moyennes. Comme le RN, LR ne veut pas «faire rimer écologie et punition» et a lancé un groupe de travail sur l'écologie. 


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